‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 139 sur 256 · PANSEMENTS RARES · texte numérisé non relu

PANSEMENTS RARES

l'entière consolidation. Ce pansement peut être avantageux dans certaines circonstances ; mais il est vicieux, surtout s'il a été appliqué sur les parties qui ont augmenté de volume, et qui, revenant sur elles-mêmes, laissent entre les parois de l'appareil et les téguments un vide qui permet aux fragments de jouer l'un sur l'autre. De là d'ailleurs l'utilité des appareils amovo-inamovibles, et surtout des appareils ouatés qui maintiennent sur les parties une compression élastique et égale.

La surveillance d'une plaie, d'une fracture, etc. , est indispensable dans une foule de cas ; l'érysipèle, les fusées purulentes, la gangrène des téguments, sont des accidents assez graves pour que le chirurgien ait besoin de suivre la marche de la maladie.

Quant aux hémorrhagies qui peuvent survenir consécutivement, il est impossible qu'on n'ait pas songé à défaire le pansement pour en trouver la source et lier le vaisseau.

Enfin, quand il est nécessaire d'appliquer sur la plaie un topique médicamenteux, le pansement doit être renouvelé afin de renouveler le médicament.

On peut voir, par ce rapide exposé, que les pansements rares ne remplissent souvent qu'imparfaitement les indications des pansements renouvelés toutes les vingt-quatre heures ; cependant, si des chirurgiens dont l'autorité est d'un grand poids en ont préconisé l'usage, si dans certaines conditions leur emploi a été suivi de grands succès, c'est qu'ils présentent des avantages incontestables.

Parmi ces avantages, le premier, et certes le plus important de tous, c'est qu'ils mettent la plaie .à l'abri du contact de l'air; de plus ils permettent de laisser les parties dans une immobilité très-favorable à la guérison d'un grand nombre d'affections chirurgicales.

Nous n'insisterons pas ici sur l'action de l'air sur les plaies, d'ailleurs nous en avons déjà parlé au commencement de cet article ; nous ne ferons que rappeler l'action de ce fluide sur le pus : on sait qu'à une douce température il le décompose, le rend infect, et certes les pansements rares ne sont pas favorables dans ce cas, car ils laissent en contact avec les pièces d'appareil du pus qui est altéré par le contact de l'air. A la vérité on peut, jusqu'à un certain point, invoquer la non-accessibilité de l'air à cause des bandelettes de diachylon qui recouvrent comme d'une cun-asse la solution de continuité. Dans ces circonstances l'avantage du pansement rare sera incontestable.

Quant au repos, à l'immobilité, personne ne songe à con-

DES PANSEMENTS EN GÉNÉKAL

tester cet avantage du pansement rare; mais n'est-il pas possible défaire un pansement simple sans faire éprouver aux parlies un ébranlement préjudiciable? Dans la plupart des cas on peut d'arriver à ce résultat à l'aide d'appareils convenablement disposés.

Enfin, nous le répétons, dans le pansement rare, la surveillance n'est plus possible, ou du moins est trop imparfaite pour que nous ne préférions renouveler le pansement dans le plus grand nombre des cas.

« Si le pansement est rare, le repos et la chaleur seront favorables au travail d'adhésion ; s'il est fréquent, les mouvements qu'on imprime pour ôter et remettre les pièces d'appareil pourront troubler ce travail. D'un autre côté, le pansement rare ne permet pas de combatire l'inflammation, si elle est trop intense ; de relâcher les moyens protecteurs et unissants, si le gonflement est devenu considérable.

» En présence de deux indications contradictoires, repos et surveillance, que faut-il faire? Rien d'absolu. Si la plaie est petite ou peu profonde, et que par suite l'adhésion soit probable, si le malade ne souffre pas, il vaut mieux ne rien toucher; si, au contraire, la plaie est étendue, profonde, composée d'éléments multiples, si cette adhésion immédiate que l'on cherche a peu de chances de s'opérer, et que l'inflammation suppurative soit plus probable, toutes conditions qui se présentent, surtout à la suite des grandes opérations, il vaut mieux renouveler le pansement extérieur le lendemain et le surlendemain (1). »

En résumé, nous croyons que le pansement rare peut être utile dans les plaies peu graves dont on ne cherche pas la réunion immédiate, dans celles qui suppurent peu abondamment, quand, d'après la nature du mal, dans les ulcères par exemple, on ne croit pas avoir besoin d'une surveillance active, et surtout quand on ne craint pas de complications. Mais nous ne saurions l'adopter dans la réunion immédiate, à cause de la constriclion que l'on fait subir aux parties, dans les plaies qui suppurent abondamment, dans celles qui exhalent une mauvaise odeur, et lorsqu'on a lieu de craindre des accidents.

Cependant si nous nous montrons peu partisan des pansements rares, nous proscrivons aussi les pansements trop fréquents ; ceux-ci, en efl"et, irritent les plaies, en déchirant la surface et les bords, s'opposent à la formation des cicatrices, ne permet-

(1) Gosselin, Des pansements rares, thèse de concours pour une cjiaire de clinique ciiirurf;icale. Paris, 1851, p. 29.

Page 1