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DES VENTOUSES

On appelle ventouse un récipient ordinairement en forme de cloche, qui est appliqué sur une partie plus ou moins étendue de la surface du corps, et dans lequel on raréfie l'air, de manière à faire affluer le sang dans toutes les parties qu'il recouvre.

Les ventouses sont dites sèches lorsque les téguments sur lesquels elles sont appliquées no présentent point do solution de continuité; lorsque, au contraire, on a fait préalablement des incisions sur les parties qui doivent être recouvertes par les ventouses, celles-ci sont désignées sous le nom de ventouses scarifiées. Nous désignerons sous le titre de ventouses à pompe celles où Ton a adapté un corps de pompe pour raréfier l'air ; le bdellomètre est un instrument qui sert à la fois de ventouse et de scarificateur. Nous en dirons quelques mots après avoir décrit toutes les espèces de yentOQses.

ARTICLE III

VENTOrSES SÈCHES.

On donne le nom de ventouses sèches à celles qui sont appliquées sur' les téguments de manière à rougir la peau, à déter» miner une congestion en y appelant les fluides.

On se sert pour les ventouses d un petit vase de verre en forme de cloche, surmonté ou non d'un boulon de même substance,

Fig. 296.

Fig. 297.

ayant à sa base un diamètre de 4, 6 ou 8 centimètres, et offrant à sa partie supérieure une moitié de sphère à diamètre plus grand que Touverturo (fig. 296). On peut se servir de tout autre vase.

Icment que celui-ci puisse s'adapler à toutes les tubulures des cloches dont on veut faire usage; le robinet de la tubulure doit ôtrc fermé quand on enlève le corps de pompe.

Cet instrument est très-commode, d'un emploi trèft-faciie,mai8 il est cher; c'est pourquoi son usage est peu répandu.

Fig. 298.

Fig. 299.

Les ventouses à pompe offraient à leur origine plusieurs iiK vénients qui consistaient 'principalement dans la confectioBi soupapes et dans l'inexactitude du jeu du piston. Pour obïirt ces inconvénients, M. Charrière a remplacé la baudruche (p^f sait Toffice de soupape par un ruban de soie gommée tri appliqué sur une petite surface, légèrement arrondi *> bords et disposé de manière à conserver parfaitement fib*' parties latérales destinées à Tinlroduction deTair. Cethabfc" canicien a apporté aux pistons une modification exU ingénieuse. Ceux-ci sont formés par une rondelle de cdf I battue sur une garniture élastique qui s'ouvre d'autant pl*( l'aspiration est plus grande; par ce procédé, pluslepîsWl

a Miré avec force pour aspirer fair, plus il s'applique de toutes parts contre un corps de pompe même irrégulièrement calibré, par un développement que Ton peut comparer à celui du pawrachu te.

Lorsque le piston de la pompe paraissait ne plus fonctionner, au lieu de retirer la tige pour soulever la rondelle de cuir, la décrasser et la graisser avec de Taxonge, il arrivait que Ton introduisait directement une tige métallique ou une épingle par l'ouverture inférieure et que l'on perforait la soupape ; alors la pompe ne fonctionnait plus. Pour prévenir la destruction de la soupape, M. Charrière a pratiqué une ouverture indirecte qui rend impossible Tintroduction d'une tige solide jusqu'à la soupape. Un autre inconvénient attaché aux anciennes ventouses à pompe tenait à ce que les soupapes était adhérentes aux verres ou à un ajutage métallique cimenté sur les verres ; aussi, lorsqu'il fallait nettoyer le sang contenu dans les verres, il arrivait souvent que la soupape éprouvait des avaries. Cette imperfection a été corrigée par M. Charrière ; il perfore le sommet du verre et place à l'intérieur une soupape que Ton monte à frottement.

Les verres étant indépendants de toute garniture, on peut facilement les nettoyer : on peut encore les remplacer, car le rodage intérieur étant uniforme, les soupapes et les robinets peuvent toujours s'y ajuster indistinctement à frottement, quelle que soit la forme ou la grandeur des verres.

Au lieu d'appliquer directement le corps de la pompe aspirante sur le verre à ventouses, on a imaginé de faire préalablement le vide dans un vase métallique d'une capacité assez considérable. Lorsque le vide est fait, on établit une communication entre ce vase, désigné par les fabricants sous le nom assez bizarre de réservoir du vide^ et le verre à ventouses, à l'aide d'un tube de caoutchouc muni d'un robinet; aussitôt que le robinet est ouvert, Tair contenu dans la ventouse se précipite dans le vase et. la turgescence des tissus est instantanée. Cet instrument prévient les ébranlements que les coups de piston pourraient communiquer aux parties sur lesquelles on veut appliquer des ventouses.

Ventouses à succion, — Nous avons déjà dit plus haut quelques mots de la ventouse de caoutchouc de M. Blatin; nous avons signale les avantages et les inconvénients de cet instrumenta Depuis l'invention de cet appareil les fabricants ont cherché à utiliser les propriétés du caoutchouc pour faire le vide : à l'exposition de 4 855 figuraient dans les vitrines de MM. Charrière et

Capron dos vorros à ventouses dans lesquels on faisait le Taide d'une bulle de caoutchouc. M. Capron s'est beaneouf que à perfectionner ce petit instrument très-portatif, etqi pas susceptible de se déranger comme la pompe que nom do décrire. Voici en quoi il consiste. U se compose d*iB de caoutchouc munie de deux soupapes, Tune aspirante, foulante ; cette boule est adaptée à un verre à ventooK d'un robinet. Quand on veut se servir de cet appareil, o la boule à pleine main, et on la presse en plongeant les à

Fi{j. 300.

manière à mettre les deux faces internes en contact. Lever alors appliqué sur les téguments. L'élasticité du caoolcbo» met à la boule de reprendre son volume primitif, parcon!* le vide se fait sous la cloche (fig. 300).

La disposition des soupapes est telle qu'il n'est pas be» retirer la cloche pour faire le vide de nouveau. En effetj \ pape inférieure ferme la cloche, tandis que la soupape sop*' permet à l'air contenu dans la bulle élastique de s'échfl* dehors ; de cette manière on peut presser la bulle à pl«#** .prises, et faire un vide aussi complet que possible.

Venlomes Junod. — Depuis quelques années, on emploie des ventouses que Ton peut appliquer à une surface Irès-étendue, à tout un membre par exemple. Ces ventouses, dues à M. Junod, représentent un cylindre de cuivre dans lequel on peut empri • gonner un ou même plusieurs membres ; une manchette de caoutchouc très-souple occupe l'extrémité supérieure du cylindre, et doit être appliquée autour du membre, de manière que la cavité de la ventouse n'ait aucune communication avec l'extérieur ; on raréfie Pair dans cette cavité au moyen d'une pompe aspirante; le degré de la raréfaction est mesuré par un manomètre.

Ces ventouses, agissant sur une large surface, produisent une révulsion puissante. Si la raréfaction est trop prompte, ou portée trop loin, elle est rapidement suivie de syncope ; au?si doit-on ne faire le vide queigraduellement, consulter souvent le manomètre qui, par la hauteur de la colonne de mercure, permettra de connaître exactement le degré de raréfaction de l'air. Si, malgré ces précautions, il survenait quelques accidents, on rétablirait l'équilibre en ouvrant un robinet placé sur les parties latérales du cylindre Jl va sans dire qu'il ne faut laisser entrer Tair que lentement, car un changement trop rapide dans l'état du malade pourrait déterminer l'accident qu'on voulait éviter.

Ventouses de M, Toirac, — M. Toirac a imaginé de remplacer les sangsues au moyen de petits verres fusiformes, à l'extrémité desquels on place un long tube flexible de gomme élastique, auquel est adapté un corps de pompe qui puisse faire le vide dans le tube ; la longueur du tube permet son introduction à une très-grande distance, et au fond des cavités. Cette espèce de ventouse n'est autre chose que la ventouse à pompe, à cloche plus étroite. Au moyen de cet instrument on peut facilement faire le vide sur une surface étroite où les verres ordinaires à ventouses ne pourraient pas être placés.

ARTICLE IV

Les ventouses scarifiées s'appliquent exactement de la même manière que les ventouses sèche»; elles ne diffèrent des précédentes que par les solutions de continuité qui ont été faites aux téguments. On place quelquefois des ventouses sur les morsures de sangsues, afin defacihter l'écoulement du sang; mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il est souvent inutile d'eavi$\<s%<st ce procédé, car les piqûres saignent hab\Wd\etcveïvX.\sv^T^» \î?"»:\-

leurs, H moins de cas tout à fait particuliers, il est assez difficile de placer les ventouses favorablement pour que le sang puisse couler d'une manière convenable à cause de {^espace qu'occupent les morsures de sangsues, et à cause de Tirrégularité que présenteot en général les surfaces sur lesquelles les sangsues doivent être appliquées. Aussi le plus souvent, lorsqu*au moyen d'une oa de plusieurs ventouses on veut pratiquer une saignée capillaire, celles-ci sont mises sur les scarifications.

Pour appliquer des ventouses scarifiées, on place le vase sur les téguments, ainsi qu'il a été dit en décrivant les ventouses sèches ; on l'enlève lorsque la peau est congestionnée : c'est alors qu'il convient de faire des scarifications. L'avantage qu'on retire de l'application préalable de la ventouse est celui-ci : d'abord la peau est congestionnée, engourdie par TafQux de liquides que la raréfaction di) l'air a appelés dans son tissp» par conséquent les incisions sont moins douloureuses; mais on a surtout limité parfaitement le siège des scarifications, et l'on n'a aucune crainte de faire des incisions inutiles. Les scarifications peuvent être faites avec le bistouri, la lancette ou le rasoir, ou bien avec des instruments spéciaux auxquels on a donné le nom de scarificateurs. Lorsqu'on se sert d'un des trois premiers instruments, on doit le tenir comme un archet, en cinquième position, le promener sur la surface de la peau congestionnée, et Tenfoncer au plus de 1 à 2 millimètres ; chaque incision doit être séparée de l'incision voisine par une distance de 3 millimètres environ. Elles doivent être toutes parallèles ; il vaut mieux ne pas faire d'incisions qui conpent perpendiculairement les premières, car s'il survenait de l'inflammation autour des solutions de continuité, la gangrène des téguments serait beaucoup plus à craindre. Les scarifications faites avec le bistouri, la lancette ou le rasoir sont plus douloureuses que celles qui sont pratiquées avec le scarificateur; mais ces instruments ont l'avantage de permettre aux incisions d'être aussi longues, aussi nombreuses et aus»i profondes que le mal l'exige. A la vérité, l'opération est plus longue, mais avec un peu d'habitude on parvient à les exéculer presque aussi rapidement qu'avec le scarificateur.

Le scarificateur (fig. 301 et 302) dont on fait le plus souvent usage est formé d'une boîte de cuivre contenant un nombre variable de lames, de dix à vingt environ. Toutes les lames sont placées sur un axe, à Faide duquel on peut, au moyen d'un ressort, leur faire exécuter rapidemeirt un mouvement de demi-cercle. Ce ressort en barillet de pendule a été imaginé par M. Charrière. En passant d un côté à l'autre de la caisse, elles traversent des fentes

pratiquées sur une des faces de rinstrument. Si donc le scarificateur est armé, c'est-à-dire que toutes les lames soient d'un côté, en pressant sur un petit bouton B, qui permet au ressort de 88 détendre, elles passent rapidement du côté opposé. Si Ton a appliqué sur les téguments la face de Tinstrument à travers les fentes dq laquelle les lames doivent passer, celles-ci entament la peau dans une épaisseur qui varie avec la partie saillante de la lame. Lorsqu'on veut armer une seconde fois le scarificateur, il suffit de tendre le ressort en pressant sur lui au moyen d'une espèce de levier A , situé sur la face de l'instrument opposée à celle à travers laquelle les lames font saillie.

La surface de l'instrument qui doit donner passage aux lames est mobile, c'est-à-dire qu'au moyen d'une vis de rappel, on peut la rapprocher ou l'éloigner du ressort, de telle sorte qu'on peut faire saillir les lames autant qu'il est nécessaire.

A l'aide d'un mécanisme très-simple, M. Charrière est parvenu à donner au ressort des scarificateurs un grand degré de solidité et de souplesse. Il a remplacé les deux ressorts ordinaires par deux lames d'acier de longueur de 4 0 à 14 centimètres, roulées sur elles-mêmes à la manière d'un ressort de pendule ; de telle sorte que ces deux ressorte occupent un très-petit espace et qu'on peut leur donner tout le degré d'élasticité désirable. A l'aide de ce moyen, il n'est plus nécessaire d'employer de l'huile pour faire fonctionner l'appareil ; le ressort a une force constante, et les scarificateurs sont plus faciles à armer. J'ajouterai que les nouveaux ressorts ne portant plus directement, comme les aiiciens, sur les engrenages, ne peuvent plus les détruire. La course des lames est très-rapide, et leur action est aussi puissante à la fin de la course qu'au point de départ.

Pour nettoyer les scarificateurs, on dévisse le couvercle. Cela fait, on arme à moitié course les lames, et l'on ouvre une petite porte située sur une des parois de la caisse de ringtroment ; dès

lors on peut retirer librement les deux arbres sur lesquels les lames sont placées.

Pour nettoyer les lames, on passe sur elles à plusieurs reprises un morceau de moelle de sureau qui a la propriété d'enlever tout le sang sans endommager leur tranchant. On pourrait, à la rigueur, faire ce nettoyage sans retirer les lames de la caisse, il suffirait alors de les faire saillir au plus haut degré en ayant sm d'incliner un peu le scarificateur pour que les débris de la moelle ne s'introduisent pas dans la caisse de l'instrument.

Les scarifications se font par ce moyen avec une telle rapidité, qu'à peine si le malade a le temps de sentir a douleur ; aussi, là moins d'indications spéciales, doit-on toujours préférer le scarificateur à rinstrument tranchant.

M. Bondu a inventé un scarificateur fort simple et fort ingénieux. Cet instrument se compose d'une lame circolaire mue par un mécanisme qui, à Textérieur, ressemblerait beaucoup à un robinet. L'instrument n'a pas besoin d'être armé, il suffit de tourner le robinet, soit de gauche à droite, ou de droite à gauche, pour faire saillir les lames qui coupent les téguments circulairement. La lame derinstrunient peut être facilement nettoyée avec un morceau de moelle de sureau. Ce scarificateur offre encore l'avantage de pouvoir agir dans le vide.

La section circulaire de la peau pouvait faire craindre la gangrène des téguments. L'expérience n'a pas justifié cette crainte, puisque longtemps le scarificateur de M. Bondu a été essayé par M. Seguin, ventouseur de la Charité, et il n'a jamais remarqué d'accidents de cette nature.

La section de la peau est plus douloureuse que par le scarificateur à ressort. Cela se conçoit, puisqu'elle est moins rapide. M. Bondu est parvenu toutefois à obvier en partie à cet incon* vénient par un procédé particulier d'affilage de la lame.

La découverte de M. Bondu nous parait avoir quelque valeur; en effet, à l'inconvénient que nous venons de signaler nous pouvons opposer les avantages suivants : 4 ** mécanisme extrêmement simple de l'instrument, qui ne se dérange pas et peut être d'une grande ressource dans les lieux éloignés des fabricants d'instruments de chirurgie , 2° possibilité d'agirdans le vide.

Quel que soit le procédé que l'on ait employé pour pratiquer les scarifications, le sang coule en nappe et en petite quantité ; il s'arrête bientôt par suite de la coagulation ; il faut donc réappliquer la ventouse s'il est besoin d'en tirer une quantité un peu notable. Cette application se fait exactement comme nous l'avons lit précédemment : on doit autant que possible faire attention à

recouvrir toutes les scarifications, ce qui o?t toujours facile si l'on a pris soin de ne les faire que partout où la peau avait changé ile couleur par Tappiication de la première ventouse. Aussitôt que la cloche est placée sur les plaies, le sang s'y introduit avec rapidité; mais bientôl, Téquilibre se rétablissant, il cesse de couler ; il faut alors retirer la ventouse, laver la surface des plaies avec un peu d*eau tiède, afin de détacher le sang coagulé qui s'opposerait à Técoulement d'une nouvelle quantité de sang, et réappliquer une seconde fois la ventouse s'il est nécessaire. On peut ainsi, par ce moyen, tirer une quantité de sang assez forte.

Les ventouses scarifiées doivent être, dans certaines circonstances, appliquées en nombre considérable; leur nombre est subordonnée la nature et à l'étendue de la maladie, quelquefois à la quantité de sang que Ton veut obtenir ; mais il est en général facile d'obtenir beaucoup de sang avec peu do ventouses, lorsque les scarifications sont assez profondes et que Ton a su bien faire le vide dans le vase.

Les plaies qui succèdent aux scarifications ne présentent pas de gravité ; il suffit de les panser avec un linge ou un papier brouillard enduit de cérat ; si cependant elles étaient très-douloureuses, on les couvrirait d'un cataplasme émollient. Elles se cicatrisent presque toujours très- rapidement. 11 est rare que l'on ait à redouter une inflammation et la gangrène des téguments.

Lorsque les ventouses sont appliquées sur un point où l'on doit exercer une compression assez forte, il faut toujours les surveiller activement, car la peau gorgée de sang, couverte de solutions de continuité, est susceptible de se gangrener beaucoup plus facilement que lorsqu'elle est saine.

Bdellomètre. — M. Sarlandière a imaginé de placer au sommet de la ventouse à pompe une espèce de scarificateur communiquant à l'extérieur par une tige qui glisse à frottement dans la tubulure; il fait de cette manière des scarifications dans le vide. La tubulure qui doit donner passage à l'air que l'on veut retirer de la ventouse se trouve placée sur les parties latérales de la cloche ; il a même imaginé une troisième tubulure située à la partie inférieure de la cloche, afin de permettre au sang de s'écouler. Cet instrument est beaucoup trop compliqué pour pouvoir être employé avec avantage. D'abord la cloche qui doit contenir un scarificateur est trop grande pour pouvoir être' appliquée dans u" grand nombre de cas ; la tige, entrant à frottement, permet souvent, lorsqu'elle glisse trop facilement, l'entrée de l'air dans la ventouse; enfm la tubulure ne laisse pas, le plus souvent, le sang sortir au dehors, puisque, pour ouvrir le robinet, il faut attendre

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que le niveau du sang soit au-dessus de la tubulure. En outre le sang coagulé, la plupart du temps, ne pourra pas sortir par une ouverture qui doit toujours être assez étroite pour qu^il ne puisse s'en écouler une quantité plus grande que celle qui sort par les incisions, sous peine de voir Tair rentrer dans la cloche, et rétablir réquilibre. La rapidité de Topération est loin de compenser les inconvénients attachés à cet instrument.

C'est d'après le principe posé par M. Sarlandière qu ont été construits les appareils désignés sous le nom de sangsues artif^ cielles. Un grand nombre d'appareils de cette nature ont été imaginés : nous parlerons surtout des sangsues artificielles de MM. Knussmann etGeorgi, qui ont été l'objet d'un rapport favorable à l'Académie de médecine. Cet appareil se compose : 4» d'un scarificateur dont les lames sont disposées de manière à faire une incision triangulaire analogue à une morsure de sangsue; ces lames peuvent être rendues plus ou moins saillantes à l'aide d'une vis de rappel, de telle sorte que l'on peut donner à l'incision une profondeur plus ou moins considérable; S*" d'un corps de pompe prolongé par un tube de caoutchouc vulcanisé, qui s^adaptesur l'extrémité du scarificateur, de telle sorte que Ton peut faire, quand on le juge nécessaire, la scarification dans le vide; 3° de plusieurs petites cloches à ventouse munies d'une soupape ; l'extrémité du caoutchouc du corps de pompe s'adapte sur un petit verre dans lequel on fait le vide.

« La portion de peau sur laquelle on se propose d'agir ayant été préalablement mouillée, on y applique l'extrémité inférieure du scarificateur, on fait jouer le piston de la pompe; l'air se raréfie dans le scarificateur, la peau soulevée, et en même temps rougie par l'affiux du sang dans les capillaires, fait saillie dans la cavité hémisphérique du scarificateur ; alors la main, portée à l'extrémité du levier, fait mouvoir rapidement les lames. Les incisions faites, on enlève aussitôt le scarificateur et la pompe, et on les remplace par une petite ventouse de verre dont l'extrémité supérieure entre à frottement dans le cylindre de caoutchouc de la pompe; on donne quelques coups de piston, et bientôt on voit le sang sourdre des incisions faites à la peau et s'élever peu à peu dans la ventouse; au besoin, on peut réappliquer la pompe sur la ventouse pour raréfier de nouveau l'air intérieur, de telle sorte que la petite ventouse s'emplisse presque entièrement. Le sang que contient la ventouse est facilement recueilli dans une éprouvette graduée, de manière à pouvoir être évalué exactement. >

L'Académie a adopté les conclusions suivantes :

< Le nouveau procédé mécaniqnede MM. Kussmann elGeorgi 9 offre un perfectionnement ingénieux des procédés déjà connus. 9 li peut remplacer les sangsues naturelles dans un certain nom- » bre de cas qui ne peuvent être appréciés que par l*homme de » rétat(^). »

Saignée de la conjonctivey des narines. — De môme que nous avons vu des ventouses appliquées sans scarificalion, de même nous avons vu des scariécations pratiquées sans que Ton applique de ventouse : lorsque, par exemple, les incisions ont élé assez profondes pour provoquer un écoulement sanguin considérable, comme cela arrive quand, au début d'un phlegmon diffus, on pratique sur le membre malade de longues incisions. Mais il est des scarifications que nous devons signaler ici, car ce sont de véritables saignées capillaires, dans lesquelles l'application de ventouses est impossible à cause de la conformation de la région : telles sont par exemple les scarifications que Ton fait sur la conjonctive dans le cas de chémosis et celles que Ton pratique dans les fosses nasales.

Les scarifications de la conjonctive sont très-simples, on fixe la paupière généralement tuméfiée et renversée pendant qu'un aide relève Tautre paupière, et l'on promène sur la surface congestionnée le tranchant d'un bistouri très-convexe; nous nous servons avec avantage pour cet usage delà lame d'un petit instrument à tranchant demi-circulaire connu sous le nom de pharyngotome. Des compresses imbibées d'eau tiède favorisent l'écoulement sanguin, elles seront imbibées d'eau froide^ au contraire, quand on voudra faire cesser l'hémorrhagie.

La saignée des narines mérite de nous arrêter un instant :

M. Seutin conseille celte médication dans les cas de céphalalgie très-intense, de congestion cérébrale, d'inflammation nasale ou oculaire.

Pour cette opération il a imaginé un instrument dont la lame se redresse sur le manche. La lame a 4 centimètres de longueur, elle présente un dos uniformément mousse, une extrémité boutonnée, et n'est tranchante que dans une petite portion de 2 à 3 millimètres environ, qui fait une saillie arrondie au voisinage de l'extrémité. L'instrument ressemble assez à une flamme de vétérinaire dont le tranchant, au lieu de former une pointe lancéolée, est simplement semi-lunaire.

Voici comment se pratique l'opération. La lame est engagée dans les fosses nasales, le dos de l'instrument appliqué contre la

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. XVï, p. 1125.

paroi antérieure du nez glisse de bas en haut, le trancbant se trouve alors libre dans la cavité. Lorsque rextrémité boutonnée de la lame a atteint la voûte nasale, Tinstrument est relourné en dedans, de telle sorte que le trancbant rencontre la muqueuse dç la rloison; en la retirant vivement, on pratique une incision sur cette muqueuse. Cette manœuvre peut être répétée des deux côtés. On obtient ainsi une quantité de sang considérable. Si Ton pro< longe la saignée quelque temps, il est bon de faire respirer un peu d'eau tiède par le nez ; pour Tarrêter il suffît de pincer le m un instant entre les doigts (1).

Effeu thérapeutiques des ventouses sèches et scarifiées. ^~ Un ventouses sèches déterminent une dérivation souvent très-puis* santé, surtout lorsqu'elles sont, d'après la méthode Junod, appliquées sur une large surface. Mais, en outre, elles pnt éternises en usage dans les plaies empoisonnées afin d'attirer le venin au dehors. Si Ton possède de meilleurs procédés pour empêcher Tabsorption du virus, il n'en est pas moins vrai que l'application des ventouses peut, dans une foule de circonstances, rendre d9 grands services, et qu'on doit toujours mettre ces moyens en pratique à titre de ressources provisoires. On se sert encore de ces instruments dans Tengorgement des seins, afin d'évacuer le lait, lorsqu'il s'y trouve accumulé en trop grande quantité. Appliquées dans ces circonstances, elles rendent souvent des services signalés.

Il n^est pas besoin de dire que la succion des plaies envenimées agit de la même manière que la ventouse.

Tels sont les moyens que l'on emploie pour faire la saignée capillaire. On voit que, quel que soit le procédé qui ait été mis en usage, on ouvre non- seulement des vaisseaux veineux, mais encore des vaisseaux artériels contenant le sang qui doit porter la nutrition dans nos organes. Aussi, partant de ce fait, quelques praticiens ont pensé qu'une saignée capillaire affaiblit plus qo^uno saignée générale, mais ils n'ont pas fait attention que l'écoulement de sang étant beaucoup plus rapide dans la saignée générale, la réparation ne se fait pas aussi vite que dans la saignée locale, où souvent un long espace de temps est nécessaire pour avoir une quantité de sang notable. H va sans dire que, si quelque artère d'un assez gros calibre était blessée, la saignée locale causerait des accidents graves ; mais il n'est ici question que de la saignée capillaire sans aucune complication.

(1) Journal de médecine de Bordeaux, avril 1856.

CÀTHÊTÉRISMË. 683

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