‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 108 sur 256 · ARTICLE IX APPAREILS A POINTE MÉTALLIQUE · texte numérisé non relu

ARTICLE IX APPAREILS A POINTE MÉTALLIQUE

Appareil Je Maignigne. — Voici de quelle façon Malgaigne rapporte comment il est arrivé à imaginer l'appareil à pointe métallique pour combattre le déplacement du fragment supérieur dans les fractures obliques du tibia :

« Un aliéné s'était cassé la jambe dans une chute; le fragment supérieur, taillé en pointe très-aiguë, menaçait de percer la peau : j'essayai de divers appareils et de toutes les positions. Je noterai ici, que l'élévation forcée de la jambe réussissait un peu moins que les autres. J'enfermai le membre dans un moule de plâtre ; le fragment supérieur était soulevé avec une telle force, qu'il écrasait en quelque sorle les téguments contre les rebords du plâtre et que je dus y renoncer. Il fallait évidemment exercer une pression énergique et incessante sur le fragment supérieur, et cependant ne pas comprimer les téguments : c'est pour ce cas que j'imaginai mon appareil à vis.

» L'appareil se compose d'une sorte d'arc de forle tôle, qui embrasse les trois quarts antérieurs de la jambe à une distance d'un travers de doigt; aux deux bouts de cet arc sont deux mortaises horizontales, laissant passer un fort ruban de soie ou de coutil armé d'une boucle à son extrémité, et enfin, au centre de .l'arc, à travers un écrou solide, descend une vis de pression à pointe très-aiguë (fig. 248).

» Pour l'appliquer, je place le membre sur un double plan incliné, suffisamment garni d'ouate et de linge, en prenant soin que l'angle de l'appareil réponde juste au pli du jarret et même un peu au-dessus, de manière à ne jamais réagir contre le fragment supérieur. Une autre précaution non moins essentielle est de disposer sous le tendon d'Achille une assez grande épaisseur de garniture pour que le talon ne porte pas. L'extension cl la contre-extension opérées par des aides en nombre suffisant, on dispose l'appareil de cette manière : l'extrémité libre du ruban retirée de sa mortaise est passée sur le plan incliné, jusie au niveau du point où l'on veut exercer la pression, et ramenée ensuite à travers sa morlaise; l'autre extrémité est appliquée par dessus la jambe et l'on passe le ruban dans la boucle, tout prêt à serrer. Alors le chirurgien opère la coaptalion aussi exactement que possible, la maintient en comprimant le fragment

APPAREILS DK FlUCTURES.

supérieur avec l'index et le médius de la main gauche, ajuste lare et la vis de manière que celle-ci tombe d'aplomb sur le fragment dans le sens le plus favorable, et cependant soutient la pomte entre les deux doigts pour éviter qu'elle n'éraille inutilement la peau. Il serre alors la boucle le plus possible, et, tournant la vis il en fait pénétrer rapidement la pointe sans hésilation a travers la peau sur la face interne de l'os et accroît la pression

Fi(j. 248, — Pointes de Maljalgne pour la fracluro do jamlio,

jusqu'au degré qu'il juge nécessaire. Il convient que l'implantation de l'instrument ait lieu à 5 ou 6 centimètres au moins du siège de la fracture (1). »

Cet appareil a été appliqué un grand nombre de fois, et l'expérience a démontré :

4° Que l'implantation de la pointe métallique dans les (issus cause une douleur vive, mais qui disparaît assez rapidement ;

(1) Malgaigne, Traité des fractures el des luxations, t. I, \\ 795, Paris, 1847.

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