‹ Manuel de petite chirurgieChapitre 83 sur 152 · TAXIS FORCÉ · texte numérisé non relu

TAXIS FORCÉ

hernies s'oppose à toute pression violente ; mais quand les efforts sont assez modérés, ils peuvent être continués pendant longtemps : c'est ce que Ton a désigné sous le nom de tajcis prolongé. Quelques chirurgiens font des efl'orts considérables pour faire rentrer la hernie : c*est ce qui a été appelé taxis forcé,

2" Taxis prolonge.

Les hernies engouées et les hernies épiploïques no peuvent être réduites quelquefois qu avec beaucoup de peine, il est souvent nécessaire de prolonger les eiïorls de réduction pendant un temps fort long : cette opération constitue le laxis prolongé.

Quelquefois l'intestin ne peut être réduit qu'en partie ; il est alors utile d'appliquer sur la tumeur un bandage compressif, afin d'empêcher la partie déjà rentrée de sortir une seconde fois. Une seconde tentative sera faite, puis une troisième, jusqu'à ce que tous les organes déplacés soient introduits dans la cavité abdominale. 11 va sans dire que les précautions préliminaires et la direction des efforts seront les mômes qu'il a été dit plus haut.

3" Tavis forcé.

Je ne parlerai du taxis forcé que pour blâmer cette pratique ; car si le laxis a l'avantage de prévenir une opération souvent mortelle, il ne faut pas oublier qu'une constriction trop violente sur des viscères déjà malades pourra augmenter l'inflammation, amener la mortitication des tissus, et déchirer môme l'intestin. Et qu'aura-t on réduit dans ce cas? Un intestin dans un état tel, que le malade succombera rapidement à une péritonite, souvent causée par lepanchement des matières dans l'abdomen.

On ne peut nier que Topération do la hernie étranglée ne soit très-grave ; mais elle sera bien plus dangereuse encore si elle est pratiquée sur un intestin rendu beaucoup plus malade par des efforts inconsidérés. Loin de proscrire le taxis, qui peut, dans une multitude de cas, produire des résultats très-satisfaisants, nous pensoi.s qu'on devra toujours essayer de réduire par ce procédé toute hernie étranglée. Mais les efforts doivent toujours être ménagés; et si Ton voyait que la réduction ne fût pas possible par ce moyen, on devrait recourir s»ns retard à une opération qui aura d'autant plus de chance de succès que les lésions produites par les efforts de réduction auront été moins grandes.

Sans blâmer le taxin prolongé autant que le taxis forcé, nous

PROCÉDÉ DE M. MAISOMNEUVE. 363

dirons qu'il pout faire perdre un temps précieux pour lopération ; cependant, lorsque les accidents (rôlran^lcmcnt no dunneronl pas lieu à des symplôinus trop alarmants, que la hernie aura déjà pu être réduite en paitie, il ^era {Hormis d'attendre; mais, je le répète, les opérés guérissent d'autiuil mieux que la hernie est étranglée depuis moins de temps.

^° ProciMlt' (II- M. Maison 11 eu M* pniir la rniiirtion des lit'i'iiii'<.

Depuis quelques années déjà, M. le docteur Maisfonneuve a employé avec succès la puissance élastique des bandes de caoutchouc, pour réJuire les hernies volumineuses plutôt engouées qu'étranglées. Ces résultats favorables rengagèrent à user de la môme méthode pour essayer do réduiro les hernies véritablement étranglées et contre lesquelles il ne restait plus d'autre ressource que l'opération.

« Cependant, ditTauteur (1], une objection grave s'élevait contre cette application : n'était-il pas à craindre que l'intestin , enflammé et ramolli par suite de Tétranglement, ne vint à se rompre sous la pression puissante de Tagent élastique? Un instant cette crainte faillit paralyser nos tentatives, mais bientôt, reQéchissant aux violences que Tintestin étrangle supporte impunément dans le taxis ordinaire, habituellement si mal exécuté, lùb rappelant surtout les anciennes expériences d'Âmussatsur le taxis forcé, je repoussai ces craintes chimériques ou du moins fort exagérées, et j'appliquai la nouvelle méthode aux hernies les plus franchement étranglées. »

Les hernies inguinales et les hernies ombilicales volumi* neuses, qu'il est toujours possible de pédiculiser, furent ordinairement réduites avec une grande rapidité, alors même qu elles avaient résisté à tous les autres moyens énergiques de réduction.

Mais il n'en fut plus de même pour les hernies crurales, qui, petites et profondément situées, sont très-difâciles à envelopper avec une bande élastique. Aussi, dans ces circonstances, M. Maisonneuve ajoute-t-ii à l'action des bandes de caoutchouc, celle d'un instrument réducteur spécial.

Sous l'inQuence de la compression produite par les doloires de caoutchouc, compression soutenue et régulière, les organes tuméfiés diminuent promptement de volume, et les liquides épanohés dans le tissu cellulaire se résorbent rapidement. Les gaz.

v^l) Métaoùe là à l'Àcadé/nie îles Scieftcesi $ août 1863.

36fc PROCÉDÉ DE M. MAISONNEUVE.

les matières intesliDales contenues dans Tintestin hernie, sont expulsés doucement, la hernie diminue de volume et finit par se réduire d*elie-même. Cependant dans certains cas la réduction n*est pas complète, mais il suffit de quelques légers efforts de taxis pour la compléter. Du reste, quand on a affaire à une entérocèle ou une entéro-épiplocèle, la réduction spontanée de la hernie s annonce par des gargouillements ou un léger bruit de clapotement.

L*application de la bande élastique est très-douloureuse, et exaspère les symptômes produits par Télranglement. Heureusement la durée de cette application est courte, et souvent la hernie commence à se réduire avant que la bande soit complètement épuisée. Cependant dans certains cas, on a dû attendre dix à quinze minutes pour obtenir un résultat.

Il nous reste à décrire les deux procédés de compression, Tun par la bande de caoutchouc seule, Tautre à Taide de cette bande et de Tinstrument réducteur. Nous laissons parler M. Maisonneuve :

« 4 " Compression simple par la bande de caoutchouc, — Le chirurgien, s* étant muni d'une bande de caoutchouc, longue de 4 ou 5 mètres, large do 7 centimètres, commence par former un pédicule à la tumeur en appliquant à son collet trois ou quatre tours de bande roulés en corde et fortement serrés, puis, rendant à la bande toute sa largeur, il embrasse dans ses doloires la superficie entière de la tumeur de manière à exercer sur elle une pression régulière et puissante.

n Le but que je me suis proposé en exerçant au collet de la tumeur une constriction énergique, est d'empêcher la tumeur qui est mobile sous la peau, de fuir la compression qu'exercent sur elle les doloires de la bande. Mais cette constriction a encore un autre avantage, c'est de préparer les organes contenus dans la tumeur à franchir lanneau herniaire en les forçant à passer préalablement par cette sorte d'anneau élastique où ils commencent à s'effiler et à s'amoindrir.

» 2° Compression par la bande de caoutchouc^ aidée de Vinstru^ ment réducteur, — L'instrument qui m'a semblé le plus commode pour appliquer la compression élastique aux hernies d'un faible volume est une sorte de compresseur composé de deux parties principales : 1® d'une plaque lombaire ; 2** d'une pelote à compression munie d'un mécanisme à vis.

» L^ plaque lombaire, convenablement matelassée, ressemble à celle des ceintures hypogastriques ; elle est solide, large, pour prendre un point d'appui sur les reins ; elle est munie à chaque

DES PESSAIRES. 365

exlrémité d'un crocbet sur lequel on peut enrouler une bande de caoatchonc.

» La pelote analogue à celle du tourniquet de J. L. Petit, est légèrement concave ; elle supporte une vis sans fin en forme de tige cylindrique, sur laquelle roule un curseur épais, sorte de barre métallique longue do ':{0 ccntimèlrcs, qui se termine à ses deux bouts par un crochet semblable à celui de la plaque lombaire. V

* Pour se servir de cet instrument, on passe d*abord sous les reins du malade la plaque lombaire. On applique la pelote sur la hernie , on attache une bande de caoutchouc à chacun des crochets de la plaque lombaire; on les dirige autour du crochet cor* respondant du curseur, et Ton répète la même manœuvre autant de fois qu'il paraît nécessaire pour obtenir une compression pui:isanté.

» Pendant ce temps, la pelote doit être maintenue exactement appliquée sur la tumeur herniaire. On veille avec soin à ce qu'elle ne puisse se déplacer, puis, si cela paratt nécessaire, on augmente graduellement la compression , en faisant mouvoir la vis qui écarte lentement le curseur de la plaque lombaire, et tend ainsi de plus en plus la bande élastique. »

M. Maisonueuve termine en faisant remarquer que ce puissant instrument de compression élastique pourrait aussi être employé pour les anévrysmes, les tumeurs érectiles, etc.

Page 1