PANSEMENTS PAR OCCLUSION
» 1° Ëlranglemenl inflammatoire. — Cet accident n'est pas à redouter en raison des précautions apportées dans l'exécution de la cuirasse, les bandelettes n'étant jamais posées circulairementet pouvant êire d'ailleurs facilement incisées, si l'on remarquait que telle ou telle parlie de la surface recouverte par la cuirasse soit trop comprimée. D'une autre part, le traitement préventif et curalif de l'inflammation, lequel consiste en applications de sangsues suffisamment répétées à la racine des membres, sur les aboutissants lymphatiques et veineux de la partie blessée, a suffi dans tous les cas pour prévenir ou pour enrayer les accidents inflammatoires. Enfin l'élévation du membre blessé est un moyen adjuvant fort utile et qu'on ne néglige jamais d'emplover.
» 2° Fmèes pitrulenles et abcès. — On a dit qu'avec le pansement par occlusion on ne pouvait ni prévenir, ni combattre ce genre d'accident. C'est une erreur : car le pus a une issue facile sur les bords et à travers les imbrications de la cuirasse. De plus, on est en mesure de remédier assez vite à ces complicalions en raison des explorations faites à travers la cuirasse, dès qu'il y a le moindre indice à cet égard. Enfin l'amoindrissement de l'inflammation et de la suppuration rend les fusées et les abcès plus rares et moins redoutables.
» 3° Fétidité du pus. — On a dit que le pus accumulé sous la cuirasse devait se putréfier. C'est encore une erreur. Le pus n'étant pas soumis à l'action du contact de l'air ne s'altère pas ; de plus, il est très-peu abondant, ainsi que nous l'avons déjà dit. Celui qui s'échappe de la cuirasse est absorbé par le pansement externe, qu'on renouvelle selon la nécessité. Enfin, on fait arroser souvent l'appareil d'alcool fortement camphré, pour que le malade ne soit pas incommodé par l'odeur lorsque celle-ci vient à être gênante,
» i° Éryaipèles. — Nous n'en avons jamais observé un seul cas qu'on pût rapporter légitimement à l'application des cuirasses. Le seul phénomène qui nous ait frappé, c'est, dans un certain nombre de cas, l'existence d'un petit érythème au pourtour de l'appareil, là où le pus s'est trouvé en rapport avec le pansement externe. Il n'est plus douteux pour nous, aujourd'hui, que ce ne soit pas par suite de la décomposition putride du pus qui arrive au contact de l'air que survienne ce très-léger accident (1). »
(1) Chassaignac, Traité de la suppiiraliQn çt du drainage chirurgical, t. I, p. 51^1 l>aris, 185?,
DES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL
§ 9. — VcntilnUon iIcn |>Inicf« et Ucei ulcères.
« L'idée de ventiler directement les plaies, dit M. le professeur Bouisson (1), nous est venue en observant laguérison spontanée et à l'air libre des solutions de continuité superficielles faites à des animaux (2). La prompte dessiccation des surfaces dénudées, la formation d'une croûte et la cicatrisation sous cet opercule prolecteur, nous ont amené à penser que, en favorisant par \a ventilalion directe l'évaporation des liquides exlialés, on accélérerait l'organisation régulière du plasma, et qu'il en résulterait une cicalrisalion sous-crus lacée plus avantageuse, à. divers titres, que celle que l'on obtient par les pansements ordinaires. »
Le but de la ventilation des plaies est le même que celui qu'on s'efforçait d'atteindre autrefois au moyen des topiques réputés siccatifs ; il se rapproche aussi de celui qui caractérise la méthode des pansements rares et des pansements par occlusion. Mais la cicatrisation sous-crustacée nous paraît encore préférable, en ce que, fermant la solution de continuité avec les matériaux mêmes que fournit celle-ci, elle respecte davantage les opérations naturelles.
Le blastème cicatriciel qui, sur la surface des plaies, passe successivement de l'état amorphe à celui de stratification fibrillaire, finement granulée, avec apparition d'aires vasculaires, condensation graduelle de la masse et formation ultuue d'une couche épidermique limitante, ce blastème, disons-nous, subit d'autant mieux les transformations qui aboutissent à la cicatrice parfaite, qu'il est plus exempt du contact ou de la présence du sano- du pus, en un mot des corps étrangers de toute nature. G est pour' ce motif que la cicatrisation offre de si grandes différences de caractère de durée ou de gravité, suivant les conduions ou elle s'opère. On peut résumer ces conditions en rappelant qu il
(1) Bouisson, Trihul à la chirurgie, t. II, p. 153. Montpellier 1861. 2 La remarque faite par le professeur de Montpellier est juste dans une certaine limite; si quelques espèces animales, et parmi celles-ci le cliien et les içrands ruminants, suppurent à peine et offrent souvent ce mode de cicatrisation sous des croûtes plus ou moins épaisses U esi d'autres espèces, au contraire, qui suppurent presque falalemenl e chez qui la réunion immédiate est difficile h obtenir : telle est 1 espèce cUevaline. Ajoutons d'ailleurs que ces faits sont connus de tous les vétérinaires et depuis fort longtemps.
existe des plaies sous-cutanées, des plaies affrontées, des plaies sous-crustacées et des plaies nues. Les premières se prêtent à l'organisation régulière du plasma à l'abri de l'inflammation. Les autres sont nécessairement envahies par ce processus pathologique ; mais le procédé le plus rationnel pour les en affranchir, au moins à un certain degré, consiste à les ramener autant que possible aux conditions des plaies de la première catégorie, c'est-à-dire à les placer sous une couche isolante et protectrice, qui éloigne du travail réparateur les perturbations ordinaires qui le retardent.
La ventilation a paru répondre à celte intention. Mise en usage dans le service de clinique chirurgicale à Montpellier, dès le mois de mars 1857, elle a été appliquée à des cas variés, notamment à des plaies chroniques ou récentes, à des ulcères locaux ou à des ulcères constitutionnels modiriés par un traitement général préalable, à des solutions de continuité relatives à des opéralions chirurgicales. En général, les résultais obtenus furent encourageants.
Les plaies ventilées révèlent promptement l'effet produit : leur surface pâlit sous l'action réfrigérante du courant d'air; une croiile légère, résidu de l'évaporation de la sérosité du sang ou du pus, se fait à cette surface et y adhère. La reprise des séances de ventilation donne à la croûte une consistance graduellement croissante, et lui permet d'abriter la plaie contre l'action des corps extérieurs. Sous cet abri, le travail cicatriciel suit sa marche ordinaire; la matière plastique subit les métamorphoses connues; bientôt une lame épidermique sépare la cicalrice organique de la face profonde de l'opercule crustacé, et celui-^ci, d'une nature inorganisée et caduque, se détache dans un délai variable.
Le mode de guérison obtenu dans ce cas est assimilable à celui dans lequel on produit des croûtes arlificielles en recouvrant les plaies avec des substances spongieuses et absorbantes, qui s'imbibent des liquides séreux ou purulents et forment sur les solutions de continuité des enveloppes adhérentes plus ou moins heureusement tolérées par les tissus. L'application de charpie râpée sur les petites plaies, celle de coton ou de typha sur les brûlures, donnent lieu à ces opercules crustacés artificiels, sous lesquels la cicatrisation peut aussi s'accomplir.
Un exemple plus remarquable de cicatrisation sous-criistacée est celui qui a lieu à la suite de l'application de certains caustiques arsenicaux qui, après avoir détruit les parties malades, forment avec ces parties mêmes, chimiquement combin^^os avec le
DES PANSEMENTS EN GlïNfiRAI,,
caustique, mic eschare isolante qui se Jessèche, passe à l'élat de croûte, protège le travail plastique et laisse voir, en tombant, une cicatrice bien établie et que n'a troublée aucun accident. Appuyée par ces analogies, la ventilation locale des plaies assure des résultats moins exceptionnels et d'une application plus facile en Ibérapeutique.
M. Bouisson, passant en revue les effets thérapeutiques de la ventilation locale, les range sous les chefs suivants : action sédative, action siccalive, action protectrice, action antiseptique; économie des médicaments extérieurs, des pièces de pansement; simplification du service des malades; propreté, salubrité,
La ventilation peut se faire très-simplement, à l'aide d'un soufflet ordinaire, ou bien encore au moyen de ventilateurs spéciaux.
Cette méthode thérapeutique est applicable au traitement des plaies non réunies, récentes ou anciennes, d'une petite étendue ou de grandeur moyenne ; ce moyen est aussi utilisé pour les ulcères rebelles à la cicatrisation. Parmi les difficultés inhérentes à cette méthode, on conçoit que l'abondance de la suppuration devra entraver beaucoup l'action de la ventilation, aussi ne la conseille-t-oa que dans les plaies petites ou de moyenne étendue, ou bien encore dans les plaies peu profondes et sécrétant une petite quantité de liquide purulent.
11 est vrai que grâce à l'application de certains topiques déjà décrits, et en particulier de l'alcool, on peut facilement diminuer la suppuration et agir ensuite avec plus d'efficacité sur la plaie elle-même. Tel est, en effet, le modus fadendi, préconisé plus récemment (1) par M. Bérenger-Féraud ; il diminue, s'il y a nécessité, la suppuration par un pansement alcoolisé, puis il fait une séance de ventilation qui doit durer de cinq à vingt minutes, jusqu'à ce que la surface de la plaie soit recouverte d'une, mince pellicule, sorte de vernis brillant, légèrement ridé à la périphérie de la solution de continuité, où cette pellicule semble tirailler les parties saines. Cette couche doit être assez sèche pour qu'un papier de soie n'y adhère pas. Quelques heures après, la couche étant ramollie de nouveau par les liquides sécrétés, on recommence la ventilation ; on voit qu'a.i début du traitement les séances doivent être rapprochées.
Tandis que M. Bouisson cherche surtout à obtenir une croûte
(1) BkU. de (hirap., 1866, et Gaz. deshôpit., 1866, p. 101.