‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 135 sur 256 · PANSEMENT PROVISOIRE · texte numérisé non relu

PANSEMENT PROVISOIRE

Il n'est pas toujours possible de donner au membre la position qui pourrait le mieux lui convenir. Ce que nous disons ici se rapporte principalement aux membres abdominaux, qui sont les parlies auxquelles on a le plus souvent occasion de donner une posiiion élevée ; c'est ainsi que les malades ressentent dans la partie élevée, une sensation très-pénible de picotement, d'engourdissement, analogue à celle que produit la ligature ou la compression d'un gros vaisseau. Aussi n'est-ce que graduellement et avec beaucoup de ménagements que l'on peut arriver à placer le membre dans une position convenable.

L'élévation peut encore amener des effets généraux sur lesquels nous croyons devoir nous arrêter. En entravant le cours c:u sang dans une partie considérable du corps, un membre abdominal par exemple, l'élévation produit une sorte de pléthore arlificielle. « Cette pléthore, dans certaines conditions, peut donner naissance à des accidents qu'il est bon de prévoir et de rapporter à leur véritable origine : c'est ainsique, chez des sujets, d'ailleurs prédisposés, on a pu observer des congestions céphaliques et pulmonaires, des bémoptysies, des épistaxis, etc.,- accidents qui disparaissent promplement dès que l'on rend au membre la position normale (1). » Nous croyons cependant que la fréquence de ces accidents a été bien exagérée.

Si la position élevée produit des accidents lorsqu'on veut la mettre en pratique, ce n'est pas non plus sans inconvénients qu'on la cesse tout à coup. Tous les chirurgiens ont été frappés de l'infdtration des membres inférieurs, lorsque les malades, guéris d'une fracture de cuisse ou de jambe, marchaient pour la première fois : aussi conseillons-nous de modifier graduellement la position du membre, de le faire passer d'abord de la position élevée à la position horizontale, et de ne le mettre qu'avec beaucoup de précautions dans la position déclive. Nous recommandons d'appliquer autour du membre un bandage spiral médiocrement serré à l'effet de prévenir l'infiltration, et de ne permettre au malade de se servir de son membre, qun lorsque celui-ci aura pour ainsi dire, repris ses habitudes physiologiques.

S s. — Pansciucni |>rovi<>oirc.

A la suite des amputations, des plaies d'une grande étendue, on procède à la ligature des artères : mais dans la plupart des

(1) Nélalon, loc. cit.

DKS PANSEMENTS EN GÉNÉRAL

cas la constriclioa ne peut êlre portée que sur les plus gros vaisseaux, parce que l'écoulement du sang s'arrête spontanément dans les petites artères qui se rétractent par le seul fait du contact de l'air froid. Au bout de quelque temps, la circulation se ranime et il peut survenir des liémorrhagies, sinon toujours inquiétantes, souvent assez considérables pour nécessiter la levée de l'appareil. On est alors obligé de détruire tout ci qui a été fait, d'enlever les caillots, et de rechercher des petits vaisseaux qu'on a beaucoup de peine à trouver. Des chirurgiens ont donc cherché à éviter tous ces inconvénients au moyen d'un pansement provisoire.

t<F Dans ce but, on s'est borné à recouvrir la plaie d'un linge cératé et d'un peu de charpie pour absorber le sang s'il venait à s'en écouler, et à maintenir le tout fixé, soit avec une petite bande, soit avec une compresse longuette médiocrement serrée. Au bout de quelques heures, on enlève cet appareil et l'on nettoie la plaie beaucoup plus commodément et beaucoup mieux qu'immédiatement après l'opération ; puis on applique alors le premier appareil suivant l'indication. C'est surtout lorsqu'on veut obtenir la réunion immédiate des plaies qu'on a conseillé le pansement provisoire.

Ce n'est pas seulement dans le but de retirer de la plaie un véritable corps étranger pouvant empêcher la réunion immédiate que nouscoBseillonsd'enlever lescaillots. Ala suite d'une plaie, pendant une opération, le sang s'échappe non-seulement par les gros vaisseaux, mais encore par des arlérioles trop petites pour qu'elles aient besoin d'être liées; souvent le doigt de l'aide appliqué sur leur orifice suffit pour arrêter l'écoulement du sang, souvent même le caillot qui résulte de l'écoulement du sang est suffisant pour arrêter l'hémorrhagie. « Tant que le patient est sous l'influence de l'opération, surtout s'il y a une syncope, le moindre caillot suffit pour empêcher le sang de s'écouler; il est donc trèsimportant de l'enlever, si l'on a l'intention de réunir immédiatement : autrement, dès que le spasme sera dissipé, le sang, circulant avec plus de force, chasserait le caillot et donnerait lien à une hémorrhagie. J-es lotions doivent donc être faites à grande eau, avec une eau tiède à un degré variable, selon la température atmosphérique ; si l'eau était froide, elle crisperait l'extrémité des petits vaisseaux et empêcherait le sang de couler; si elle était chaude, elle aurait le même effet... Par l'LinpIoi des précautions que j'indique, on parvient à prévenir deux accidents, l'hémorrhagie consécutive aux grandes opérations qui ohlige de lever l'appareil pour faire un nouveau pansement, et l'exposition

Al'PLlCATlON DU PREMIER APPAREIL,

de la plaie au contact de l'air pendant un temps plus ou moins long pour s'assurer si le sang ne coule pas (1). »

En faisant usage du procédé de PIi. Boyer, il est évident qu'on peut se passer d'un pansement provisoire, qui a toujours, il faut bien le dire, de graves inconvénients, surtout dans la pratique hospitalière.

D'ailleurs, empressons-nous d'ajouter que l'utilité de ce pansement, incontestable à l'époque où les plaies étaient enfermées dans des .appareils compliqués, est bien moindre aujourd'hui qu'on s'efforce de simplifier autant que possible le pansement détinitif. Lorsque, par exemple, un moignon repose sur du taffetas ciré et est simplement recouvert d'un ou de plusieurs plumasseaux imbibés d'eau alcoolisée, ou bien de morceaux de flanelle ou de Uni (procédé anglais) trempés dans le même liquide, de quelle nécessité serait un pansement provisoire? Dans d'autres cas, le pansement doit recouvrir la plaie aussi complètement que possible, et doit être laissé en place pendant fort longtemps : ici encore pas de pansement appliqué provisoirement.

§ 4 — Application «lu premier appareil.

Les solutions de continuité peuvent être réunies par première ou par seconde intention : dans le premier cas, on cherche à obtenir la cicatrisation immédiate sans suppuration ; dans le second, la sécrétion du pus doit intervenir dans la cicatrisation. •

A la suite des ampulations, les chirurgiens réunissent, les uns immédiatement, les autres par seconde intention ; nous ne voulons pas discuter la valeur de ces deux méthodes, nous constatons un fait, et nous allons exposer le mode de pansement qui convient selon (|ue l'on met l'une ou l'autre en pratique.

Avant d'aller plus loin, nous devons dire ([u'il est une certaine catégorie d'opérations chirurgiqales, à la suite desquelles on doit empêcher la réunion des lèvres des plaies; nous voulons parler des abcès, des lislules à l'anus, etc. Dans ces circonstances il est nécessaire d'introduire, pendant les deux ou Irois premiers jours au moins, une petite bandelette eflilée ou une mèche de charpie, à l'effet d'empêcher le contact immédiat des bords de la solution de continuité, et par conséquent la cicatrisation.

Quelle que soit la méthode que l'on ait choisie pour le pansement

(t) Ph. P.oyer, Du pansement des plaies, Ihose de concours, 18/j2,

5/iO

bES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL.

d'une solution de continuité, • les artères ayant été liées avec un fil de soie ou de lin ciré; toutes ces ligatures seront réunies en un faisceau que l'on place vers l'angle le plus déclive de la plaie. Si ce faisceau est trop volumineux, on le divise en deux ou trois plus petits, et on les dispose le plus convenablement possible eu fixant les iils sur la peau, au voisinage des artères liées. On ne doit conserver qu'un des chefs du fil qui a servi à faire la ligature ; non qu'il y ait .de l'inconvénient à les laisser tous deux, mais les faisceaux seraient plus volumineux, ce qui est inutile et fort souvent incommode. On aura soin, lorsqu'il existera une ou plusieurs ligatures sur un ou plusieurs gros vaisseaux, et si en même temps il en existe d'autres sur des vaisseaux plus petits, d'indiquer par une marque la ligature faite sur les gros vaisseaux, soit en faisant des nœuds, soit en laissant un peu plus longs certains fds à ligature. Souvent les ligatures des petites artériolessont coupées au ras du nœud et l'on ne conserve que les fds des ligatures d'artères plus considérables.

Tous les fils à ligatures seront maintenus dans une petite compresse, dite compresse à ligature, et fixés à la peau au moyen d'une bandelette de diachylon. Si ces précautions sont presque toutes indispensables lorsqu'on veut obtenir la réunion immédiate, il en est quelques-unes qui ne sont pas nécessaires lorsqu'on veut laisser suppurer la plaie. Ainsi, dans ce dernier cas, il suffit de fixer à la peau les ligatures des plus gros vaisseaux : celles des plus petits seront coupées à 3 ou 4 millimètres de la plaie, et, lorsque les fils se détachent, ils sont facilement rejetés au dehors par la suppuration.

Dans certains cas, surtout à la suite des amputations, on peut craindre que la rétraction des tissus, la contraction des muscles, ne viennent diminuer la longueur des lambeaux; ce phénomène pourrait raccourcir le lambeau et ne lui permettrait plus do recouvrir entièrement la plaie. D'un autre côté, les tiraillements ipii en seraient le résultat inévitable pourraient s'opposer à la réunion immédiate et même détruire un commencement de réunion. Il faut donc appliquer autour du moignon une bande médiocrement serrée qui puisse s'opposer à ces accidents.

a. Réunion immédiate. — Lorsqu'on veut obtenir la^ réunion par première intention, après avoir pris toutes les précautions que nous avons indiquées plus haut, c'est-à-dire après avoir débarrassé la plaie dos corps étrangers, des caillots, dont la présence entraverait nécessairement la cicatrisation, après avoir l]^é les ligatures, les bords de la plaie seront exactement aliroa-

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