AGENTS ANESTHÉSIQUES
résultats que l'introduction par la bouche ; xe procédé pourrait être utilisé chez les malades dont les voies respiratoires seraient très-douloureuses ou trop malades pour supporter le contact des agents aneslhésiques.
Un très-grand nombre de procédés et d'appareils ont été imaginés pour introduire Télher et le chloroforme dans les voies respiratoires. Nous allons en examiner quelques-uns.
ï. De l'éther. — Comme l'éther est très-volatil et d'une odeur pénétrante désagréable pour beaucoup de personnes , il n'était pas possible de songer à le faire respirer sur un mouchoir, une éponge ou niAme en plaçant un flacon sous les narines. Sans doute on arriverait encore ainsi à obtenir Fanes'. hésie, mais une grande quantité délher serait perdue inutilement ; les personnes et surtout les aides placés autour du malade pourraient en être incommodés. Pour ces raisons, on a dû songer de bonne heure à rinvention d'appareils spéciaux. Le premier dont on se soit servi est celui de M. Morlon. il consiste en un flacon à deux tubulures : Tune permet de verser l'éther dans le flacon ; l'autre donne passage à un tube de verre que le malade place dans sa bouche ou dans une des narines. Cet appareil n'était pas d une grande commodité, et ne permettait pas, à cause de l'étroilesso du tube, qu'une grande quantité de vapeur arrivât à la fois dans les voies aériennes ; en outre, il n'était pas d'un emploi très-facile. Divers auteurs se sont donc mis à la recherche de nouveaux moyens : les uns, à l'exemple de M. Cloquet, de MM. Charrière et Liier, ont proposé des appareils qui permettaient de respirer l'éther seulement par la bouche : les autres, tels que MM. Ferrand (de Lyon), J. Roux (de Toulon) et Charrière, en ont imaginé au moyen desquels on respirait de l'éther tout à la fois par la bouche et les fosses nasales; d'autres encore, et surtout MM. Doyère et Maissiat, s'étaient proposé surtout de donner à l'instrgment des dispositions qui permissent de doser la quantité du médicament.
Parmi toutes ces inventions, deux seulement ont survécu, et d'abord celle qui consiste en un récipient de verre duquel part un long et gros tube de caoutchouc, terminé par une cuvette métallique dont la forme est calculée pour s'adapter assez hermétiquement à la bouche.
Des soupapes placées dans l'intérieur du tube principal et dans un embranchement spécial sont destinées à laisser entrer l'air extérieur dans le flacon au moment de l'inspiration, et à empêcher son retour dans le vase au moment de l'expiration. En outre, un robinet adapté à Tunç des tubulures ^Q c© ifeç\^\^\x\. v^\\»feN»N.^^'
75a OPÉRATIONS DE PETITE CHIRURGIE.
Iréede Tair en quantité plas ou moins grande, solvant qo^îl est plus ou moins complètement ouvert, en même temps qu'il sert à verser le liquide. Je n'ai pas la prétention do décrire cet appareil dans tou.^ ses détails, non plus que d'indiquer les différences qae présentent ceux des divers fabricants Pour le fairo, je serais obligé d'entrer dans de très-longs développements qui n'intéresseraient pas le praticien ; il me suffit d'avoir fait connaître les principales indications auxquelles satisfont ces instruments.
L'autre invention est celle du sac, tel que l'avait imaginé d'abord M. Jules Roux, et que Ta modifié plus tard M. Charrière. Ce dernier a fait construire de petits sacs do soie doublée d'aoe étoffe imperméable, et qui peuvent se replier de manière à occoper une très-petite place et à être rendus portatifs. L'une des extrémités aboutit à un récipient ; Tau Ire est terminée par on cercle métallique dont les contours s'adaptent assez exactement au nez et à la bouche.
Un médecin suisse, M. C. Mayor, a proposé un antre mode d'administration qui dispense de tout appareil spécial, et gaeToo connaît sous le nom du procédé du voile. Ce moyen consiste à placer sous le visage du malade un vase quelconque, assiette oo cuvette, qui contienne de l'éther, puis à renverser par-dessus le vase et la tôle du malade une serviette ou un drap préalablement attaché autour du cou. Ce procédé a bien l'inconvénient dew pas laisser voir le visage et les troubles généraux qui se traduisent sur lui, mais d'un autre côté il n'empôche pas le malade de parler, et permet do suivre, par la conversation, tous les changements (jui arrivent flans los fjrullé^ intellectuelles; il a surlofl' l'avantage de n'exiger pour son application que des d^jels qu'on a partout sons In mnii).
Lorsque les inhalations d'éther étaient généralement employées, on se servait, ou de l'appareil de MM. Charrière et Lûer, ou do dernier procédé, celui du voile ; et il est vraisemblable que, s Ton revient un jour à l'éther, les mômes moyens seront préféié». Voici du reste comment on les emploie. S'agit -il du récipient, on y verse de l'éther ; puis, le malade étant couché ou assis, suivant les cas, on place sur sa bouche l'entonnoir terminal du tube. Les narines sont en outre maintenues fermées, soit avec une pinw spéciale, soit avec les doigts d'un aide. On ouvre le robinoiqfli sert à faire passer l'air extérieur, afin que les premières Inspirations n'attirent pas de vapeurs éthérées trop pures et irritantes. puis on engage Vô w\a\^d^ ^r^sçlrer naturellement et sans grands e/Tor ts . A près deuii ow Uo\^ vxCvjvvyVR.^ , ^v. ^^^ ^^^^Vr^-^wis aériennes sont habituées aucotvV^^X ^^vw^^^.^^v^x^w^ ^^^^^èm3^>^
AGENTS ANESTttÉSIQUÊS. 755
robinet, de telle sorte que Télher inspiré n'est plus mélangé avec une aussi grande quantité d'air. À la rigueur, on peut se passer de Tocclusion des narines, dont Touverlure a même l'avantage de prévenir plus sûrement l'asphyxie; seulement, en agissant ainsi, l'étliérisation arrive beaucoup plus lentement.
S*agit-il du voile, il n*y a rien de bien particulier à indiquer : dans ce procédé comme dans l'autre, il est bon d'explorer le pouls, de pincer de temps en temps la peau, d'adresser quelques questions au malade, alin d'apprécier les progrès del'éthérisation.
II. De l'ahtlène. — Nous ne dirons que peu de chose de Tamylène; ce produit aélé surtout employé à Paris par M. Giraldès, qui a communiqué ses expériences à l'Académie de médecine. Nous empruntons à M. fîobert 1 histoire de ce produit dont il a étudié l'action avec le plus grand soin.
« Ce liquide, dont la découverte est toute récente, est d'une fétidité extrême ; il est très-volatil et très-difficile à manier ; il faut nécessairement l'administrer au moyen d'un appareil, éon action est très-prompte, mais en même temps de très-courte durée, une minute ou une minute et demie au plus, ses vapeurs s'en allant par l'exhalation à mesure qu'elles entrent par l'absorption à travers la muqueuse pulmonaire; cet agent ne convient donc que pour les petites opérations très-courtes : arrachement d'un ongle, amputation d'un doigt, examen des yeux, etc.
> A l'époque où M . Cbaillot (de Strasbourg) et M. Giraldès firent leurs premières expériences surl'amylène, je fus chargé par l'Académie de lui présenter un rapport sur ce sujet ; je fis donc moimême un certain nombre d'essais. L'action de l'amylène est extrêmement rapide : au bout de quelques secondes le visage est turgescent, le sujet se roidit, les muscles se convulsent, et une demi-minute suffit pour produire l'insensibilité. Cet état dure une minute ou une minute et demie, et pendant ce temps le visage reste vultueux, turgescent, le système nerveux est évidemment le siège d'une congestion violente. Tous ces phénomènes no laissèrent pas de m'inquiéter, lorsque je les vis pour la première fois; dans une autre circonstance un malade eut un accès convulsif épouvantable.
» Considérant donc la fétidité de l'amylène, le peu de durée de , son action et «la violence des symptômes qui se produisent en un si court espace de temps, j'étais peu tenté de V%»\w^\<!s^«^\ n^sl'î^ chose cependant me retenait encore *. c'eftVç\\xô\o\iN^^^»^'^'^ rapidité du retour des malades à Vélat pV^fevAo^vs^^ ^^V^'î» vt'^
iiihalutinns d'amylèiK^ et que Ton arguait de cette innocuité app^^ renie ù la supériorilédo Tamylèno. Or, quelques jours avant que je lisse mon rappurl à l'Académie, les journaux anglais (Meéicul Jnm's. nous apprenaient qu'un cas de mort par cet agent était survenu entre les mains de M. Snov, et depuis celle époque il s'en esl prôsenlé un second fait. L*ainylène peut doic causer la n.orl, tt Ton était en droit de le pensera priori, conme de tous les autres aneslhcsiques. Cette dernière question étaDl une fuis résolue, le procès de Tamylène fut bientôt tormioé, et aujounl liui on ne fuit plus guère usage de cette substance. J'ai ouï (lire cependant que M. de Grapfe, à Berlin, s'en sert pour l'examen des yeux (1). »
III. Du cuLOioFORXE. — On s'est servi d*abord d'appareil? S(>mblables à ceux que Ton employait pour Télher ; mais on rtconnut bientôt qu ils étaient beaucoup trop grands : comme la quanlilé de chloroforme nécos-aire pour obtenir Tanesthésie est bien moindre que celle de Télher, les récipients iravaient pas besoin d'être aussi volumineux, et pouvaient être rendus porlalifs. C'est dans ce sens que MM. Charrière et Lùer modifièrent d'aboni leurt" instruments primitifs, en conservant seulement le tube et ronlonnoirlerminai, au moyen desquels l'inhalation devait se faire exclusixement par la bouche, les narines re>tant ouvertes ou fermées suivant la volonté du chirurgien. Ensuite M. Charrière a fait construire un sac de soie, à Taide duquel l'inhalation se faisait tout à la fois par le nez et la bouche ; beaucoup de personnes ont préféré se servir du masque, instrument assez commode et qui a, comme le précédent, l'avantage d'être facilement portatif. Le dernier instrument de M. Charrière a été adopté par les praticiens qui se servent d'appareils, a 11 est peu volumineux, peu coûleux et facile à manœuvrer; il remplit, en effet, toutes les conditions qu'exige Tadministration du chloroforme ; ces conditions sont les suivantes :
« 4° H faut que la respiration soit toujours libre et se fasse le plus largement possible, c'est-à-dire qu'il faut utiliser le nezel la Louche au passage de l'air.
» 2" il faut que Ton puisse graduer à volonté la concentration des vapeurs anesihésiques.
• 3"" liniin, il faut renouveler constamment l'air dars l'appareil , afin d'éviter autant que possible toutes les chances d'accidents.
. (1) l\obOT\, loo.rU.,^»*^^»
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> Il se compose d*un récipient d'étain (qui s'étend de A jusqu*en K) dans lequel est placée une spirale métallique recouverte d'un tricot de coton B, qui sert de surface d*évaporation au chloroforma A sa partie inférieure £, ce récipient est percé latéralement d'an grand nombre de trous par lesquels Tair s'introduit dans l'appareil ; là il se charge de vapeurs de chloroforme et se rend à une embouchure G qui embrasse le nez et la bouche, et qui est reliée au reste de lappareil par un tube de caoutchouc
Fig. 346.
dont le diamètre est plus large que celui de la trachée-artère, afin que Tair y puisse circuler librement.
9 Sur le trajet que Fair parcourt ainsi, se trouvent deux soupapes formées par des sphères de liège que le moindre effort suffît à élever ou à abaisser ; elles sont placées dans cetie espèce de coupole qui surmonte le récipient dans lequel on verse le chloroforme : la soupape inférieure se soulève lorsque le malade fait une inspiration et permet à Tair de monter jusqu'à la bouche après s'être chargé de vapeurs anesthésiques; pendant ce temps de l'inspiration, la soupape supérieure que l'on aperçoit en H est maintenue par la pression atmosphérique sur l'orifîce supérieur de la coupole dont je vous ai parlé, de telle sorte que, pendant l'inspiration, Tair ne peut entrer dans l'appareil que par les tcQu& situés à la partie inférieure du récipieu\.eliv^mN^«s5.\SNaîsaà» «lu'après s'être mprégné de vapeurs de c\v\oto\Dt«».\^«£^^'^^'*^'^ ^vitioD, au coDtraire, ia colonne d'a\r sovUul v^t X^Y^on^'^^ ^^
nez du malade descend dans Tappareil, c'est-à-dire dans la coupole qui surmonte le récipient : là elle presse de haut en bas sur la soupape inférieure et la ferme hermétiquement, tandis qu'elle soulève la soupape inférieure par où elle s'échappe librement. 11 y a donc, comme vous le voyez, deux soupapes, dont Tune laisse passer Tair venant de Textérieur, et Faatre celui qui sort des poumons ; de telle sorte que Pair expiré ne sert .pas une seconde fois ; c'est là un appareil trèSHÛmple et qui remplit parfaitement la condition du renouvellement constant de Tair,
» Dans le récipient, vous ai-je dit, se trouve un disque spir^lde en métal recouvert d'un tricot de coton B; ce disque s'humecte de la manière suivante : on verse le chloroforme dans la cuvette A, d'où il s'écoule goutte à goutte sur le tricot de coton, et lorsque celui-ci est suffisamment imbibé, le chloroforme en excès tombe dans le fond du récipient E ; on a donc toujoors une même quantité de chloroforme sur le disque.
» Pour graduer l'administration du chloroforme et pour en concentrer les vapeurs à volonté, M. Charrière a placé à la partie inférieure du tube de caoutchouc nne virole d'étain D, présentant deux trous qui ont la même dimension que deux oriâces placés sur la monture du tube de caoutchouc, de sorte qu'on faisant mouvoir cette virole sur le tube, en peut à volonté ouvrir et boucher plus ou moins complètement les orifices que porte ce tube. Par ce mécanisme très-simple, on peut graduer la concentration des vapeurs de chloroforme; en effet, lorsqu'on ouvre les trous en tournant la virole, l'air mêlé de chloroforme n'amve au malade que mitigé encore par l'air atmosphérique ; le malade ne respire donc que de l'air peu chargé de vapeurs anesthésiques; si Ton veut, au contraire, faire marcher l'anesthésie plus vite, on ferme les trous, et le malade respire finalement autant de vapeurs de chloroforme que l'appareil peut en donner.
> L'embouchure métallique qni embrasse la bouche et le net du malade est résistante et ne peut se déformer. Lors donc que le malade fait des mouvements, il est très-facile de maintenif l'embouchure en place : on n'a pour cela qu'à rappliquer un peu fortement sur le visage, et l'on a ainsi la certitude de ne jamais suspendre la respiration.
» Mais il y a encore, ajoute M. Robert) dans l'emploi de cet appareil, un autre avantage que j'ai signalé il y a deux ans. L'Académie tout entière était contraire aux appareils, j'étais seol de mon côté ou à peu près pour les défendre ; cet arantage le voici : quand on donn^ Va chlotofotrae sur une éponge ou sur de a charpie, \t fewtlaee ^e 'H^Jîcrv^Njtfsîi ^^ ^^^x«^^ \!6j^sm^sMwi8a-
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rable, et il peut se faire que, dans un moment donné, le malade respire une trop grande quantité de vapeurs anesthésiques et qu'il soit asphyxié. Avec Tappareil, au contraire, la surface de vaporisation est toujours la même, puisqu'elle est formée par le tricot de coton qui recouvre le disque métallique, et lorsque ce tricot est suffisamment imbibé, le chloroforme qu'on ajouie tombe dans le fond de l'appareil ; de plus, si l'on trouve que cette surface d'évaporation est trop grande et que l'on craigne des accidents, il est très-facile de la diminuer en coupant une portion du disque. Cet appareil permet donc de limiter tfttne manière certaine la quantité de vapeurs de chloroforme dans un tempo donné.
» Enfin, comme conclusion ou corollaire des règles que je viens de vous exposer sur le mode d'administration du chloroforme, je vous ajouterai qu'il faut commencer l'éthérisalion par des doses très-faibles, afin de tâterla susceptibilité de chacun, c'est-à-dire qu'il faut ouvrir la virole située à la partie inférieure du tube, de manière à mélanger d'une très-grande quantité d'air les vapeurs de chloroforme qui se dégagent; puis, au fur et à mesure que Télhérisation marche, si le malade la supporte bien, on ferme peu à peu la virole; en un mot, vous avez toute facilité, avec l'appareil, de graduer la quantité de chloroforme que vous voulez donner au malade (4). 9
Certainement tous ces appareils permettent d'obtenir le sommeil-anesthésique, et il n'y a pas de motifs sérieux pour donner la préférence à l'un d'entre eux sur les autres, mais on a proposé des moyens beaucoup simples qui conduisent aussi bien au même résultat. Ainsi, M. Simpson s'était servi, dans ses premiers essais, d'une éponge qu'il appliquait sur le nez et la bouche, après y avoir versé une certaine quantité de chloroforme ; d'autres ont préféré un mouchoir, une compressé pliée en pluîieurs doubles; d*autres une compresse roulée en cornet : ce dernier moyen était généralement adopté par les chirurgiens militaires pendant la campagne de Crimée.
L'éponge, la compresse et le mouchoir ont sur les autres appareils, outre l'avantage de la simplicité, celui de i)ermettre bien plus facilement le mélange de l'air extérieur avec les vapeurs du chloroforme, et d'éviter ainsi beaucoup mieux l'un des accidents invoqués pour expliquer la mort de certains malades, l'asphyxie. Je sais que les appareils dont je parlais toat ^ Vbi^\x\^\cŒv^\%a«:^v
(i) Bohert^ /oc, cit», p. 36s
aussi rindicalion de livrer passage à Pair atmosphérique; ma» ils ne la remplissent pas aussi efficacement que les procédés dont il s*agil maintenant. Il est, en effet, très-facile de tenir à une certaine distance du visage l'éponge ou le mouchoir imprégné de chloroforme, sans trop diminuer pour cela la quantité de vapeurs anesthésiques inspirées.
Pour mettre ce procédé en usage, on verse donc sur la compresse ou sur réponge environ 2 à 4 grammes, ou, si l'on àinie mieux, la valeur d'une cuillerée à café de chloroforme; on la maintient ensuite au-devant du nez et de la bouche , en ayant soin de laisser dans tous les sens un jour par lequel passe Tair. Si le linge est desséché avant que le sommeil soit obtenu, od verse une nouvelle quantité de liquide, et on y revient au t)esoiQ une troisième et même une quatrième fois. C'est à la fin seulement de rinhâlation, et lorsque ses effets tardent trop à se faire sentir, qu'il est permis d'appliquer plus étroitement, mais toujours pendant un teujps fort court, le mouchoir ou l'éponge contre le nez et la bouche.
La quantité de chloroforme nécessaire pour obtenir Téthérisation varie entre 6 et 4 5 grammes ; le plus souvent elle ne dépasse pas 4 0 grammes. Ces différences dépendent de ce que l'évaporation en entraîne toujours plus eu moins, et de ce que les aptitudes individuelles sont très-variables. En tenant compte de ce qui s'évapore et de ce qui reste dans la compresse ou l'éponge, on peut évaluer à 2 ou 3 grammes la quantité qui entre dans les voies aériennes et de là dans le torrent circulatoire.
M. Sédillot donne les règles suivantes pour radministration da chloroforme :
« Le chloroforme est versé sur une compresse roulée de manière à présenter une cavilé assez large pour recouvrir facilement le nez et la bouche du malade. L'autre côté de Ja compresse est froncé et fixé lâchement par une épingle pour ne pas empêcher complètement le passage de l'air. Le malade ne doit pas être tenu, mais reste couché sur le dos, la léte légèrement soulevée par un oreiller. On commence par verser sur la compresse 1 ou 2 grammes du liquide, et Ton approche le linge à quelque dislance de la bouche, pour laisser le temps au malade de s'habituer à l'odeur et à l'impression du chloroforme. Le chirurgien s'efforce de tranquilliser ses opérés, leur parle doucement, leur demande quels effets ils éprouvent, leur explique qu'ils doivent respirer naturellement et sans effort, et qu'ils ne s'endormiront pas tout à coup, qu'il faut cour ce résultat un temps assez long. S'il voit les m3\«id^ô \^vc^ ^^^ wv^^w^nc^sw^ ^^\sg*la^^\L wtire
AGENTS ANESTHÊSIQUES. 761
entièrement la compresse et attend un peu plus de calme. Bientôt la respiration se régularise et Ton reprend Tusage de Tanesthésique. Lorsqu'on s'aperçoit que les inspirations sont bien supportées et que l'émotion est en partie dissipée, on verse largement le chloroforme sur le linge et l'on cherche à en faire inspirer les plus fortes quantités dans le temps le plus court, ce qui est le meilleur moyen de prévenir la période d'excitation et une anesihésie trop profonde. Le succès nous a paru moins prompt chez les individus vigoureux et habitués aux alcooliques. S'il survient du spasme, de la gêne respiratoire, de la turgescence de la face, on s'arrête, puis on recommence dès que la normalité respiratoire se rétablit. S'il y a un peu d'exaltation, des mouvements brusques, les signes d'une ivresse bruyante, sans que la respiration ni la circulation soient gênées, on active l'action du chloroforme en imbibant abondamment la compresse. Souvent alors le blessé s'alanguit, ses paroles deviennent plus lentes, sa voix plus faible, sa tête se penche sur sa poitrine, et il se renverse complètement endormi sur son oreiller. Dans d'autres cas assez rares, la compresse est repoussée. On attend que l'exaltation diminue, puis on renouvelle les mêmes épreuves. Si l'on ne réussit pas et que le malade continue à se défendre, on essaye seulement alors de le maintenir et de le sidérer par de grandes doses de l'agent anesthésique. On n'en suspend l'usage qu'après l'apparition de )a résolution musculaire, lorsque les membres soulevés retombent inertes par leur propre poids. Le chirurgien commence alors l'opération et fait reprendre du chloroforme à la moindre trace de mouvement sous l'action de ses instruments.
» L'indication consiste à maintenir cet état d'insensibilité et d'immobilité sans en exagérer le degré. Avec de l'intelligence et de l'habitude, l'aide accomplit cette délicate mission d'après des signes qui le trompent rarement, et dans tous les cas son erreur ne doit consister qu'à ne pas chloroformiser assez le malade, et jamais à porter trop loin l'anesthésie. On éloigne la compresse tant que ne se manifeste aucune contraction musculaire, mais lorsqu'un mouvement de la bouche ou des paupières révèle le retour de la motilité, on revient à quelques inspirations de chloroforme, puis on les suspend momentanément. On écoute la respiration, on cesse lorsqu'elle faiblit pour recommencer après (1). »
IV. Mode d'action de l'éther et du celo^o^c^wi.^. — Wwas^- (i) (razeUe médicale de Strasbourg ^ 20 scplombte V%^V.
ment où Tinhalation de Téther commence, le malade ressen' quelques picotements dans la gorge et tousse ; les voies aériennes s^accoutument peu à peu au contact des vapeurs irritantes, ces premiers accidents cessent au bout de trois ouqualre minutes ; le malade commence à ressentir une sorte de bienêtre qu'il exprime par des signes, ou bien la physionomie prend un air d'étonnement ; les yeux s'ouvrent largement, restcDî fixes , puis arrive souvent une grande excitation . Enfin , le malade restent de la pesanteur de tôte, des élourdissements , des tintements d'oreilles ; la vue s'obscurcit, les idées s'embarrassent, la sensibilité devient de plus en plus obtuse ; la peau finit par être insensible aux pincements et aux tiraillements de tout genre, et le sommeil finit par ôtre profond, accompagné de ronflement On dit alors que l'étbérisation est complète. Le temps nécessaire pour arriver à ce résultat est extrêmement variable : chez quelques sujets l'anesthésie vient très -rapidement, chez d'autres il faut attendre de dix à douze minutes, et quelquefois vingt ou trente.
La succeision de ces phénomènes permet de les rapporter à deux périodes distinctes : l'une é'excilation, pendant laquelle on voit surtout l'agitation ; l'autre do sommet/, pendant laquelle les malades sont calmes et insensibUs : c'est la période chirurgicale de AJM. Maurice Perrin et Ludge rLallemand (1).
Si, au moment où la dernière période est obtenue, on continuait à faire respirer de l'éther, on arriverait, ainsi que l'ont observé sur les animaux MM, Longet, Flou rens et Lach, à suspendre les fonctions les plus importantes, celles de la respiration, de la circulation, et à causer la mort; c'est-à-dire que la période de sommeil pourrait être suivie d'une troisième période d'oneantiisemeni ou de stupeur ^ comme Ta dit M. Jobert (de Lamballe). Mais cette période serait tellement dangereuse, que, pour la pratique, il est indispensable de s'en tenir à la seconde et de ne pas la dépasser.
Pendant les deux périodes d'excitation et de sommeil, il y a suspension des fonctions de la vie animale ; si l'on arrivait au contraire à l'anéantissement, ce serait par une suspension des fonctions organiques.
Les symptômes que provoque l'jnjialation du chloroforme ressemblent beaucoup à ceux qui ont été décrits pour l'éther; leur succession est exactement la même : période d'excitation, manifestée toutefois par une agitation moins grande; période d'inàen-
(1) Loc, cit., V- i'iV'