LITS MÉCANIQUES
OU le diamètre des cylindres, on peut varier la position du malade, de même qu'en substituant aux alèzes dont il a été ques- 1 tion, un fond formé de sangles et d'un treillis fortement tendus sur un cadre approprié, on obtient un plan horizontal à peu près inflexible, et dès lors convenable dans les cas de fractures.
L'appareil, tel qu'il vient d'être décrit, s'applique fort aisément aux lits ordinaires, mais il cesse d'en être ainsi lorsqu'il s'agit des lits usités dans les hôpitaux : les colonnes de fer qui en supportent le ciel s'opposant à l'emploi du cadre. Pour faire disparaître, du moins en partie, cet inconvénient, l'auteur a eu l'idée d'adapter aux colonnes qui répondent à la tête et aux pieds du lit des traverses horizontales fixées au moyen de colliers serrés
FiG. 258. — Nosophore Rabiot (modèle Gellé).
par des vis à pression. Ces traverses servent de point d'appu aux barres longitudinales armées de treuil. .
B. Lit de M. Pouillien. — Ce lit, que l'on peut appeler arliculé, se compose de deux parties : le plan sur lequel repose le malade, et le s^ipport. Le plan est un parallélogran)me rectangulaire que l'on peut comparer à celui qui, dans un lit ordinaire supporte le sommier et le matelas ; il est fait de trois parties égales, indépendantes ou articulées transversalement, et que l'on meut à 1 aide de cordes assujetties au support.
Celui-ci est formé rie deux monlanls réunis" en haut par une traverse a laquelle sont fixées trois poulies, dans la çoro-e desquel es passent des cordes qui permettent de donner au plan I inclinaison que l'on veut, l e plan pouvant être mû en totalité ou en partie, on conçoit facilement tout l'avantage que présente
AI'PAI'.Kll,S liE l-'HACTUltES.
ce nouvel appareil, puisqu'on a la facilité de soulever le lit en entier, de panser le malade dans telle partie du corps que ce soit, et de pourvoir à ses besoins sans le déplacer.
G. LU de Thomas. — Ce n'est guère qu'une modification de celui de Rabiot. Le support mobile se compose de quatre montants de bois portés sur des pieds à roulettes, et unis deux à deux par une traverse supérieure pour constituer deux dossiers plus élevés que ceux de la couchette à laquelle il est annexé ; ces derniers sont reliés entre eux par deux cylindres de cuivre qui remplacent les barres latérales du lit Rabiot et sont destinés à enrouler les sangles passées sous le malade.
Cet appareil est facile à déplacer, et peut servir à plusieurs malades d'une même salle d'hôpital sans qu'il soit nécessaire de le démonter, ce qui est un grand avantage; aussi a-t-il été adopté dans les hôpitaux militaires (1).
Al^ICLE Xlll
HÉDUCTION DES FUACTUUES ET SOINS CONSÉCUTIFS
« La réduction des fractures, dit Malgaigne (2), est une opération qui a pour but de corriger le déplacement des fragments et de rendre à l'os fracturé sa direction, sa forme et sa longueur naturelles. »
On voit par celte définition que toutes les fractures ne nécessitent pas cette manœuvre, et que même certaines d'entre elles, situées trop profondément et sur les fragments desquelles il est impossible d'agir, doivent être laissées en repos. Telles sont certaines fractures du col du fémur ou du col anatomique de l'humérus.
L'indication de la réduction des fractures n existe pas toujours, quand même il y a un déplacement marqué des fragments ; c'est lorsqu'il existe une violente innammalion des parties ou des contractions musculaires spasmodiques (Boyer, Larrcy et Malgaigne). Il faut donc par un traitement antiphlogistique et anti- ' spasmodique combattre l'état local et général, puis procéder la réduction dès la cessation de ces phénomènes graves. j
Les iiiaïKCuvres que nécessite la réduction des fractures soiiU
(1) 11. Larrey, Rapportau comeildo sa»lé desannées, 0 février 1864.
(2) Loc. cil'., p, IHô.
RÉDUCTION DES FRACTURES, /j39
très-diverses, comme le remarque Malgaigne; cependant, on est généralement d'accord pour les rattacher à trois temps, qui sont : l'extension, la contre-extension et la coaplation.
A. Extension. — On donne ce nom à la traction que l'on fait sur le fragment inférieur, pour rendre au membre sa longueur primitive et au fragment sa direction normale.
Les anciens employaient, pour réduire les fractures, des machines plus ou moins compliquées, des lacs que l'on faisait tirer par un plus ou moins grand nombre d'aides ; mais ces moyens sont généralement abandonnés aujourd'hui, ou, pour mieux dire, on n'en fait usage que lorsqu'il y a nécessité, suivant le précepte d'Hippocraie.
Un aide vigoureux saisit le membre à pleines mains, de manière à ne pas blesser le malade, et tire le fragment dans la direction normale du membre. Mais il est parfois insuffisant et il faut appliquer un lacs extenseur afin de favoriser l'action de plusieurs aides.
Pour rendre l'extension aussi puissante que possible, on relâchera les muscles ; on engagera le malade à ne faire aucune résistance, ce qui, dans une foule de circonstances, rendrait les eflorts de l'extension insuffisants.
Suivant certains auteurs, on doit éviter de faire l'extension sur la partie du membre à laquelle appartient l'os brisé, mais bien l'exercer sur celle qui s'articule immédiatement avec lui (babre et Dupouy) : ainsi, pour les fractures de la cuisse, l'extension se fera sur la jambe ; pour les fractures de la jambe on agira sur le pied, etc. Ces chirurgiens craignent que les pressions que 1 on est obligé d'exercer sur les muscles qui s'attachent au fragment pour allonger le membre, ne déterminent la contraction des muscles, et ne neutralisent par conséquent la force extensive. lar contre, d'autres praticiens redoutent que l'extension pratiquée au delà de la jointure ne produise une distension îà^ cheuse des Uens articulaires. ' "
Il est évident que ces craintes sont exagérées de part et d'autre : on fera donc, suivant la remarque de Malgaigne, l'extension
IPnhVST "^1" f f.^"'*^."-^ r°'"t d'appui le plus commode et le plus sohde ; toutefois, si cette extension nécessitait une erande
eZ'cJl ZT ^' ^''''^ c'est à-dire,
exei cei la traction sur un point Irès-rapproché du siéo-e de la fracture. Quoi qu'il en soit, l'extension iera pratiquée graduelle-
17 ''r''' conli^ctiol s^Si i^ des mustlos, ,,„, poun-aionl même être déchirés dans des efforts
APPAREILS 1)K FHAC'J'l]P.ES.
trop violents. Enfin, le chirurgien doit, autant que possiijle, détourner l'attention du malade, en lui faisant toutes sortes de questions, et au besoin il pourra le plonger dans le sommeil anestliésique.
L'cxlension sera exercée dans deux sens : d'aliord dans celui du dc[>la(:cmont, afin de déiTOger le fragment inférieur; puis dans celui (le la direction du meudjre.
Malgré tous ces soins, lorsque l'on a affaire à des malades vigoureux, quand la fracture siège dans une région où il existe beaucoup de muscles puissants, à la cuisse par exemple, il arrive, quoique rarement, que la réduction ne peut se faire ; dans ce cas, on conseillait autrefois de pratiquer une large saignée, de manière à déterminer une syncope; mais aujourd'hui on préfère, avec raison, recourir au chloroforme.
Il ne suffit pas d'avoir donné au membre fracturé toute sa longueur, pour que les deux fragments soient parfaitement en rapport ; cette manœuvre serait certainement suffisante, s'il n'existait de déplacement que suivant la longueur de l'os ; mais, pour remédier aux déplacements suivant la circonférence, il est souvent nécessaire de faire exécuter au fragment inférieur un léger mouvement de rotation. Enfin, il est utile d'élever ou d'abaisser l'extrémité inférieure du fragment inférieur, son extrémité supérieure élant entraînée en bas ou en haut.
B. Contre-exlemion. — Elle consiste dans l'effort exercé eu sens contraire de l'extension, afin d'empêcher le corps ou le membre de céder à l'effort extensif. La contre-extension est extrêmement simple ; il suffit que l'aide soit assez fort pour ne pas se laisser entraîner par celui qui fait l'extension ; souvent même il est plus simple de se servir d'un lien contre-extenseur attaché à urî "point fixe. Celte contre-extension sera faite conformément aux principes que nous avons exposés en décrivant l'extension.
C. Coaptalion. — Le chirurgien se charge toujours de la coaptation. C'est lui qui surveille el diiige les olforls d'extension, juge si l'extension est sulfisante, facilite par des pressions lalé- "raies, exercées en sens inverse et sur les fragments, leur replacement complet. Mais ou ne doit pas oublier que ce n'est qu'au moyen d une extension bien faite que l'on peut espérer de réduire convenal)lement une fracture, et que, s'il ne pouvait compter sur l'aide chargé de l'extension, le chirurgien devrait l'exéculer lui-môme.
L'obliquité excessive de la (racture, des esquilles, des parties
APPABEILS POUK LES AFKECTIONS AHTICULAIRES. 441
molles interposées entre les fragments, peuvent rendre la coaptation impossible. C'est là un fait grave , qui nécessite l'emploi des appareils à extpnsion continue, et qui, dans quelques cas^ donne lieu à une non-consolidalion de la fracture.
Lorsque la fracture est réduite, il faut maintenir les fragments en place ; ce temps du traitement constitue la contention. "
Le repos, la siluation et les appareils contenlifs sont les movens à l'aide desquels on maintient les fractures réduites.
Le repos ne doit pas être prescrit d'une manière absolue ; il sulfit que les fragments soient solidement maintenus en rapport et qu'il n'existe aucun mouvement dans le membre fracturé. Amsi, pour les fractures du membre supérieur, les malades peuvent se lever, marcher, comme ils le faisaient avant l'accident mais, pour les membres inférieurs, le repos au lit est de rigueur', a moins qu'on n'ait maintenu la fracture avec un appareil inamovible bien appliqué. Comme le repos pourrait, chez les vieillards causer des accidenls graves, et même la mort, il faut toujours eur appliquer des appareils assez solides pour qu'ils puissent se lever, ou pour le moins changer de position, sans qu'il en résulte dinconvoment pour la fracture. Ayant décrit avec détails les nombreux appareils inamovibles appliqués dans le but d'éviter une immobdité absolue pour les malades, nous n'avons plus à v revenir ici. i ^ " j
La silualion est aussi très-importante pour maintenir une Iracture réduite ; la demi flexion est celle que l'on doit donner au membre fracturé. Mais, s'il est facile de l'appliquer aux membres supérieurs, il est plus difficile de l'employé; four les membres .nferieurs. Cependant, c'est dans ce but qu'on a ima'iné e qu on app|,q„e journellement les appareils à double planlncllné que nous avons décrits.
CHAPITHE VIII