APPAREIL DE MALGAIGNE
deux côtés latéraux par les liens qui agissent en attirant les deux fragments l'un vers l'autre.
Mayor lient beaucoup à cette disposition parallèle des deux cravates qui maintiennent les fragments ; elle les empêche de glisser et de se déplacer, comme cela arrive si fréquemment avec les appareils précédents. Mais tout en contenant bien la fracture, les cravates de Blayor n'empêchent nullement le renversement des fragments signalé par Malgaigne, aussi ne sont-elles plus employées aujourd'hui.
5° Appareil de Morel-Lavallée, — Cet appareil qui n'est qu'une modification de celui de Mayor, a pour objet de s'opposer au renversement des fragments mentionné ci-dessus.
Il se compose d'une gouttière garnie d'ouate et de liens élastiques formés d'un tissu semblable à celui dont on se sert pour fabriquer les bretelles. Les bandes élastiques présentent une extrémité libre et l'autre garnie d'une boucle.
Pour appliquer l'appareil il faut d'abord adapter les liens a la gouttière. A cet effet celle-ci présente, au niveau du genou et de chaque côté, deux ouvertures où l'on fait passer les bandes éiastiques de telle façon qu'elles prennent un point d'appui sur la face postérieure de la gouttière. Ceci fait, on place le membre dans l'appareil bien matelassé, on réduit les fragments à l'aide des deux mains et on les maintient réduits pendant qu'un aide place les liens qui doivent les immobiliser.
Ceux-ci, disposés parallèlement, sont assez larges pour agir sur toute la surface des fragments, et par cela même pour les empêcher de basculer. On les arrête ensuite à l'aide des boucles dont nous avons déjà parlé, en ayant soin que ces boucles ne portent pas sur la rotule fracturée.
Enfin, pour éviter le glissement et l'écartement des deux bandes élastiques, Morel-Lavallée les réunissait par un autre hen élastique perpendiculaire à leur direction.
G" Appareil de Malgaiqne. — Cet appareil agit à la façon des instruments destinés à faire la suture des os. îl se compose de deux plaques d'acier de 3 centim. de long sur 2 cenlim. de large, pouvant glisser l'une sur l'autre et se rapprocher à l'aide d'une VIS. Les plaques sont bifurquées à l'une de leurs extrémités, et se recourbent là en deux crochets très-aigus C, G (fig. 239) ; les crochets de la plaque inférieure, écartés d'un 'centimètre seulement sont destmés à s'implanter sur le sommet de la rotule, dont la pomte est logée dans leur intervalle. Les crochets de la
APl'AUlLILS DE FRACTUUES.
plaque supérieure qui doivent appuyer sur la base de la rolule peuvent être écartés du double ; le crochet interne doit être plus long que l'autre de 5 à 6 millimètres pour s'accommoder à l'obliquité de cette partie de l'os.
« Les deux plaques étant isolées, je commence, dit Malgaigne, par enfoncer les deux crochets de la plaque inférieure au-dessous
FiG. 239. — Griffe de Malgaigne.
du sommet de la rotule, avec la seule précaution de faire retirer un peu la peau en bas. Cela fait, je rapproche avec les do.gis les deux fragments le plus possible; je fais également retu-er en haut la peau qui recouvre le supérieur, afm qu'elle ne vienne pas s'engaeer dans leur intervalle en faisant des plis difformes, et, remettant les deux fragments ainsi rapprochés a un aiae, j'enfonce les crochets supérieurs dans le tendon rotulicn, jusqu a ce que leur pointe arrive sur Fos et y trouve un point d appm. Il faut agir ici avec une très-grande force pour enfoncer les crochets le plus profondément possible. Je me suis assure par de nombreuses expériences qu'il est impossible de traverser le tendon tout entier et qu'il est beaucoup pins à craindre de rester
. GRIFFE DE MALGAIGNE. Zi09
trop à sa surface. Les crochets inférieurs s"enfoncent tout à fait au-dessous du rebord de la rotule, qui est fort mince à son sommet, embrassant ce bord par leur concavité, et sont toujours solidement arrêtés; mais les supérieurs n'ont d'autre point d'arrêt que la surface déclive de la base de la rotule, sur laquelle il faut les tenir fortement appuyés, jusqu'à ce que la vis ait remplacé les doigts, si l'on ne veut pas qu'ils se dérangent. . » Les quatre crochets placés, on s'occupe de rapprocher les deux plaques en les faisant glisser l'une sur l'autre dans la rainure D, et de forcer le rapprochement à l'aide de la vis. Dans le principe je les tenais à l'aide d'une vis de pression ; mais j'y reconnus deux inconvénients : le premier de laisser la vis à la disposition du malade ; le second d'exiger un assez grand effort pour reserrer et desserrer la vis, effort qui imprimait à l'appareil tout entier un mouvement de torsion très-douloureux pour le malade. M. Charrière a muni chacune des deux plaques d'un piton vertical percé d'un écrou ,• dans cet écrou joue un*; vis A, horizontale et parallèle aux plaques elle-mêmes, laquelle vis est serrée ou desserrée à l'aide d'une clef pareille aux clefs de montre B (1). »
Malgaigne a eu plusieurs fois l'occasion d'appliquer son appareil avec succès, et il a constaté que la piqûre causée par les griffes ne déterminait pas les accidents que l'on aurait pu redou, ter » Je m'attendais, dit-il, à voir survenir de l'inflammation de fa suppuration, peut-être même un petit point de nécrose' le ne comptais laisser l'appareil que dix jours. Je fus heureusement surpris de ne rien voir de semblable; il n'y a pas même de rougeur autour des griffes, tant qu'effes ne glissent point, et lorsquon les relire, la cicatrisation s'opère en deux ou trois "^ours » 11 a constaté en outre que le crochet supérieur était difficile a appliquer, et qu'au bout de dix-sept à vingt-deux jours ce crochet était susceptible de glisser, car il ne s'implante pas Jans le tissu de 1 os, mais bien dans le tissu fibreux sus-rolulien • r au bout d un certain temps, ces fibres s'enflamment, se ramoù issent et ne peuvent plus mainlenir le crochet.
0 est évidemment là un grave inconvénient qui oblige à reslerrer la vis de l'appareil, et quelquefois même à enlever es .-.(fes ; on a donc cherché à l'éviter en fabriquant des cTocheî t pente effilée, pénétrant plus profondément, mais ceux-c pe
(i) Malgaigne, Traité des fraclures el dos luxalîons, t. I, p. 772.
APPAREILS DE l'RACTUHES.
vent se briser el rester implantés dans les tissus, fait observé par M. Gaujot (1).
On a donc cherché d'autres moyens pour maintenir solidement les fragments rotuliens, en se servant toujours de pointes ou de liges métalliques introduites jusque dans les os. Tels sont les appareils de Rigaud, de Bonnet, de Valette et de A. Cooper.
7° Appareils de Rigaud [de Strasbourg), de Bonnet, etc. — M. Rigaud remplace les gritîes de Malgaigne par deux vis, qu'il implante dans chacun des fragments rotuliens et qu'il rapproche l'une de l'autre, à l'aide de liens ou d'un arc métallique (2).
Cet appareil fort peu employé a été modifié par Bonnet, de Lyon et par M. Bérenger-Féraud, surtout quant à la manière de rapprocher et de maintenir les vis (3). Ce dernier place, entre les vis implantées dans les fragments, un petit coin de bois ou de liège, et fixe le tout à l'aide de gulla-percha, de plâtre, de cire, ou de dextrine, etc.
8° Appareil de M. Valette {de Lyon). — R se compose d'une gouttière matelassée dans laquelle on maintient le membre à l'aide de quatre courroies. Au niveau du genou, et de chaque côté, cette gouttière présente deux lames ou liges de ier qu'on peut élever ou abaisser à volonté au moyen d'un écrouà pontet. Les deux lames supérieures et les deux lames inférieures sont réunies par une tige métallique transversale qui se fixe dans des échancrures que présentent les lamelles latérales, et qui est percée dans son milieu d'une ouverture dans laquelle est fixée une tige creuse qui supporte une sorte de fourchette. C'est là la partie essentielle de l'appareil ; ces deux fourchettes, courtes et résistantes, présentent un manche d'une longueur de 1 2 centimètres, offrant un pas de vis sur lequel peut courir un écrou à pontet. Une clef sert à mouvoir le pas de vis du manche des fourchettes. Lorsque le gonflement du genou a disparu, on applique d'abord la fourchette inférieure, puis la fourchette supérieure, en lui donnant l'inclinaison voulue pour bien maintenir la réduction; puis on les rapproche Tune de l'autre, sans déranger l'appareil et en donnant quelques tours de vis à l'ccrou à pontet (4).
Cet appareil, de beaucoup préférable aux autres, permettrai»,
(1) Loc. cit., p. 251,
(2) Comptes rendusde la Soc. de méd. de Strasbourg, décembre 18^9.
(3) Le Coin, thèse de Paris, 1869, p. 67 et 68.
(4) Bull, de thérapeutique, n° 449, 1864.