‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 171 sur 256 · VÉSICATOIRES PERMANENTS · texte numérisé non relu

VÉSICATOIRES PERMANENTS

Il arrive quelquefois que le vésicaloire ne suppure pas ou suppure mal au bout d'un certain temps; cela tient, ou à ce que la pommade n'est pas assez irritante, ou à ce qu'elle l'est trop. Dans le premier cas, on peut facilement y porter remèJe en augmentant l'énergie de la pommade ; dans le second, on peut la rendre moins forte en y ajoutant un peu de cérat ou d'axonge. Mais lorsque le vésicatoire est trop irrité, il se couvre d'une couche blanche pseudo-membraneuse, que l'on enlève bien facilement en plaçant sur le vésicatoire de petits cataplasmes de fécule de pommes de terre ou de farine de riz.

Lorsque ces pseudo-membranes sont peu épaisses, on peut les enlever en passant une lame mince entre le derme et la fausse membrane; il s'écoule un peu de sang, ce qui procure un dégagement avantageux.

Quand il existe des fongosités molles, décolorées, il faut les réprimer avec le nitrate d'argent. Mais il peut arriver que ces fongosités se développent avec une telle rapidité, que la cautéri- Falion ne soit plus suffisante ; on doit alors les exciser avec des ciseaux courbes sur le plat. Il arrive même, quand on ne fait pas attention, que la cicatrisation a lieu par dessus ces fongosités, et que la cicatrice présente des tumeurs pédicellées qui la rendent difforme. Ce n'est que sur de vieux vésicatoires que cet accident peut se rencontrer.

Si le vésicatoire était trop douloureux, il faudrait incorporer de l'opium à la pommade ; si la surface était pâle, on l'exciterait légèrement avec du quinquina ; enfin s'il se formait des eschares gangréneuses, on emploierait le charbon, le citron, etc.; en un mot, on le traiterait comme une plaie gangrenée.

Lorsque la suppuration est trop abondante ou trop fétide, on renouvelle plus souvent les pansements; on pourrait dans le second cas incorporer à la pommade une certaine quantité de charbon porphyrisé. Si la surface du vésicatoire est saignante et douloureuse, on calmera l'irritation avec les cataplasmes émollients.

L'exhalation sanguine se produit-elle sans douleurs, on pourra toucher la surface de la plaie avec un crayon de nitrate d'argent, ou la couvrir avec une poudre astringente de ratanhia ou de quinquina.

Souvent, enfin, les ganglions lymphatiques, auxquels vont se rendre les vaisseaux irrités par la présence du vésicaloire, se tuméfient; il suffit de diminuer l'excitation du vésicatoire et d'appliquer des cataplasmes émollients sur la tumeur f^an^lionnaire. ° °

Des accidents du côté des voies urinaires peuvent être causés

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par la pommade dans laquelle seraient incorporées des cantharides ; on lui substituerait alors de la pommade au garou ou à la Sabine.

Il faut éviter que la partie sur laquelle se trouve appliqué un vésicatoire exécute des mouvements trop violents. De plus, elle doit être garantie contre les chocs à l'aide d'un bandage à plaque. Enfin, quand on prendra un bain, on y plongera la partie couverte des pièces de pansement, et l'appareil sera changé en sortant de l'eau.

Lorsque le vésicatoire permanent a suppuré pendant assez longtemps, le derme se trouve profondément altéré à sa surface et à une profondeur plus ou moins grande : il en résulte après la cicatrisation des traces ineifaça'bles, analogues à celles que produisent les brûlures aux 3^ et 4'^ degrés.

§ 3> — Vcf^icatoircs appliqué»^ à la médiodo ondci'iuiqiic.

On applique souvent sur les téguments de petits vésicaloires pour dénuder la surface du derme, afin de faire absorber par la peau des substances médicamenteuses.

Les moyens d'établir les vésicaloires destinés à absorber ne diffèrent pas de ceux que nous avons indiqués dans les deux paragraphes précédents ; cependant M. Lambert, à qui l'on doit d'avoir généralisé et fait un corps de doctrine de cette méthode si souvent en usage de nos jours, repousse les vésicatoires faits avec l'eau bouillante. L'action de cet agent, dit-il, est incertaine; de plus, l'eau bouillante mortifie le plus souvent la surface du derme, de sorte qu'il ne peut plus absorber. 11 conseille, afin d'épargner la douleur de la vésication, d'entourer les vcsicanls de cataplasmes émollients.

Lorsque, après avoir enlevé l'emplâtre vésicant, on trouve une phlyctène intacte, on peut faire une incision de l'épiderme à la partie la plus déclive de la phlyctène, et glisser le médicament par celte petite ouverture : tel est certainement le meilleur moyen ,de faire absorber les médicaments, . car l'action de l'air sur le derme dénudé n'a en aucune façon modifié sa faculté d'absorber. Lorsque l'on ne peut user de ce procédé, on se contente d'enlever l'épiderme, et de placer sur le derme la substance destinée à être absorbée.

La présence du corps étranger sur le derme mis à nu détermine une irritation qui se manifeste par la formation d'une pellicule plus ou moins épaisse ; celle-ci se reproduit à chaque panse-

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meut, jusqu'à ce que la suppuration soit définitivement établie. Cette fausse membrane doit être enlevée chaque jour. Des concrétions couenneuses se manifestent môme après l'établissement de la suppuration ; dans quelques circonstances on est oblio-é, pour les faire disparaître, de faire usage de l'eau chlorurée. " ^ On a remarqué que l'absorption était moins active lorsque l'inflammation était très-violente; de plus, lorsqu'un exutoire existe depuis longtemps, qu'il est couvert de bourgeons charnus, de fongosités, il absorbe peu : aussi conseillons-nous de le remplacer.

Le siège de l'exuloire n'est pas indifférent : ainsi on a remarqué que l'action du médicament absorbé était d'autant plus énergique que le vésicatoire était plus rapproché du point malade. M. Lambert a observé que l'absorption était plus active à la parlie interne qu'à la partie externe des membres ; qu'elle s'exerçait mieux le son- que la nuit, dans les temps humides que dans les temps secs, en été qu'en hiver.

L'étendue du vésicatoire présente aussi une grande importance ; elle doit être proportionnée à la quantité de substance que 1 on veut administrer. M. Bailly pense qu'on retirera plus d avantages de l'application des médicaments sur un grand nombre de petites surfaces, que de celle qui aurait lieu sur un exutoire umque qui les égaierait toutes en étendue.

Le médicament sera appliqué de préférence sur les points les mieux dénudés : on choisira ia substance qui jouit de propriétés actives à petites doses: s'il est possible, celle-ci sera réduite en poudre impalpable. Si le topique est trop irritant, il sera mélan^ré a de la gélatine ou à de l'axonge. Les liquides seront versés lentement et goutte à goutte, les corps résineux seront étalés comme des emplâtres. La dose des médicaments sera <^raduellement élevée, lorsque l'affection pour laquelle ils auront°été administres le nécessitera.

On peut aussi appliquer sur le derme dénudé des papiers dits médicamenteux. On les prépare en imbibant une certaine étendue de papier non collé avec une quantité connue du principe actit dissous, soit dans l'eau, soit dans l'alcool, etc

On conçoit que divisant cette feuille de papier en carrésé-^aux on peut doser exactement la quantité de médicament contenue dans chaque carré, et, par cela même appliquer facilement à la nï.iv.? ^«-^s'catoircs de très-petites doses de substances

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Les papiers médicamenteux ont été tout d'abord préparés avec 1 atropme, non pour appliquer sur le derme dénudé, mais pour

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VÉSICATOIRES

introduire sous les paupières, afin d'obtenir la dilatation de la pupille. C'est un pharmacien anglais qui, le premier, eut cette idée; depuis leur emploi a été généralisé et on les a proposés pour l'inlroduclion des matières actives par la mé hode endermique.

Nous ne pouvons nous arrêter à décrire l'action des médicaments administrés par la méthode endermique, nous signalerons quelques observations faites par M. Lambert. L'extrait de scille, la strychnine et l'émétique sont les médicaments qui entretiennent le mieux la suppuration des surfaces ; la quinine, la morphine, l'extrait de jusquiame occupent le second rang. Parmi les substances qui ont une action dessiccative, nous pouvons noter le protochlorure de mercure et l'acétate de plomb. « Il est k remarquer que la propriété qu'a tel ou tel médicament de faire suppurer ou dessécher une surface ne paraît pas en raison directe de l'irritation qu'il produit, car les principes qui nous ont paru les plus douloureux au contact sont l'extrait de jusquiame, l'extrait de belladone, le protochlorure de mercure et l'iode. Ces deux dernières substances ont produit la mortification des points sur lesquels elles avaient reposé (1). n

La dose d'extrait de belladone que l'on peut mettre sur la surface du vésicatoire ne doit pas dépasser 60 centigrammes, et il convient de commencer par une quantité moindre, autrement on voit survenir du délire et quelques-uns des accidents propres à l'intoxication par les solanées.

« Il est une chose dont on doit prévenir les praticiens : c'est que l'application de l'extrait de belladone sur le derme dénudé cause de Irès-vives douleurs. Pour y obvier, nous avons l'habitude d'enduire d'extrait un morceau de toile fine que nous appliquons du côté où nous n'avons pas mis d'extrait. Nous recouvrons le tout d'un morceau de sparadrap agglulinatif : l'extrait se dissout ainsi peu à peu et ne cause pas de douleur (2). !)

L'application des médicaments sur la surface dénudée du derme détermine deux effets bien tranchés, une action topique immédiate et une action consécutive à l'absorption. Le premier, généralement irritant, consiste ordinairement en un prurit ou une sensation de brûlure qu'accompagnent la rougeur et l'injection des parties dénudées. Le second se manifeste dix minutes,

(1) l.ambcrt, Essai sur la méthode endermique, p. 18.

(2) Trousseau et l'iiloux, Traité de thérapeutique et de matière médicale, t. It, p. 69, 2" édition.

CAUTÉRISATION

une, deux, trois heures après les applications ; il s'annonce, en général, par un sentiment de chaleur qui se répand delà partie dénudée vers la cavité splanchniqne la plus voisine et qui de là se propage dans toute l'économie en suivant le trajet des principaux troncs vasculaires et nerveux (I).

Dans les cas où des accidents se déclarent à la suite de l'application des médicaments, la première indication est de lever le pansement, de laver la surface de l'exutoire ; on peut ensuite le couvrir d'une substance qui neutralise le poison ou en suspende les effets. M. Barry propose d'appliquer une ventouse sur la surface absorbante; M. Bouillaud a démontré que la compression --lî l'exutoire pouvait être efficace.

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