‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 166 sur 256 · SINAPISMES · texte numérisé non relu

SINAPISMES

faitenient l'effet qu'aura un sinapisme. 11 ne faudra qu'un quart d'heure chez un sujet pour que la rubéfaction ait lieu, tandis qu'il faudra deux, trois et môme six fois plus de temps chez un autre sujet qui, cependant, paraît être dans des conditions analogues. On ne peut donc prescrire d'une manière absolue le temps que doit durer l'applicalion d'un sinapisme. A quoi donc reconnaître qu'il faut la faire cesser? Ce n'est pas à la rougeur delà peau, car, le plus souvent, ce n'e?t que postérieurement à l'enlèvement du cataplasme que la rubéfaction se montre. Ce ne peut donc. être qu'à la douleur, à l'irritation locale qu'il cause; aussi ai-je l'habitude de dire : « Vous retirerez les sinapisme s » quand le malade les aura suffisamment sentis. » Cependant, j'en conviens, cette indication est extrêmement vague : le sinapisme, suivant la manière de sentir du malade et celle déjuger des assistants, sera retiré ou trop tôt ou trop tard, et l'on sera exposé à voir l'elfet aller au delà ou rester en deçà de celui qu'on voulait obtenir. Mais les inconvénients sont plus à craindre encore lorsqu'on prescrit d'une manière absolue la durée de l'application. Mieux vaut donc encore s'en rapporter à la sensation du malade pour la limiter (1). »

Lorsqu'on a retiré le sinapisme, il faut laver la place où on l'a appliqué avec de l'eau tiède et l'essuyer avec un linge sec ; i-i l'irritation était trop vive, on pourrait couvrir la partie malade d'un linge enduit de cérat, ou avec une carde d'ouate.

Il arrive quelquefois que les douleurs qui suivent l'application du sinapisme sont extrêmement opiniâtres ; on a conseillé pour les calmer l'clher sulfurique, versé goutte à goutte sur le point douloureux. On a recommandé encore des onctions avec un mélange à parties égales d'eau de chaux et d'huile d'amandes douces, ou avec un mélange composé d'onguent populéum, 30 grammes, et de 6 décigrammes d'extrait de belladone, de stramoine ou de jusquiame. Enfin, on peut appliquer un cataplasme de farine de graine de lin, préparé avec une décoction de 8 grammes de feuilles de belladone, de jusquiame ou de stramoine par litre d'eau.

Lorsqu'on ne veut produire qu'une rubéfaction très-légère, on se contente d'appliquer des cataplasmes saupoudrés de farine de moutarde. On peut laisser ces cataplasmes sinapisés beaucoup plus longtemps que les sinapismes; il faut néanmoins les sur-

{\) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, en 15 vol. l. AlV, p, 626, '

IJUnÉFAGTlON,

veiller. Si l'on voulait que l'action du sinapisme fût plus lente, on pourrait le préparer avec du vinaigre.

Dans le cas où l'on veut déterminer une irritation prolongée, on promène des sinapismes ; c'est principalement aux membres inférieurs que l'on détermine cette action. Pour user de celte médication, il ne faut laisser les sinapismes appliqués que pendant dix ou quinze minutes au plus. Cet espace de temps est nécessaire pour produire une rubéfaction légère et suffisante, car une rubéfaction trop violente et en même temps trop étendue pourrait causer des accidents.

Lorsqu'on veut, au contraire, obtenir une action très-énergique et très-rapide, on peut remplacer le sinapisme par la solution révulsive de moutarde de M. Fauré (de Bordeaux). Elle consiste en un mélange de 12 parties en poids d'huile volatile de moutarde, et de 250 parties d'alcool à 25 degrés. On applique cette liqueur avec un morceau de flanelle fine ou de linge fin, que l'on peut humecter à plusieurs reprises. Après deux ou trois minutes l'eiïet est produit. Cette liqueur excite sur la peau une vive irrilation ; toutefois, en réglant convenablement l'application de ce moyen^ on peut obtenir à volonté, soit la rubéfaction simple de la peau, soit le soulèvement de l'épiderme et la formation d'une ampoule.

Tout récemment enfin la farine de moutarde a été disposée en couches plus ou moins minces à la surface d'un papier épais, si bien que, pour appliquer un.de ces sinapismes, il suffit d'humecter la surface active avec de l'eau fi'oide ou tiède. Ce sont là les sinapismes Rigollot dont l'usage est très-répandu aujourd'hui.

Beaucoup d'autres substances irritantes peuvent être employées comme rubéfiants : l'ail pilé, la poix de Bourgogne, la pommade d'Autenrieth, l'huile de croton, par exemple; mais la farine de moutarde est d'un usage beaucoup plus facile,

Les bains de pieds, les manuluves, soit sinapisés, soit préparés avec de l'eau chargée de potasse, de soude, d'ammoniaque, d'acides minéraux, peuvent encore servir comme rubéfiants ; il en a déjà été quest'on.

L'eau chaude appliquée pendant un temps assez court, le feu à distance, peuvent encore déterminer la rubéfaction. Mais ces moyens sont peu employés ; nous y reviendrons, du reste, en parlant de la cautérisation.

Les sinapismes sont conseillés dans le cas où l'on veut établir une excitation générale : mais le plus ordinairement c'est comme moyen révulsif ou dérivatif ^qu'on s'en sert. Le premier mode d'agir leur est commun avec tous les topiques excitants ; le

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