SINAPISME
§ *. — Sinaiiisim»s.
On donne le nom de sinapisme à une espèce de pâte dont la base est la farine de moutarde, supportée sur un linge et appliquée à nu sur la peau,
La farine de moutarde doit sa propriété irritante à une liuile volatile qui se trouve dans les semences du Sinapis nigra. Cette huile se dégage lorsqu'elle est en contact avec un liquide. Mais tous les liquides n'ont pas au même degré la propriété de faire dégager cette huile volatile : aussi est-il important, pour que le sinapisme agisse rapidement, de choisir le liquide qui isolera plus rapidement le principe actif de la farine demoutarde.
L'eau froide est de tous les liquides celui qu'il faut préférer. Trousseau a démontré que l'eau à la température de 75 degrés coagulait l'albumine qui forme une des parties constituantes de l'huile essentielle de la moutarde ; que les acides concentres et les alcalis caustiques jouissaient des mêmes propriétés; que l'eau moins chaude empêchait le dégagement de Ihude volatile; que le sinapisme n'agissait que "quand cette eau était refroidie. Il a encore démontré que le vinaigre dont on se servait, autrefois comme véhicule, quand on fai^'sait des sinapismes, altérait aussi l'huile volatile ; et qu'ainsi préparé le sinapisme agissait bien plus lentement que lorsqu'il était confectionné avec de l'eau froide. On doit donc, pour faire un sinapisme, prendre de la farine de moutarde pure ; toute substance autre que la farine de moutarde gênerait l'action du sinapisme ; la mêler avec de l'eau froide ou de l'eau dont la température ne soit pas au-dessus de 50 degrés, de manière à en taire une pâte assez consistante que l'on étend sur un lino-e comme la pâte destinée à confectionner un cataplasme. On replie les bords du linge sur tous les côtés, afin d'empêcher la pâle de s ttendrc au delà du point sur lequel on veut agir, puis on l'anplique sur la peau, ^ ^ Quelquefois on ajoute aux sinapismes des corps qui par leur jicreie, peuvent augmenter l'action rubéfiante; tels sont : le poivre I ail,la poudre ou la teinture alcoolique de caniharides. Le noivr^ pu vcnsé et la poudre de caniharides sont étendus à la surface du
su S" -'-^-P'"Pe àfroidet mêîé àla s-^-hstance même du sinapisme ; enfin on mêle la canlharide à la mas.e, ou mieux encore, on se borne à la mélanger avecla couche
RUBÉFACTION.
superficielle. On peut encore accroître la force active des sinapismes en les préparant avec la farine dont on a préalablement extrait l'huile fixe douce par expression. Si, au contraire, on veut donner au médicament une moindre énergie, on y parvient en mêlant la farine de moutarde avec des quantités plus ou moins considérables de farine de graine de lin, ou bien on se contente de saupoudrer de farine de moutarde un cataplasme de farine de graine de lin (1 ).
On peut appliquer les sinapismes sur toutes les parties du corps, selon le but que l'on veut atteindre ; toutefois la face est presque la seule partie sur laquelle on ne mette pas de sinapisme.
La durée de temps pendant lequel le sinapisme doit rester appliqué est très-importante à déterminer; car, enlevé trop tôt, il ne produirait presque rien ; laissé trop longtemps, il pourrait amener la vésication. Il faut, en général, laisser le sinapisme d'un quart d'heure à une demi-heure au plus, suivant le degré d'irritation qu'on veut produire et suivant le degré de sensibilité des individus. D'ailleurs on est averti le plus souvent parles malades qui se plaignent de douleurs très-vives aux points où le sinapisme est placé. Chez les individus qui ont perdu connaissance, il faut surveiller ce topique avec soin ; car non-seulement les malades ne sentent point son action, mais encorde sinapisme paraît ne pas avoir agi sensiblement, et ce n'est qu'au bout de quelques jours, lorsquela sensibihté est revenue, que la rougeur et même la vésication et les escharesse manifestent.
MM. Blanc et Trousseau pensent « que jamais on ne doit laisser un sinapisme préparé à l'eau appliqué plus d'une heure, et que, dans le cas môme où le malade ne se plaint pas, il faut l'enlever au bout de ce temps, si toutefois la sensibilité est éteinte ou émoussée (2) ».
Cette règle est sujette à de nombreuses exceptions. Voici I opinion de M. L, Deslandes : «En général, ùî-il, plus la peau est fine, délicate, vivante, plus la sinapisation est facile. Ainsi, l'effet des sinapismes est, toutes choses égales d ailleurs, plus rapide, plus intense, chez les enfants que chez les vieillards, chez les femmes que chez les hommes, sur des membres pleins de ne que lorsqu'ils sont insensibles et glacés, sur les parties fines de la peau que sur celles dont l'épiderme est épais, calleux. Cependant et malgré ces données, on peut ne prévoir que Ires-impar-
(1) Soubclran, Nouveau Irailé do pharmacie, t. h p.
[2) Archives générales de médecine, t. XXIV, p. 7ZI.