‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 153 sur 256 · SUTURE ENTORTILLÉE · texte numérisé non relu

SUTURE ENTORTILLÉE

torsion dans les deux mors de laquelle sont creusées deux rainures qui forment, par l'adossement des mors, une gouttière maintenant solidement l'épingle. Le volume de la pince donne au chirurgien une force assez grande pour faire pénétrer les

Fio. 319. — Sulure entorlillce.

épingles dans les tissus. Celle espèce de pince a reçu le nom de porte-épingle (fig. 320).

Lorsque l'aiguille est introduite, on l'embrasse, en passant au-dessous des extrémités laissées libres de chaque côté des téguments, la partie moyenne d'un fil ciré, qui alors décrit une anse dont la convexité regarde la plaie ; on applique la deuxième aiguille ainsi qu'il a été dit plus haut. On reprend alors le fil, on le fait entrecroiser en avant de la plaie ; on le repasse derrière les doux extrémités de l'aiguille, on l'entrecroise de nouveau et 1 on décrit ainsi des huit de chiffre en nombre suffisant pour fixer solidement l'aiguille. Cela fait, on passe à l'aiguille immédiatement au-dessous, en laissant les fils en avant de manière à for-

RÉUMUN DLS PLAIKS.

mer une espèce d'X. On se comporte pour la troisième aiguille comme pour les précédentes, et l'on continue jusqu'à ce que toutes les aiguilles soient solidement fixées. On arrête l'extrémité du fil par un nœud, ou bien en le roulant et le plaçant sous une des aiguilles.

Les aiguilles qui ont été employées pour faire cette suture sont droites ou courbes, fines ou grosses ; on en a fabriqué avec de

FiG. 320. — Pince à ligature et porle-épiiigle.

l'or, de l'argent, du cuivre, etc. On a imaginé de placer à l'cvtrémité d'une tige métallique une petite pointe en fer de lance, qui servait à introduire cette tige dans la plaie et qui pouvait s'adapter à tous les cylindres métalliques.

Mais on se sert le plus communément d'épingles dont on aiguise la pointe en les frottant sur un corps dur, du grès par exemple. Celles que l'on préfère sont des épingles à insecles, qui sont très-longiu;s, Irès-lines, et qui, en raison de cette der-

SUTURIi A lîANDELETTES.

nière propriété, déchirent beaucoup moins les tissus que les autres.

Les aiguilles doivent être enlevées aux mêmes époques que tout autre point de suture, c'est-à-dire lorsque l'on suppose que la plaie est bien réunie et avant que les tissus soient déchirés. Il faut avoir soin, en les retirant, de fixer solidement les bords de la solution de continuité, sans quoi les tractions pourraient les décoller. On laissera aussi en place les fils durcis par le sang et le pus qui coulent par les piqûres ; ils font l'office d'agglulinatifs et empêchent les décollements consécutifs.

Afin que les parties voisines ne soient pas blessées par la pointe ou par la tête des aiguilles, il est bon de placer au-dessous d'elles une petite compresse ou un petit morceau de diacliylon.

La suture entortillée, telle que nous venons de la décrire, exerce sur toute la plaie une pression uniforme, et les fils ne cèdent point lorsque le gonflement inflammatoire vient à s'emparer des parties molles ; il en résulte que dans certaines circonstances le chirurgien est obligé de retirer prématurément les' épingles, et le succès de l'opération se trouve compromis. Pour obvier à cet inconvénient, on a proposé de fixer les épingles à l'aide d'agents mobiles ou élastiques. Le premier procédé est désigné sous le nom de suliire à bandelelles, le second sous celui de suture élastique.

1° Suture à bandelettes. — Dans cette variété les fils sont remplacés par des bandelettes de diachylon. Celles-ci présentent à leur partie moyenne une fente longitudinale qui commence à 1 centimètre environ de leur extrémité ; il faut deux bandelettes pour chaque point de suture.

On applique celte suture de la manière suivante ;

Les épingles sont placées comme de coutume, mais à une distance plus grande ; on engage une de leur extrémité dans la fente d'une des bandelettes, on passe ensuite l'autre extrémité dans l'autre bout de la même fente. Cette bandelette est appliquée exactement sur la peau, et l'on exerce une traction suffisante pour rapprocher les deux lèvres de la plaie; on conçoit que la traction est principalement exercée sur le côté de la plaie qui répond au point où la bandelette a été engagée dans l'épingle. On place alors une bandelette dans l'autre extrémité de l'épingle et l'on agit de la même manière ; on a donc ainsi deux bandelettes superposées dans une étendue de 2 centimètres environ, libres dans tout le reste de leur longueur, et qui, collées aux téguments

voisins de la suture, peuvent être relâchées ou resserrées trèsfacilement.

2" Suture élastique. — Nous avons peu de chose à dire de celte suture. En effet, elle s'^plique comme la suture entortillée : on a soin alors de passer autour des épingles des fils de caoutchouc au lieu de fils cirés. D'autres fois on prend des bandelettes de caoutchouc au lieu de bandelettes de diachylon, lorsqu'on préfère appliquer la suture à bandelettes ; dans ce dernier cas une seule bandelette de caoutchouc suffit pour appliquer la suture.

g. Suture à plaques latérales. — A côlé de la suture entortillée se place naturellement la suture à plaques latérales.

On prend de petits parallélipipèdes de liège de 1 centimèlre de base sur 5 millimètres environ de hauteur, une épingle est engagée dans un de ces petits corps et passée comme de coutume entre les lèvres de la plaie, un second morceau de liège est engagé dans la pointe. Ces deux corps sont rapprochés jusqu'à ce que les lèvres de la plaie soient affrontées, on recourbe alors les deux extrémités des épingles, afin d'empêcher les deux points d'appui de s'écarter. Cette espèce de suture a l'inconvénient de tenir les bords de la plaie renversés en dehors.

M. le docteur Legros (d'Aubusson) a fait connaître un nouveau mode de suture qu'on peut rapprocher de la suture entortillée. Il consiste à introduire, à une certaine dislance des bords de la plaie, deux épingles d'entomologiste de manière à passer sousl'épiderme et à raser le derme. La sensibilité cutanée est ainsi ménagée, et l'on fait décrire aux épingles une sorte d'arc sous-épidermique. On obtient ainsi deux points d'appui pour un fil ciré double et graissé, dont on fait passer le plein sous les extrémités de l'épingle inférieure ; on croise les chefs au miheu de la plaie, on les ramène sous les exlrémités de l'épingle supérieure. Un nœud simple fait sur la peau entre les extrémités de cette dernière épingle, arrête le fil. ^

D'après l'auteur, cette suture aurait l'avantage d'être peu douloureuse, de ne pas irriter les lèvres de la plaie, de ne pas les déchirer, enfin de pouvoir être serrée et desserrée à volonté, sans toucher à la solution de continuité (1).

(1) Gazelle des hôpilaux, 1803, p. 10^.

SUTURE ENCHEVILLÉE.

h. Sulare enclievillée (fig. 321). — Pour celte suture on passe entre les lèvres de la plaie des fds doubles, el l'on place de chaque côté un petit cylindre solide, une plume, un morceau de bougie, elc, ou bien un petit cylindre d'emplâlre : celte dernière substance a l'avantage de pouvoir prendre la forme des parties. Ensuite on passe un des chefs du Ri en avant, l'autre en arrière de ce cylindre, puis on approche les deux lèvres

l'iG. 321. — Sulurc enclievilléc.

do la plaie el l'on noue les fils sur le cylindre de l'autre côté. Celle suture a l'avantage d'exercer une pression égale sur tous les points qui doivent être en contact, d'être très-solide et de ne pas déchirer les parties. Elle réunit aussi les parties profondes ; mais de cet avantage résulte un inconvénient : elle ne met pas en contact parfait les divisions de la peau qui sont renversées légèrement en dehors ; cependant on peut y remédier en recouvrant la face antérieure de la plaie d'un Td spiral, que l'on fixe de chaque côté aux deux cylindres latéraux. Cette suture est Irès-avanlageuse pour réunir les plaies très-longues et rectilignes.

3" Règles générales des sutures. — 1" La plaie doit être lavée, débarrassée du sang ou de tout autre corps étranger qui s'opposerait à sa réunion.

2° Les lèvres de la plaie seront mises en contact ; les tissus

HÉCNION des i'LAlÈS. '

de môme nature doivent, autant que possible, se correspondre.

3° Les fils ne seront pas assez serrés pour opérer une constriction trop forte sur les tissus, afin que l'infiammation consécutive ne cause pas de symptômes d'étranglement,

4° Les sutures doivent être placées à une profondeur assez grande pour qu'il ne reste pas au-dessous d'elles une cavité dans laquelle je pus ou le sang pourrait s'accumuler.

5° Si l'on supposait que la suppuration dût survenir, il faudrait laisser à la partie la plus déclive un intervalle qui pût permettre au pus de sortir facilement.

6° Le nombre de points de suture sera toujours assez considérable pour que dans leur intervalle les plaies ne puissent s'en- Ir'ouvrir.

7° La distance entre les points de suture variera donc avec la nature des tissus, la profondeur et le décollement de la plaie. < Les sutures seront toutefois placées, pour la même solution dé continuité, à une égale distance les unes des autres.

^ 8° La nature des tissus blessés, la profondeur de la plaie, détermineront la distance qui doit exister entre les lèvres de la plaie et les bords de la suture. C'est ainsi que dans les plaies superficielles elles seront placées de 3 à 5 millimètres, et ne devront jamais, dans les plaies profondes, dépasser 8 à 10 millimètres.

9° En général, on appliquera le premier point de suture à la ' partie moyenne de la plaie ; si cependant celle-ci intéressait le bord libre d'un organe, il faudrait placer le premier point de suture près du bord libre.

10° On ne doit serrer les fils que lorsque tous les points de suture sont appliqués; des aides rapprocheront les bords de la • plaie.

41° 11 faut avoir soin de ne pas blesser des vaisseaux ou des ^ filets nerveux considérables, en traversant les tissus pour appli- , quer des sutures. I

12° On devra autant que possible éviter les fibres muscu- ■ laires dans lesquelles la présence de corps étrangers pourrait déterminer des contractions violentes qui s'opposent à la réunion des plaies. Cependant, dans le bec-de-licvre, les points de suture traversent les parties charnues qui entrent dans la structure des lèvres, et n'y causent pas d'accident.

i" Sulures métalliques. — Les diverses espèces de sutures que nous venons de décrire sont les plus usitées; or on voit qu'à

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