ASPIRATION CONTINUE
des succès nombreux obtenus par son emploi, tanl eu France qu'en Belgique, succès affirmés encore tout récemment par M. Jules Guérin (1).
Dans ces dernières années, le but que s'était proposé M. J. Guérin paraît s'être quelque peu modifié ; en effet, primitivement, il s'efforçait surtout de ramener les plaies exposées au type des plaies sous-cutanées, par conséquent à empêcher leur inflammation et leur suppuration; ce n'était qu'accessoirement que l'auteur se préoccupait des liquides ou des gaz exhalés par la plaie, ce qui se conçoit bien d'ailleurs puisque la suppression de l'action de l'air entraînait, selon la théorie de M. J. Guérin, l'absence de suppuration. Mais lorsqu'il s'agit de plaies avec perte de substance, M. J. Guérin admet que la suppuration est en quelque sorte fatale; il est vrai qu'elle est peu considérable, de bonne nature, que les bourgeons charnus ont un aspect excellent; mais enlin il y a du pus, ce qui ne nous étonne nullement. C'est alors que l'auteur insiste sur l'aspiration continue; le pus sécrété ne s'altère pas vu la tendance au vide, et alors même qu'il serait altéré l'aspiration constante l'entraînerait au dehors et empêcherait son absorption.
En effet, un des grands avantages de Vocclusion pneumalique, serait l'aspiration continue, mais cette dernière qualité a surtout été mise en rehef par M. Maisonneuve.
H. Aspiration conlinuc. — L'appareil de M, Maisonneuve diffère bien peu de celui de M. J. Guérin, et d'ailleurs il le reconnaît lui-même, en disant que ce dernier chirurgien « a eu l'honneur de réaliser l'aspiration continue », par l'emploi de son appareil (2). Toutefois le but que s'est proposé d'atteindre M. Maisonneuve est très-différent de celui que poursuivait M. J. Guérin, qui ne cherchait, au moins dans ses premiers essais, qu'à éviter l'action excitante en quelque sorte phlogistique de l'air.
Pour M. Maisonneuve (3) les accidents si nombreux qui compliquent les plaies à la suite des traumatismes ou des opérations chirurgicales sont toujours le résultat d'un empoisonnement.
Pour ce chirurgien, les liquides exsudés à la surface des plaies meurent au contact des corps étrangers ou de l'air extérieur,
(1) Académie de médecine, séance du 9 août 1870.
(2) Gazette des hôpitaux, 1867, p. 59A (lettre).
(3) iMémoire sur les intoxications chirurgicales (10 décembre 1866 Académie des sciences).
DES PANSEMKNTS EN GfiNÉUAL.
se putréfient et deviennent alors de redoutables poisons pour l'économie. Il fallait donc chercher à empêcher cette putréfaction rapide des liquides à la surface des plaies, et pour cela on devait les soumettre à une aspiration continue, les entraînant au fur et à mesure qu'ils meurent et les transportant dans un récipient adapté à cet effet, avant l'apparition de leur putréfaction.
Cette méthode a surtout été appliquée au pansement des amputations. Voici comment on l'exécute d'après les indications mêmes de M. Maisonneuve (1) :
« Après avoir comme d'habitude arrêté l'écoulement du sang au moyen de la ligature des vaisseaux, on nettoie la plaie avec le plus grand soin, on la lave avec de l'alcool, on l'essuie avec un linge sec, on en rapproche doucement les bords au moyen de quelques bandelettes de diachylon, en ménageanl avec soin des intervalles propres à l'écoulement des liquides ; on applique ensuite une couche de charpie imbibée de liquides antiputrides, tels que l'acide phénique, la teinture d'arnica, le vin aromatique ou quelque autre substance analogue, puis on maintient le tout avec quelques bandes de linge imbibées des mêmes liquides.
» C'est seulement après ce pansement préliminaire, qui n'est guère que le pansement usuel, qu'on procède à l'application de Vappnreil aspirateur.
» Cet appareil se compose : 1" d'une sorte de bonnet de caout chouc muni d'un tube de même substance ; 2° d'un flacon de 4 ou 5 litres de capacité, muni d'un bouchon percé de deux trous; 3° d'une pompe aspirante munie aussi d'un lube flexible (a, b,c, fig. 314).
» Le moignon d'amputation, enveloppé de son pansement, est d'abord coiffé du manchon de caoutchouc ; l'orifice de celui-ci embrasse exactement le pourtour du membre, tandis que l'extrémité de son tube est adapté à l'une des ouvertures du bouchon. A l'autre s'adapte le tuyau de la pompe aspirante, puis on fait agir le piston.
» Bientôt l'air contenu dans le flacon est en partie aspiré cl chassé. Les liquides du pansement, mêlés à ceux qui suintent de la plaie sont aspirés eux-mêmes et viennent tomber dans le flacon. Le manchon de caoutchouc, privé de l'air qu'il contenait, s'affaisse et s'applique exactement sur le moignon.
» Le poids de l'atmosphère exerçant par son intermédiaire
(1) Noie sur la méthode d'aspiration continue, elc.,l\xe à l'Académie des sciences le A novembre 1867.
ASPIKATION CONTINUE.
une compression puissante, maintient exactement en contact les surfaces divisées en même temps qu'il expulse des profondeurs de la plaie tous les liquides non organisables.
» D'une autre part, l'aspiration continue produite par la raréfaction de l'air du flacon exerce sur ces mêmes liquides un appel
incessant qui, non-seulement empêche leur stagnation dans les pièces du pansement, ce qui serait certainement très-nuisible mais encore et surtout ne permet pas que ces mêmes liquides moris puissent séjourner dans la profondeur de la plaie et v aevenir, en se putréfiant, la cause de ces accidents redoutatravair» ^'''^''^^ mécanisme dans un précédent
D après M. Maisonneuve, ses premières tentatives furent faites
bail
DES PANSEMENTS EN GÉNÉllAL.
en 1849, à l'hôpital Cocliin, c'esl-à-dire qu'elles sont bien antérieures aux premières communications de M. J. Guérin. D'ailleurs, nous n'avons pas à discuter ici cette question de priorité, puisqu'il résulte de l'aveu même de M. Maisonneuve que ses essais furent incomplets et qu'il n'apu appliquorsérieusemenlsa méthode qu'après l'invention de M. J. Guérin ; l'appareil de ce dernier possédant une précieuse qualité, celle d'agir d'une manière continue.
D'un autre côté, l'appareil de M. Maisonneuve est plus simple,
Fio. 3 1 5. — Manchot! appliqué api ès une amputation de cuisse.
plus facile à installer, d'où peut-être la possibilité de sa généralisation. ., 1 • . J'„B
C'est qu'en effet, jusqu'ici, ces appareils d occlusion et d as-, piration n'ont guère été utilisés que par leurs inventeurs, ou du moins les quelques chirurgiens qui les ont imites n ont pas paru très-enthousiastes de leur emploi, ce qui doit Ires-certainement^ tenir à la difficulté d'installation des appareils et a la frequen enécessité de les modifier presque pour chaque cas pa'-t'fuliei.. C'est là, on le comprend facilement, un des graves i"conven.en st. de ces méthodes bonnes en elles-mêmes et l'usées sur des faïU.. scientifiques incontestables, surtout aujourd'hui ou 1 on a poussa assez loin l'étude des produits sepliques nés a la surlace uc.-
PANSEMENTS OUATÉS DE M. A. GUÉRIN
plaies, el où leur influence nuisible sur les malades paraît être une vérité démonlrée.
§ O. — Pan.scmcnts oiinlcs île M. A. (liucriu.
Depuis longtemps déjà, sur le conseil du docteur Anderson, la ouate fut employée dans- le traitement des brûlures, et de l'aveu de la plupart des chirurgiens les résultats qu'elle fournit sont assez satisfaisants. Les vives douleurs, l'inflammation des plaies qui résulte du contact de l'air et des pansements répétés, sont très-notablement diminuées sous l'influence de ce mode de traitement, qui constitue en fait un pansement rare, et presque un pansement par occlusion.
Toutefois, malgré les efforts de Mayor (de Lausanne), les avantages de ce mode de thérapeutique des brûlures furent peu remarqués au point de vue du traitement général des plaies ordinaires ou chirurgicales, et tout l'honneur de la généralisation méthodique de ce pansement appartient à M. Alph. Guérin.
Ce chirurgien admet, depuis fort longtemps déjà, que les accidents graves d'infection purulente qui se développent chez les blessés tiennent à une véritable intoxication produite par des éléments miasmatiques contenus dans l'air des divers endroits où des malades sont réunis en grand nombre. Ces éléments nuisibles, déposés à la surface des plaies, ou al)sorbés par elles, intoxiquent véritablement le blessé, d'où l'indication absolue de protéger la plaie du contact de l'air et surtout de cet air nuisible et en quelque sorte empoisonné.
Il est certain que les diverses méthodes que nous venons de passer en revue dans les précédents chapiires ont presque toutes pour but de soustraire les surfaces traumatiques, bourgeonnantes ou non, à l'action nuisible de l'air. Mais, il faut bien le dire, le problème était bien difficile à résoudre, aussi la plupart des appareils décrits ci-dessus n'agissent-ils que d'une façon imparfaite et permettent-ils toujours le contact d'une certaine quantité d'air vicié, soit avec la plaie elle-même, soit avec le pus ou les liquides srcrétés par elle. Aussi en résulle-t-il l'apparition de pliénoniènes encore mal connus de putréfaction de ces matériaux organiques, et une cause imminente d'intoxication pour le blessé.
Or, fait important à noter dès à présent, toutes ces dillicultés théoriques et pratiques sont résolues par l'emploi du panse-
JAMAiN. — Petite cliir., 5* (.'(lit. O'-
DES l'ANSEMENTS EK GÉNÉRAL
ment oualé, tel que M. A. Guérin le préconise. En effet, si le pansement oualé n'empêche pas le contact de l'air, il s'oppose absolument à ce que la moindre particule organique ou non, puisse se déposer sur la plaie, être absorbée par elle, ou bien altérer les liquides qu'elle sécrète. C'est là une des propriétés remarquables de la ouate, qui, en somme, agit comme un tamis, comme un filtre d'une finesse extrême, et d'une finesse d'autant plus grande que le coton est plus comprimé, ce qui se conçoit bien facilement.
Celle propriété filtrante de la ouate, connue depuis longtemps dans les laboratoires, fut bien mise en relief par les recherches de Schrôder, de Dusch et de Pasteur, sur la génération spontanée, et plus récemment encore par celles de Tyndall, qui démontra que de l'air ainsi filtré était optiquement pur, c'esl-à-dire ne renfermant plus la moindre particule pouvant devenir visible sous l'influence d'un rayon de lumière très-intense (1).
Comme nous l'avons déjà dit, pour que le pansement fait avec de la ouate joue le rôle d'un filtre parfait, il faut que la ouate soit assez serrée, d'oii la nécessité d'une certaine compression, compression élastique comme on le sait, depuis l'emploi du coton dans les appareils de fractures, et en particulier dans les appareils déjà étudiés ici et dus à M. Burggraeve.
Or, précisément, les deux buts que M. A. Guérin s'efforce d'atteindre dans sa méthode sont : 1° de filtrer l'air qui peut arriver au contact de la plaie ; 2° d'exercer sur les parties voisines et sur la plaie elle-même une compression élastique suffisante pour empêcher le développement d'une inflammation, ou d'un engorgement trop intense.
Comme ce pansement a été plus particulièrement employé dans les plaies étendues qui succèdent aux amputations , nous allons exposer avec soin le modus faciendi de M. A. Guérin dans ces circonstances.
Supposons, par exemple, qu'il s'agisse de panser une amputation circulaire de cuisse. L'hémostase étant complète, la plaie est lavée à l'eau tiède, ou bien avec un mélange d'eau et d'alcool camphré ou phéniqué ; on l'essuie ensuite avec soin. Les fils à ligature sont coupés ras, sauf celui de l'artère principale, qui est arrêté comme on le fait d'ordinaire. Le moignon élaul soutenu, la manchette cutanée est tendue suivant un de ses diamélres par un aide, et l'on y applique des couches d'ouate de façon à com-
(1) Voyez Revue des cours scienUliquos , 18G9, p. 2li2 et 28i.
PANSEMENTS OUATÉS DE M. A. GUÉRIN. 567
Lier complètement le vide formé par le cône creiu résultant d'une amputation bien faite. Il est évident que la ouate adhère aussitôt aux tissus sous-jacents encore humides. Ce remplissage fait,^ on place des lames d'ouate qui doivent rficouvrir la plaie et l'extrémité du moignon, en se rabattant par leur circonférence sur le membre amputé; puis des bandes d'ouate sont enroulées autour du membre, de manière à remonter iusqu'-au pJi de l'aine, et même à entourer le bassin (1).
L'accumulation de ces baifdes doit être telle que le volume des parties recouvertes de coton soit au moins le triple de leurs dimensions normales. C'est alors qu'on commence à appliquer les bandes. On agit ici, comme on le ferait pour établir une compression élastique, c'est-à-dire que la striction exercée par la bande doit être progressive, et qu'elle doit arriver à être aussi énergique que possible à la fin du pansement. Il faut avoir piace soi-même un de ces appareils pour se douter de la force qu on doit employer pour le serrer d'une façon convenable, et res-frequemment, malgré l'emploi d'une force assez grande 1 appareil est assez peu serré pour qu'on soit obligé d'ajouter de nouvelles bandescompressives.il est bien entendu quela compression qu'on exerce ainsi doit être autant que possibT réparte
cui!se"irn?' '^''^ ^^"^ l'amputation de la
cuisse, le pansement doit remonter jusqu'à la racine du membre
brarrcouin ^-1 '"f • l'amputa^mrd,; flras, le cou et la poitrine doivent être recouverts d'ouate Pa„' les amputations de l'avant-bras ou de la jambe fau auê v2 pareil remonte jusqu'à la racine du membre% n L ïa ,1" SOI suffisamment protégée du contact d'un ai^ altéré ^ , Dans les amputations à lambeaux, M. A. Guérin n'a na<; tPn(P in
:::EXe"' '■f'"'^'-""^^ - propose Petite, et'i est è^. probable qu il réussira. Dans tous les cas observés iusâu' ci lA
568 nES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL.
Le membre amputé ou réséqué doit être bien surveillé, et il faut s'efforcer de le maintenir dans la position horizontale, ce qui s'obtient en mettant une simple alèze sous le moignon. Dans les amputations de cuisse, en particulier, le moignon tend à se relever, ce qui est toujours une mauvaise chose, car lasailhe de l'os se prononce de plus en plus.
•Ce pansement fait, le phénomène qui frappe surtout le chirurgien, c'est l'absence de douleurs spontanées ou déterminées par fe contact des corps voisins, voire même par leur choc.^ ^
C'est là un fait caractéristique dont nous avons été temom nombre de fois. Si dans quelques circonstances la fièvre traumalique et la sensibilité persistent, c'est que le pansement est défectueux, c'est que la compression est inégale, que l'air pénètre jusqu'à la plaie, ce qui se reconnaît souvent a la facilile avec laquelle le pus traverse l'appareil, et vient salir l alèze placée au-dessous du moignon. ,., ,
Dans ce cas, il faut ou recommencer le pansement alors qu il . est trop défectueux ou mieux le réparer.
A cet effet, de nouvelles couches d'ouate, mamtenues par ■ des bandes doivent être ajoutées à celles qui sont déjà placées; autour du membre. Du reste, cette sorte de revision de la corn-pression doit être faite tous les deux ou trois jours, jusque vers le dixième ou douzième jour de l'application de l'appareil.
Les liquides sécrétés par la plaie forment avec le coton une. sorte de magma qui fait adhérer les couches d ouate a"'^ ^^Ç" ments avoisfnant la plaie, d'où une occlusion parfaite, a Z peut-il arriver au contact de la solution de continuité qu en. traversant les couches épaisses du pansement. . .
C'est pour obtenir cette agglutination qu'il est necessair bien maintenir le membre dans l'immob.hte e^lans la F ' horizontale, afin que le pus ne tende pas a se rayer un passa.ee par un endroit placé dans une trop grande declivUe. ' m F Guvon a cherché à faciliter ces adhérences de la oua aux téc^umenls en employant le collodion," c'est évidemment ^ TelSnt conseil qui doit être mis en pratique autant que.
^°D^le cas où il y aurait ^ ''"''':^t.^::!r^ irerait vile entre l'appareil a la peau et 1 on s en apercevia
rprobablement à\emps. 11 ^^^^} ^r\'TL^Zu'sZ confondre l'écoulement séro-sanguinolent qui s t ] uutations et .p.i filtre assez facilement » ^ V ' ' Jeil ïa écoulemelit sanguin nécessitant 1 enlèvement d appa^^^^ Dans le premier cas il faut ajouter de la ouate et des bano
PANSEMENTS OUATÉS DE M. A. GUÉRIN
L'appareil doit rester en place jusqu'au vingtième ou vingtcinquième jour, et, en général, il ne répand pas l'odeur si repoussante et, en quelque sorte, caractéristique des pansements dits rares. Evidemment, il y a un peu d'odeur, mais elle est fade, facile à faire supporter au malade en répandant sur l'appareil du camphre en poudre, ou en solution dans l'alcool, de l'eau phéniquée. En résumé, il est certain que, même fait tous les jours, un pansement simple est plus odorant pour peu que la suppuration soit abondante.
Pour renouveler comme d'ailleurs pour faire le premier pansement, il faut transporter le malade en bon air, par conséquent, hors des salles de l'hôpital; cette précaution doit aussi être prise vis-à-vis des pièces du pansement, et surtout de la ouate qui doit être vierge, et n'avoir jamais séjourné dans un lieu infecté, comme dans une salle de blessés.
Les bandes et les couches d'ouate enlevées, on voit que celles-ci adhèrent aux téguments par leur partie profonde ; toutefois, ces adhérences ne sont pas toujours complètes, et elles manquent dans les divers points où le pus tendait à se faire jour à l'extérieur en passant entre le coton et la surface cutanée. Dans ces divers endroits la peau est rouge, quelquefois excoriée et un peu enflammée.
Le pus contenu dans le manchon ouaté est généralement en petite quantité, sa coloration est jaunâtre, il est^épais, crémeux, louable en un mot. Son odeur n'est pas repoussante, elle se rapproche de celle des pièces anatomiques macérées, elle est fade.
Le moignon est en quelque sorte amoindri, amaigri, la peau est normale, il n'y a pas de traces d'œdéme, ni de phlogose dans les tissus voisins delà solution de continuité. Celle-ci est recouverte de bourgeons charnus rouges, abondants et pleins de vie. Si des fragments de coton leur sont adhérents, on les laisse en place ; quant aux ligatures on ne s'en préoccupe pas. Le pansement est refait en suivant strictement les règles indiquées pour l'application du premier appareil ; nous n'avons donc pas à y revenir.
Pendant quelques jours les malades se plaignent un peu, puis tout rentre dans l'ordre; on surveille toujours le pansement ou le répare s'il en est besoin; enfui, ce deuxième appareil n'est enlevé que le plus lard possible. Il est rare qu'il faille faire un troisième pansement à la ouate, ordinairement on le remplace par des bandelettes de diachylon.
Dès l'application du deuxième pansement, Iqs malades peuvent se lever, ce qu'ils ont souvent fait déj^i' à Vinsu du chirur-
DES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL
gien ; de plus, l'épaisse couche d'ouale qui recouvre les parties lésées les protège d'une façon très-efficace contre les chocs et même les chutes sur le moignon.
On voit par ce qui précède quelle est l'importance de la méthode préconisée par M. A. Guérin ; grâce à elle les opérés ne souffrent pas, n'ont pas d'accidents primitifs prolongés ; ils conservent de la gaieté, de l'appétit; ils peuvent se lever très-vite; enfin, leur transport, et, par conséquent, leur dissémination, est facile, avantage inappréciable pour ceux qui n'ont pas été témoins des encombrements des hôpitaux ou des ambulances.
Grâce à cette méthode, la surface traumatique est maintenue à une température constante, bien mieux que dans la boîte à incubation de J. Guyot ; celte surface est préservée du contact de l'air altéré par des corpuscules organiques, ce qui n'arrive que d'une façon incomplète dans les pansements par occlusion simple, pneumatique et autre; enfin, la plaie et les tissus voisins sont soumis à une compression élastique soutenue, fait sur lequel insiste beaucoup M. A. Guérin. Du reste, les résultats statistiques fournis par l'auteur du pansement à la ouate sont réellement merveilleux : alors que dans son service il perdait presque tous les grands opérés, depuis qu'il emploie méthodiquement la ouate il a obtenu 19 succès sur 34 opérations. Comme on le voit, cette manière de panser les blessés, facile à imiter, et possible dans presque tous les cas, même sur le champ de bataille, mérite d'attirer au plus haut point l'attention des chirurgiens (1).
§ lO. — ncs itanseiucnts acsînfectnnts.
Avant de passer à la seconde partie de cet ouvrage, nous croyons utile de consacrer un chapitre spécial à la désinfection des plaies. Cette question, intéressante à plus d'un titre, a donné lieu à un grand nombre de communications aux sociétés savantes, et à des travaux intéressants, parmi lesquels nous citerons le rapport de Velpeau à l'Académie des sciences (6 février 1 860), et les mémoires de Chalvet et Réveil, couronnés par l'Académie de médecine (4862).
Depuis longtemps déjà la désinfection des plaies a été le sujet
(1) Pour plus de détails voyez l'article de M. R. Hervé dans les Archives générales de im'decine, 1871, n° de décembre.
PANSEMENTS DÉSINFECTANTS.
d'essais multipliés, aussi voyons-nous la thérapeutique posséder un grand nombre de substances dites désinfectantes. Parmi elles nous pouvons citer : les poudres de rue, de sabine, les feuilles de noyer; les acides minéraux, le citron, le vinaigre; les gommesrésines, les caustiques, etc.
Mais ces divers médicaments agissent-ils d'une façon identique ? Evidemment non, et pour accepter leur titre de désinfectant il faut tout d'abord bien déterminer les propriétés que doit posséder une substance pour être réputée désinfectante.
Sous l'influence d'un état général morbide, on sait que les plaies prennent un mauvais aspect ; elles sécrètent un pus séreux, mal lié, dit de mauvaise nature, qui souvent ne tarde pas à ' contracter une odeur infecte par son contact avec l'air. Dans d'autres circonstances, le pus, accumulé en grande abondance^ stagne dans des clapiers ou près de réservoirs contenant des gaz ; il subit alors une sorte de putréfaction rapide et acquiert une odeur plus ou moins repoussante. Or, dans ce dernier cas même, l'état général de l'organisme influe souvent sur la vitalité de la plaie et facilite la septicité des produits sécrétés.
La suppuration tenant à la syphilis, à la scrofule et surtout au cancer, donne encore naissance à des produits morbides, ayant une odeur insupportable. Et, dans ces conditions, cela dépend surtout du mode de vitalité de la plaie, modifiée par la cause qui lui a donné naissance. Il résulte de ces quelques considérations que l'altération du pus dépend souvent d'un état général qui réagit sur les plaies et sur leur sécrétion ; et d'autres Fois d'un état spécial des plaies qui leur fait excréter des produits morbides très-facilement altérables, répandant une odeur infecte.
Pour qu'une substance soit désinfectante, elle doit donc remplir deux conditions: enlever l'odeur des matières sécrétées, et Tiodifier la vitalité des surfaces sécrétantes, afin de ramener la iécrétion purulente à son type normal. Aussi depuis longtemps es divers auteurs qui se sont occupés de la désinfection des 3laies, avaient-ils admis une analogie presque complète entre es médicaments désinfectants et les détersifs.
Or, parmi les substances employées jadis comme désinfectantes, nous voyons les unes agir surtout en modifiant la vitalité les plaies, les autres en détruisant ou masquant seulement odeur des produits morbides. Les substances caustiques les "cides minéraux, végétaux, tes teintures alcooliques, sont surtout les modificateurs de l'état des plaies.
Le cautère actuel, employé par Guy de Chauliac, Ambroise are, etc., remplis.sait encore mieux les indications : il détruisait
DES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL
les produits sécrétés et excitait vivement les surfaces sécrétantes.
Les matières résineuses, odorantes, agissent bien aussi en modifiant les plaies, mais leur action excitante est peu intense, et ces substances n'ont pu être admises comme désinfectantes i que parce qu'elles masquaient par leur odeur celles des sécrélions morbides.
Aujourd'hui le nombre des produits employés pour désinfecter ■ les plaies est assez considérable. Cela ne veut certes pas dire que leurs propriétés justifient toujours leur titre; tant s'en faut, la multiplicité des désinfectants tendrait à prouver, au contraire, qu'il n'en est peut-être pas un seul qui remplisse parfaitement les indications nécessaires à la désinfection des plaies.
D'après leur composition chimique et leur mode d'action, M. Giraldès divise les désinfectants en :
1° Désinfectants cédant aux matières organiques l'oxygène qui entre dans leur composition (permanganate de potasse) ;
2° Désinfectants abandonnant indirectement de l'oxygène (chlore et dérivés);
3" Désinfectants enlevant l'eau des matières albuminoïdes (chlorure de sodium) ;
4" Désinfectants coagulant l'albumine (tannin, alcool) ;
5° Désinfectants qui agissent sur les parties putréfiées fsulfate de fer, de zinc, charbon) ( l).
Nous allons passer rapidement en revue les divers désinfectants préconisés, et nous verrons quels sont ceux qui sont employés le plus ordinairement aujourd'hui.
La poudre de plâtre et de coaltar de MM. Corne et Demeaux a été beaucoup vantée il y a déjà quelques années; cependant l'usage de celte poudre présente un certain nombre d'inconvénients, bien signalés par Velpeau. Tout d'abord nous devons dire qu'appliquée à la surface des plaies elle peut donner lieu à de vives douleurs, et ne peut être supportée par les malades. En outre, Velpeau lui reproche : 1 ° de salir le linge des malades ; 2° de durcir et de peser sur les plaies ou autour d'elles ; 3° de colorer en jaune roux très-tenace les compresses, les linges usités pour les pansemenis; 4° de nécessiter un fréquent renouvellement pour obtenir une action désinfectante continuelle ; enfin 6<>de dégager une odeur bitumineuse que tout le monde ne peut sup-
(1) Mouvçme)\f médical, H avril 1809.
PANSEMENTS DÉSINFECTANTS. 5"3
porter facilement. Malgré ces reproches, le rapport de Velpeau e^st assez favorable à l'emploi de ce désinfectant : .1 lu. reconna des propriétés incontestables, et ponr détruire 1 odeur des plaies et pour modifier avantageusement leur surface.
Ces résultais, obtenus aussi par les chirurgiens militaires lors de la guerre d'Italie, ont été vivement contestes, soit par MM Faire, Bonnafont et Langlois, qui ont expérimente aux Invalides, soit par MM. Follet et Rigault (d'Amiens). Ces auteurs ont nié l'action désinfectante du coaltar ; ils pensent qu il ne tait que masquer par son odeur forte et pénétrante celle des plaies en suppuration. En outre, en formant des croules dures, ditliciles à enlever, adhérentes aux bords des plaies, il empêcherait mécaniquement l'odeur fétide de se répandre dans 1 air.
Pour étudier et pour analyser en quelque sorte 1 action de ce désinfectant, Renault (d'Alfort) a fait un certain nombre d expériences. 11 résulte de ces recherches que le plâtre, le charbon végétal et animal n'agissent nullement comme desinfectants : le plâtre cependant atténue un peu l'odeur des sécrétions morbides. Le coaltar seul donne aux pansements une odeur propre et forte qui se substitue à celle des liquides sécrétés. L'essence de térébenthine, l'huile de schiste, ne font que masquer 1 odeur des plaies. En résumé, le plâtre agirait surtout comme absorbant et le coaltar comme corps odorant; MM. Chevreul et Dumas partagent complètement cette opinion.
Cependant nous devons dire que M. Calvert croit à une action spéciale du coallar, action due à l'acide carbolique qu'il contient; et nous devons ajouter que celte opinion est très-acceptable, car l'acide carbolique ou phénique est généralement employé aujourd'hui et avec succès, pour la désinfection des plaies. Or, il suffit d'une très-petite quantité d'acide phénique pour obtenir une action désinfectante très-marquée.
Le mélange de plâtre et de coaltar, préconisé par MM. Corne et Demeaux, a été modifié de toutes manières. Ainsi on a substitué au plâlre l'argile, la chaux (Royssac), la terre, en un mot une poudre absorbante (M. Burdel, de Vierzon). D'autre part, le coaltar a élé remplacé parle goudron de houille, le goudron végétal, une huile empyreumalique quelconque. Ces mélanges divers ont donné des résultats variables : ainsi la chaux occasionne de violentes douleurs et ne peut être employée, tandis que l'argile aurait la propriété de ne pas adhérer aux plaies comme le fait le plâlre (MM. Desporles et Chalin). Enfin, MM. Lebœuf et Lemairc ont préconisé l'emploi du coaltar saponiné : c'est une émiilsion de coallar par la teinture de saponine ;
HES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL
Velp^eTu"'' P'" satisfaisants à
On peut rapprocher de l'action du coaltar, du goudron, de l'huile de sciiiste, etc., comme antiputrides, celle des eaux- minérales bitumineuses, comme les eaux de Visos, ou hien encore celle de la vase des rivières, préconisée par M. T. P. Desmartis (de Bordeaux).
^ le charbon pulvérisé est employé depuis fort longtemps comme désinfectant ; il agit surtout comme absorbant, mais a peu d'action sur les surfaces sécrétantes; aussi faut-il le renouveler très- Irequemment pour obtenir une désinfection toujours relative.
Les sachets, la charpie, le papier carbonifère de MM. Malapert et Pichot, ont une action désinfectante assez limitée, cependant on a retiré quelques avantages de leur emploi. Toutes ces préparations carbonifères ont l'inconvénient de noircir les plaies et les appareils de pansement. On a mêlé le charbon avec des substances pulvérulentes destinées à augmenter l'absorption des liquides ; ainsi M. Herpin (de Metz) a mélangé le plâtre au charbon, et, dés 1 845, il s'est servi de cette préparation pour le pansement des plaies.
D'un autre côté, M. Moride, pharmacien à Nantes, a eu l'idée de remplacer le charbon par le coke de Boghead : d'après les expériences de Velpeau, cette substitution n'offrirait aucun avantage, au contraire.
Les propriétés antiseptiques de Vacide carbonique étaient counues depuis longtemps, cependant ce n'est que récemment qu'il a été employé comme désinfectant. M. Herpin, le premier, en a conseillé l'usage, mais l'emploi de ce gaz a été surtout préconisé par MM. Leconte et Demarquay.
Ces observateurs lui ont reconnu une action, cicatrisante et antiseptique, surtout sur les affections de nature carcinomateuse; il agit aussi dans ces circonstances comme anesthésique et calme rapidement les douleurs. Malheureusement l'application de l'acide carbonique nécessite l'usage d'appareils spéciaux, soit pour donner des douches, soit pour le mettre en contact avec la surface des plaies. Nous avons déjà vu (p. 115) que pour remplir cette dernière indication, M. Demarquay emploie des manchons de caoutchouc présentant une ouverture par laquelle on fait arriver le gaz acide carbonique.
Le chlore agit, comme on le sait, d'une façon spéciale sur les matières organiques, il les détruit en les oxydant ; aussi est-il
K4N8EMENTS DÉSlINFliCTAlNTS.
employé très-fréquemment comme antiseptique. Nous eu dirons autant des chlorures basiques, de soude, de potasse et de chaux, usités le plus ordinairement pour la désinfetcion des plaies. Mal-gré les avantages incontestables qu'ils présentent, on leur repproche d'agir surtout en substituant leur odeur à celle du produit sécrété; aussi, pour obtenir des résultats satisfaisants, faut-il renouveler fréquemment les pansements.
Du reste, ces substances excitent les plaies, agissent comme modificateurs, et tendent à faire revenir la sécrétion à son type normal. "'^
La solution alcoolique d'iode a été préconisée comme antiseptique par M. Boinet dès 1 839. Depuis, l'usage de l'iode s'est Généralise, et l'on en a retiré de grands avantages en injections dans les foyers profonds, anfraclueux, où le pus séjourne et se décompose. En outre, l'iode agirait comme un profond modificateur de la surface des foyers purulents; cependant on lui reproche de donner quelquefois lieu à de l'inflammation, et d'avoir une odeur qui n est pas toujours facilement supportée par les malades Des chirurgiens anglais ont utilisé les solutions bromées.
L'iodure de potassium en dissolution a été conseil'lé aussi dans ces derniers temps comme antiputride; son mode d'action doit être rapproche de celuilde l'iode. M. J. Bienfait (de Rheims) l'a emp oye avec succès dans un cas d'empyème consécutif à une scarlatine, et dans un kyste du foie.
Le perchlorure de fer a été utilisé par Deleau comme antiseptique ; ce sel est surtout un caustique, et à ce tiCre il rem ni t assez bien les conditions d'un désinfectant. En 1859 M Sa 1eron , se semt de perchlorure .pour combattre la pourriture
M. Bourgade au Congrès médical international de 1867 (2?
comme un excellent moyen prophylactique à opposer aux coS
pl. ations qui surviennent pendant la cicatrisation des plaie Le pansement se fait avec des plumasseaux impré Jés d'un? lulion de perchlorure de fer à 30 degrés; un gâteau de c\Z e imbibée d'eau recouvre le tout et modère l'action caustiaùë
Ju perchlorure, s'il venait à s'écouler sur les tégumems urnasseaux adhérents aux tissus sous-jacents foment n "vér
table magma, une sorte de pansement par occlusion,^^ n'est
57G DES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL
éliminé que lors de l'apparilion de la suppuration, c'est-à-dire six à huit jours plus lard. On pause ensuite au vin aromatique. Le perchlorure a-t-il réellement une action caustique ainsi que l'admettent MM. Bourgade et Burin-Dubuisson, nous sommes très-portés à le croire, cependant M. Dubreuil (1) conteste cette opinion, et n'aurait jamais pu produire d'eschares à la suite de l'application du perchlorure de fer usité dans les hôpitaux de Paris.
L'emploi du perchlorure a encore un grave inconvénient, c'est que son application est très-douloureuse.
M. Rodet (de Lyon) a préconisé le mélange d'acide citrique et de perchlorure de fer pour panser les chancres; par ce moyen on pourrait empêcher l'action du virus en le détruisant.
Le sel marin, Vazolate de plomb, le chlorate de potasse, la rjhjcérine, ont été conseillés comme désinfectants, mais ils ne sont pas ordinairement employés, au moins exclusivement dans ce but.
M. Fremy a préconisé l'usage du sous-nilrale de bismulh; cette substance agit d'abord comme absorbant mécanique, et en outre se combine avec l'hydrogène sulfuré dégagé par les liquidesseptiques.
Enfin, nous terminerons cet exposé des produits désinfectants par l'étude des pansements faits avec le permanganate de potasse et l'acide phénique. . j
Le iiermanganate de potasse agit en oxydant les matières organiques, aussi les chimistes avaient-ils signalé depuis longtemps déjà ses propriétés antiseptiques. Utilisé d'abord en Angleterre et en Amérique, il a été introduit en France par MM. Castex et Demarquay. Le permanganate s'emploie dissous dans 1 eau, soit pour imbiber les pansements, soit pour faire des injections.
Les solutions sont faites ordinairement au 100"= (Dubreuil), toutefois la quantité de permanganate peut être très-notablcmenl augmentée.
En injections dans le cas d'ozène, le docteur Reclam proposé la solution suivante: eau, 240 grammes; permanganate de potasse, 50 centigrammes. „ . •, j„î
Le permanganate n'irrite pas les plaies, est d un facde emploi, enfin coûte très-peu ; aussi doit-il être préconisé comme desinfectant (2).
(1) Thèse d'agrégation en chirurgie. Paris, 18G9.
(2) Vdvcz le licpcrloire de phannacic, ]\i'Mcl 18G3.
PANSEMENTS DÉSINFECTANTS. 577
Acide phénique ou carboliqite. — Découvert par Range en 1834, bien étudié par Laurent (1 836) cet acide ne fut employé en médecine que beaucoup plus lard, lors qu'on chercha à déterminer l'élément antiseptique par excellence du coailar et des résidus de la distillation de la houille. Les propriétés toxiques de cet agent, ont été mises au jour par les travaux de M. Lemaire, et dès 1859 (1) cet auteur avait reconnu son action énergique sur les organismes animaux et végétaux inférieurs. En tenant compte des recherches si intéressantes de M. Pasteur sur la fermentation, et du rôle important que jouent les molécules vivantes dans la production de ce phénomène, il était tout à fait indiqué d'employer l'acide phénique précisément dans le but d'empêcher ou d'arrêter les modifications que subissent les matières fermentescibles. Et comme les particules organiques (microzymas ou microzoaires) sont généralement regardées aujourd'hui comme une cause fréquente des maladies, on comprend facilement comment l'attention des médecins fut attirée sur les propriétés antiputrides ou antifermentescibles de l'acide carbolique.
Si véritablement l'acide phénique détruit les germes animaux ou végétaux, il devient un précieux agent antiputride n'altérant pas par un mécanisme chimique plus ou moins net les produits infects de la putréfaction, mais agissant en empêchant celle-ci de se produire.
MM. Calvert etLemaire(2) ont prouvé que si le coaltar dont nous avons précédemment parlé a une véritable action antiseptique, il la doit tout entière à la petite quantité d'acide phénique ou de phénate de soude qu'il renferme ; il était donc bien plus logique et bien plus simple de se servir d'une solution d'acide phemquepour obtenir une action antiseptique, c'est ce que proposa M. Lemaire et ce qui fut adopté ultérieurement. Indépendamment de ses propriétés antiputrides, anlizymoUques, suivant 1 expression généralement adoptée en Angleterre, l'acide phénique joue le rôle d un caustique. Sous l'influence d'une solution phéniquee même faible, la peau pâlit, semble se resserrer, on éprouve une sensation désagréable et parfois douloureuse. L'action estelle prolongée, l'épiderme se fendille, s'exfolie, le derme est mis a nu ; il se fait des crevasses, puis une véritable plaie nui en raine fatalement une cicatrice. On conçoit facilement' mie cette action caustique est bien plus énergique et plus rapide
!J! (^"!^"<j' P^^'^mc et de ses applications, etc. Paris, 1863. [^) Ubbe. Arch. gen. de médecine, septembre 1871 (Revue critique).
MMAIN. — l>olilc cliir., 5c Cilil.
DKS l'ANSEMENTS EN GÉNÉRAL.
dans le cas où la solution pliéniquée est plus concentrée où même saturée. Ainsi donc l'acide pliénique est à la fois antiseptique et caustique et nous verrons que cette dernière propriété, nuisible jusqu'à un certain point, a nécessité l'application de couches imperméables à la surface des plaies, dans le but de les protéger contre l'action trop directe de cet agent utilisé presque exclusivement alors comme antizymotique.
Dès 1859, les médecins de Saint-Mary et de Lock Hospital employèrent le carbolate ou pliénate de chaux dans le pansement des plaies ; en France, comme nous l'avons déjà dit, ce ne fut que plus tard après les essais faits sur le coaltar qu'on se décida à utiliser l'acide phénique ; et, parmi les chirurgiens qui en firent l'essai, on peut citer MM. Maisonneuve, A. Richard, Demarquay, Giraldès, etc.
Les rcsultîËs obtenus étaient encourageants, aussi la plupart de ces chirurgiens furent-ils imités par leurs collègues, et le pansement à l'acide phénique, combiné d'ailleurs avec le pansement à l'alcool, ne tarda pas à se généraliser.
Ce pansement à l'alcool phéniqué fut très-largement employé pour le traitement des plaies dans la dernière guerre, et sans partager pour lui l'enthousiasme de certains chirurgiens, nous ne pouvons accepter l'assertion de quelques médecins qui lui refusent toute action sur la marche et sur la guérison des lésions traumatiques (1).
D'abord très-concentrées, les solutions d'acide phénique ont été successivement diluées et employées au 1/1 00'= (Maisonneuve), voire même au 1/1000'' ; et ce sont surtout ces solutions assez étendues qu'on combine avec l'usage des liquides alcooliques déjà signalés (p. 53). D'ailleurs ce pansement est fort simple et se rapproche beaucoup de celui d'Amussat (p. 49). Dans une amputation, les plumasseaux de charpie imbibés de la solution phéniquée sont appliqués, soit sur les parties réunies, soit sur la surface qui doit suppurer ; quelques compresses sont ajoutées aux plumasseaux; enfui le tout, entouré d'un enduit imperméable (taffetas gommé ordinairement) est maintenu par un triangle de Mayor, ou une bande roulée aussi courte que possible.
Tel est le modus /adeiidi généralement adopté, et qui certes n'est pas à l'abri de tout reproche, surtout si on le compare aux modes de pansements préconisés par^M. Lister (deGlascow). Pour
(1) Labbé, loc. cit.
PANSliMElNt DE M, LISTER. 5^9
cet habile chirurgien (1 ) le pansement à l'acide phénique, constitue tout une méthode nécessitant une application rigoureuse, et qu'il s'est efforcé de perfectionner jusque dans ces derniers temps. D'une part^ comme cette méthode qu'il appelle lui-même antisepiique a donné des résultats excellents, non-seulement entre ses mains, mais aussi entre celles de quelques chirurgiens français (L. Labbé), et que, d'autre part, on a voulu la comparer à celle qu'a préconisée M. A. Guérin (pansement à la ouate), on nous permettra d'y insister quelque peu.
Pansement de M. Lister. — Par sa méthode antiseptique, M. Lister se propose : 1" de détruire à l'aide de l'acide phénique les germes qui peuvent venir se déposer sur la solution de continuité pendant et après l'intervention du chirurgien ; 2» d'empôcher l'accès de ces germes, et leur influence sur les liquides sécrétés par la plaie. C'est donc un pansement antiseptique, et, comme nous allons le voir, un pansement par occlusion. Toutefois, M. Lister, ne craint pas l'action de l'air sur les plaies, au même titre que M. J. Guérin ; il veut, comme M. Maisonneuve, éviter la putréfaction des liquides excrétés par les surfaces dénudées, et pour cela il ne (iltre pas l'air comme le fait M. A. Guérin, à l'aide de la ouate, il cherche à entretenir une sorte d'atmosphère phéniquée autour de la plaie et la rend sousphéniquéeCi), comme on l'a dit avec assez d'à-propos.
La première précaution qu'indique M. Lister est de plonger dans une sokilion phéniquée tout ce qui doit être en contact avec la plaie, par conséquent les doigts du chirurgien et de ses aides les mstruments, les sutures, les ligatures mêmes. La solution qu il emploie pour laver les doigts et les instruments a contenu depuis un trentième jusqu'à un centième d'acide phénique Les couteaux ii amputation, la scie, peuvent être imprégnés d'huile phéniquée (un cinquième). Quant aux ligatures formées de fd de soie, elles sont plongées dans une solulion phéniquée assez concentrée, et cela deux heures avant l'opération, puis on les lave dans la solution au centième avant de les employer, afin de ne pas avoir de véritables ligatures caustiques.
Toutes ces précautions ont pour but d'empêcher l'apport à a surface de la plaie d'élémenis organisés nuisibles De plus orsque c'est le chirurgien qui fait la plaie, il lui faut opérer dans I3ne atmosphère antiseptique, atmosphère qu'on obtient par lapul-
(1) Aujourd'hui à Édimljourgh.
(2) Gazette des hôpitaux, 18G7, p. 559.
DES PANSEMENTS EN GÉNÉRAL
vérisalion d'une solution plicniquée au 40^ Dans ce but, M. Lisler a fait construire un pulvérisateur spécial dont l'emploi est toujours embarassant et dispendieux, aussi ses élèves préfèrentils utiliser des appareils analogues à ceux qu'on a adopté pour la pulvérisation de l'élher (appareil Richardson). — Cette atmosphère antiseptique doit être entretenue jusqu'à la fin de l'opération, y compris l'application des sutures, si l'on tente la réunion par première intention.
On comprend que s'il s'agit d'une plaie résultant d'un traumatisme non cbirurgical, on doit laver avec grand soin toute la surface mise à nu, avec la solution phéniquée au trentième ou au centième.
Reste à faire le pansement externe, et supposons qu'on ait pratiqué une amputation. Les lambeaux sont unis avec des fils métalliques ou mieux avec des fils de soie enduits de cire phéniquée ; toutefois on peut placer dans la profondeur de la plaie une sorte de drain formé d'une bande de tint (voyez p. 51) on lissu-charpie, trempée dans l'huile phéniquée. Le pansement externe est fait à l'aide de l'emplâtre phéniqué qu'on étend entre deux linges fins, comme on le ferait pour un cataplasme. Cette couche d'emplâtre, formée d'huile phéniquée et de blanc d'Espagne, doit largement recouvrir et même déborder les parties exposées au contact nuisible de l'air. Un tissu imperméable peut recouvrir le tout.
Ce pansement primitif de M. Lister a été modifié par lui : au mélange de craie et d'huile de lin bouillie contenant un cinquième d'acide phénique, il a substitué deux substances emplasliques d'un usage plus commode. L'une est composée d'emplâtre simple additionné d'acide phénique (I), on l'étalé sur une toile comme le diachylon. L'autre emplâtre était composé de laque en écailles (3 parties, pour 1 partie d'acide carbolique cristallisé). Des plaques très-minces sont faites avec cette pâte, sur une des faces on étend une mince couche de gulla-percha pour empêcher les adhérences de l'emplâtre avec la plaie, sur l'autre on met une feuille de paillon d'étain (2). Ces feuilles phéniquées sont fixées à l'aide des bandelettes emplastiques, qui les maintient appliquées sur la solution de continuité.
Dans quelques cas, on interpose entre la plaie et les emplâtres décrits ci-dessus, une feuille de papier d'étain, qui empêche que
(1) Journal de médecine cl de chirurgie, l. XL. 2* série, p. 7fi.
(2) Idem, p. 76.