OCCLUSION PNEUMATIQUE
résistante, M. Bérenger-Féraud se débarrasse autant que possible de celle-ci, pour ne conserver qu'une pellicule mince à la surface de la plaie. C'est que, si la croûte est trop épaisse, il n'est pas rare de la voir agir sur .la cicatrice sous-crustacée, l'enflammer et même l'ulcérer, ce qui est un grave inconvénient.
Ce pansement par la ventilation se rapproche un peu de l'incubation de J. Guyot (1), seulement ici l'air qui se renouvelle à la surface de la plaie n'est pas porté à une température élevée et constante. Mais il en diffère beaucoup au point de vue du but que se propose son inventeur, à savoir, protéger la plaie du contact de l'air par la formation rapide d'une croûte ; c'est, en somme, un pansement par occlusion, aussi ne comprenons-nous pas comment M. Dubreuil (2) le classe avec les pansements inertes, comme l'emploi de la charpie, de poudres inertes, etc. Ajoutons toutefois que depuis déjà quelques années ce mode de pansement aurait été abandonné par M. Bouisson lui-même.
§ S- — Occlusion pnciiinntiquc et aspiration continue.
I. Occlusion pneumatique. — Depuis longtemps déjà et surtout depuis les recherches de M. Jules Guérin sur les plaies souscutanées, les chirurgiens ont considéré le contact de l'air comme une cause fréquente des accidents graves qui surviennent dans la marche des plaies, accidents entraînant trop souvent la mort des malades.
Le fait étant admis, on a dû chercher à l'expliquer, et, si les théories n'ont pas manqué, il s'en faut de beaucoup qu'elles soient toutes satisfaisantes.
Pour M.Jules Guérin, le contact de l'air ferait naître l'inflammation, et surtout l'inflammation suppurative; de là l'indication de la méthode sous-cutanée, delà ses succès incontestables.
Les plaies sous-culanées, en effet, se cicatriseraient par un mécanisme en quelque sorte physiologique, par organisation immédiate, suivant l'expression de M. J. Guérin. Nous n'avons pas à discuter ce qu'il y a de vrai dans l'interprétation des phénomènes que présentent ces solutions de continuité, que nous considérons d'ailleurs avec la plupart des chirurgiens comme appartenant à
(1) Voyez p. G9 et J. Cuyot, De l'emploi de la chaleur dans le Irailemenl des maladies. Paris, 18^2.
(2) Thèse d'agrégation en chirurgie, 18G9, p. ili.
DES PANSEMENTS EN CÉNftKAL.
l'inflainmation ; mais nous ne pouvons nier un fait, c'est l'ianocuité presque absolue des plaies placées dans ces conditions toutes spéciales. Or, M. J. Guérin s'est précisément efforcé de mettre les plaies exposées dans des conditions de cicatrisation, sinon identiques au moins analogues à celles dans lesquelles se trouvent les plaies sous-cutanées; de là la méthode d'occlusion pneumatique.
Sans remonter jusqu'à César Magatus (1), il est certain que des tentatives nombreuses avaient été faites pour préserver les plaies du contact de l'air. On peut y rapporter le pansement par occlusion de M. Chassaignac (2)," l'appareil inamovible déjà décrit de Larrey (3), l'occlusion des plaies avec la baudruche gommée de M, le professeur Laugier (i), voire même la ventilation des plaies préconisée par M. le professeur Bouisson (de Montpellier) (5). Dans ce dernier cas, en effet, le but à atteindre, comme nous l'avons dit, est de faire recouvrir la plaie par une couche protectrice en quelque sorte naturelle.
Mais dans la plupart de ces essais, souvent couronnés de succès, comme nous avons été à même de l'apprécier dans le service de M. Chassaignac, l'occlusion des plaies était fréquemment incomplète, l'application du pansement n'était pas immédiate ; enfm, ajoute!. J. Guérin (6), les liquides et les gaz exhalés par la surface de la solution de continuité, s'altéraient en partie et séjournaient dans les appareils.
Pour parer à ces graves imperfections, l'auteur eut l'idée d'envelopper les parties exposées à l'air, d'un manchon de tissu imperméable, dans lequel on ferait le vide d'une façon permanente ; de là le nom à'occlusion pneumalique. qu'il donna à sa méthode.
Cet appareil dont le manchon doit fatalement varier selon les parties du corps où il doit être appliqué, fut employé, dès 1866, et fournit, dit l'auteur, d'excellents résultats.
Les douleurs des blessés ou des opérés furent nulles, la résorption des liquides putrides fut supprimée ; enfm, rindammalion suppuralive fut presque entravée. Grâce à cet appareil,
(1) Académie de médecine, 6 février 1866.
(2) Voyez p. 550.
(3) Voyez p. 352.
{Il) Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XIX, p. 914, 18ûû.
(5) Voyez p. 554. r t r
(6) Mémoire lu à l'Académie de médecine le 6 février 1866, et Gaz.
Viédic, 1866, p. 87 et suiv.
OCCLySiOiN PNEUMATIQUE.
M. J, Giiérin avait la prélenlioii de supprimer l'inflammation suppuralive des plaies exposées ; c'était évidemment là une vue de l'esprit, car dans ses communications ultérieures l'auteur l'abandonna pour les plaies non réunies par première intention, c'est-à-dire pour toutes les plaies qui doivent suppurer.
A celte époque, M. J. Guérin conseillait d'interposer entre les téguments et la partie correspondante de l'enveloppe imperméable, une seconde enveloppe mince de tissu élastique perméable qui s'opposerait à l'action ventousante trop énergique du manchon.
Dans un deuxième mémoire (1), l'auteur revient sur le but de sa méthode, qui, nous le répétons, aurait pour objet de supprimer l'inflammation et le pus, et de ramener les plaies exposées au type morbide des lésions sous-culanées. Voici d'ailleurs ce qu'il en dit : « L'occlusion pneumatique dont tous les éléments tendent au même résultat a donc pour but de réaliser la cicatrisation immédiate des plaies exposées « (2). L'appareil employé agit comme protecteur^ el fait appel à l'extérieur sur les liquides et les gaz qui peuvent se trouver en contact avec la plaie, ou qui sont exhalés par elle; du reste, l'auteur y a apporté des perfectionnements notables.
« Dans le système primitif (3), l'appareil principal consistait en un récipient pneumatique d'une capacité assez considérable pour suffire de lui-même pendant vingt-quatre heures à toutes les éventualités et à toutes les exigences de chaque cas particulier. Imaginé surtout pour les premières expériences, pour celles qui devaient démontrer, avec la précision scientifique, les propriétés et l'efficacilc de la méthode, il ofi'rait le double inconvénient de coûter cher et d'être d'un entretien compliqué ; il était pour ce double motif difflcile' à introduire dans la pratique des hôpitaux.
» L'appareil que je viens soumettre à l'Académie a précisément pour but de parer à ces deux inconvénients. Il consiste dans un ballon hémisphérique en verre de cristal, ofl^rant trois tubulures, l'une centrale, plus considérable, dans laquelle est logé un manomètre ; les deux autres sont destinées, l'une à mettre le malade en communication avec l'appareil, l'autre à mettre l'appai^eil lui-même en communication avec un' réservoir de vide. Avant de considérer le système en fonction, j'appellerai
(1) Académie de médecine, 26 novembre 1867.
(2) Gazelle des hôpitaux, 18G7, p. 553.
(3) Académie de médecine, séance du 26 novembre 1867
DES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL
ratlention de l'Académie sur le manomètre accusant le degré de vide de l'appareil.
» Ce manomètre consiste en un lube barométrique terminé par une poire de caoutchouc, l'un et l'autre remplis de mercure. L'extrémité supérieure du tube est ouverte à l'air, et l'extrémité inférieure et la poire qui la termine plongent et sont hermétiquement renfermés dans la cloche de verre. A mesure que le vide s'opère dans le ballon, la boule de caoutchouc se dilate, sous l'influence de la pression atmosphérique, et ses parois d'une épaisseur uniforme et suffisante pour résister à une pression de 3/4 d'atmosphère font descendre la colonne de mercure, suivant une échelle graduée sur le tube et sur le côté de son étui protecteur. On a eu soin, avant d'établir la graduation, de fixer par un temps d'épreuve suffisant la concordance de la dilatabilité et de rélasticité de la poire de caoutchouc, avec les dilTérenls degrés de la pression atmosphérique.
» Cet appareil particulier pour chaque malade dans un hôpital est, comme je l'ai dit, en rapport avec un appareil central, réservoir collectif de vide ; de telle façon que, lorsque le manomètre de caoutchouc accuse une insuffisance de vide dans le petit appareil, il suffit d'ouvrir le robinet de communication avec l'appareil central, pour rétablir le vide au degré voulu. »
Les enveloppes ou manchons de formes variées, préconisées par M. J. Guérin, sont de caoutchouc vulcanisé de 2 millimètres d'épaisseur ; à leur côté ou à leur extrémité est un tube de caoutchouc vulcanisé, capable de résister à la pression atmosphérique et destiné à mettre la cavité du manchon en communication avec l'appareil qui a fait le vide. Pour éviter les plis formes par le manchon enveloppant la plaie exposée, et dans le but d'empêcher la formation de petits espaces vides pouvant agir comme de véritables ventouses, enfin pour favoriser la circulation des gaz et des liquides, on place, ainsi que nous l'avons déjà dit, entre le manchon de caoutchouc et les parties malades, une sorte d'enveloppe intermédiaire faile d'un tissu élastique, très-fin et perméable, qui puisse se mouler sur les parties enfermées dans les manchons de caoutchouc.
Comme on le voit, les appareils de M. Jules Guérin sont en somme assez compliqués : s'il est possible de les bien installer dans une salle d'hôpital, il est beaucoup d'autres circonstances 011 il est absolument impossible de penser à les utiliser, par exemple en campagne. C'est, d'ailleurs, très-probablement celte difficulté d'installation qui fait que cette méthode n'a pas été largement expérimentée ; ce qui est à regretter, si l'on tient compte