‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 18 sur 256 · APPAREIL A INCUBATION · texte numérisé non relu

APPAREIL A INCUBATION

renouveler l'eau qu'elles contiennent. Cependant nous devons faire une recommandation; lorsqu'on se sert d'une bouteille de .^rès remplie d'eau chaude, la bouteille doit être hermétiquement fermée avec un bouchon de liège qui ne doit jamais dépasser l'extrémité du goulot; car, dans le cas contraire, les malades pourraient ébranler le bouchon, le faire sortir, et l'eau s'écoulerait dans le lit.

On emploie encore les fomentations sèches quand on veut maintenir une partie à une température élevée, dans le rhumatisme, dans le pansement des amputations par la chaleur, par exemple. Nous allons donner quelques détails sur ce dernier genre de pansement.

6° Appareil à incubation.

Un mode de pansement qui se rapproche beaucoup des fomentations sèches est le pansement par la chaleur, à l'aide de l'appareil à incubation de Jules Guyot.

Frappé des observations faites par quelques chirurgiens qui ont remarqué que les plaies guérissaient beaucoup plus rapidement dans les pays chauds que dans les pays tempérés ou froids, M. Jules Guyot a songé à construire un appareil dans l'intérieur duquel il fût possible de placer la partie blessée, et dans lequel on pût échauffer l'air jusqu'à une température de 36 degrés centigrades environ.

Cet appareil se compose essentiellement d'une boîte dont la forme et les dimensions ont dû être modifiées, suivant les parties du corps où on l'appliquait. Nous décrirons ici l'appareil incubateur employé pour le membre inférieur.

Il se compose d'une boîte en forme de parallélipipède, longue de 33 centimètres, haute de 33 centimètres, large de 28 centimètres au moins ; elle doit être construite en bois très-sec et très-vieux, et ses diverses parties doivent être assemblées avec force et de façon à n'être pas tourmentées par la chaleur. Les parois latérales sont de bois plein ; la paroi inférieure est double, c'est-à-dire formée de deux planchers. C'est dans l'intervalle de ces deux planchers que l'air chaud arrive par une ouverture ou cheminée placée sur une des parties latérales de la boîte ; l'air chaud pénètre dans la caisse par deux rainures pratiquées dans le plancher supérieur. Au pourtour des extrémités de la boîte sont clouées deux sarraus de toile de coton, longs de 40 à 45 centimètres, Ces sarraus se resserrent à leur- extrémité libre au

DES MÉDICAMENTS TOPIQUES

moyen de fronces formées par un cordon parcourant circulaire, ment une coulisse qui les borde. "rcuiaire-

La paroi supérieure est fermée par une porte vitrée, afm de permettre de voir dans l'appareil, sans déranger les par ie ma!

Ï^I'm, 1 "^rl'^^'"' '''^ la'chemin'ée. Sur un

des côtés de la boîte est pratiqué un trou garni d'une gouttière de cuivre dans laquelle on place un thermomètre, que l'on eut consulter a chaque instant en le retirant de la gouttière

"^'"^ planchers de la boîte, sur une des parties laléra es, est 1 ouverture de la cheminée ; au-dessus de la cheminée est un crochet qui empêche les draps et les couvertures de recevoir trop de chaleur.

L'appareil est échauffé à l'aide d'une petite lampe à espritde-vin ; une nieche de six fds de coton (coton à mèches) fournit nne flamme plus que suffisante pour entretenir à 36 degrés un espace d'un pied cube. ^

Le membre est placé dans cet appareil de telle sorte que le poids du corps soit porté vers la boîte. Cette disposition est nécessaire pour la cuisse, parce que le moignon étant trés-court et ayant toujours de la tendance à se relever, le moindre glissement du malade vers la tête du lit ferait sortir le moignon de 1 appareil. ^

La toile qui forme les sarraus n'a pas besoin d'être d'un tissu tres-serré; les fronces des sarraus ne doivent pas non plus étreindre les membres • la chaleur peut s'échapper par quelques ouvertures renfermées dans le lit sans le moindre inconvénient, puisqu'un tirage opéré lentement est au contraire nécessaire (1).

M. J. Guyot publie dans son mémoire cinquante-huit observations de plaies, de tumeurs blanches, de rhumatismes, fractures, etc., traités par l'appareil à incubation, avec des résultats très-divers. Voici ce qu'en disait M. le professeur Richet (2) en 4 847 : '

« Ayant consulté M. Robert, qui a longtemps employé l'appareil de M. Guyot et qui l'emploie encore..., j'ai appris avec étonnement que depuis longtemps déjà il ne poussait plus la température au delà de 28 à 30 degrés centigrades, parce que l'expérience clinique, sur laquelle se fondait cependant aussi

(1) Jules Guyot, De l'emploi de la chaleur dans le traitement des plaies, des ulcères, etc., 18/12. 1 vol. in-8 avec 18 figures.

(2) Richet, De Vemploi du froid et de la chaleur dans le traitement des afl'ections chirurgicales, thèse pour l'agrégation. Paris, 1847.

LINFMENTS ET EMBROCATIONS.

M. Guyot, lui avait appris qu'en dépassant ce degré on s'exposait à des accidents sérieux.

j. D'autre part, M. Guyot, lorsqu'il s'agit de plaies récentes, applique son appareil tout de suite. M. Robert a reconnu que cette pratique avait des inconvénients, et il attend douze heures et même plus avant d'y avoir recours... J'ajouterai, comme complément, que l'emploi de l'appareil incubateur n'exclut pas les pansements ordinaires : le membre repose sur un double fond coussiné, et l'on peut le couvrir, s'il en est besoin, d'un cataplasme ou de tout autre topique. »

L'appareil de M. Guyot, accueilli d'abord avec une grande faveur, est presque entièrement abandonné aujourd'hui : aussi n'insisterons-nous pas plus longtemps sur son emploi.

7° Linitnents et embrocalions.

Les liniments sont composés d'un véhicule, qui est l'huile, et d'une partie active, variable, telle que le camphre, l'ammoniaque, le savon, le laudanum, l'extrait de belladone, de jusquiame, le phosphore, elc. D'autres fois les liniments ne sont composés que d'huile, telle que l'huile d'amandes douces, l'huile d'olive, de lis. Enfm, dans quelques-uns, il n'entre point d'huile : tels sont les liniments composés d'onguent d'allhéa, de camphre et de laudanum , ou bien formés par la dissolution de camphre ou d'ammoniaque dans qn jaune d'œuf.

Les liniments s'appliquent en onctions ou en frictions sur la parlie malade , au moyen d*un morceau de toile^ de flanelle, ou d'une brosse ad hoc. Il est bon de laisser tou,te la partie frictionnée recouverte par le linge imprégné de Uquide.

Les embrocalions ne sont autre chose que des liniments étendus sur une plus grande surface. Les liquides qui servent aux embrocations sont absolument les mêmes que ceux qui servent aux liniments.

Lorsque les liniments sont simplement étalés sur la peau , ils prennent le nom à.' onctions; lorsque l'onction est accompagnée de frottement, on l'appelle friction.

Les autres médicaments employés en onctions et en frictions ont été signalés en décrivant les pommades et les onguents.

DES MÉDICAMENTS TOPIQUES

1" Collutoires.

On donne le nom de collutoires à des médicamenls destinés aux maladies de la bouche et du pharynx.

Ils sonl portés sur les parties malades à l'aide de pinceaux de charpie, de linge, d'épongés, etc. Le plus souvent on les emploie a l'état hquide, quelquefois à l'état mou : telle est, par exemple, la pâte de Bretonneau, faite avec de la poudre d'alun. Plus rarement, enfin, ils sont prescrits à l'état pulvérulent : l'alun, le borate de soude, par exemple.

Les collutoires à l'état liquide sont appliquésfroids.

On donne ce nom à toutes les préparations destinées à entretenir la propreté des dents.

Les dentifrices sont très-nombreux. Les uns sont à l'état liquide, tels que l'eau de menthe, l'eaurde-vie de gaïac, les diverses teintures étendues d'eau ; d'autres sont pulvérulents, tels que la poudre de charbon, de quinquina, de corail, de carbonate de magnésie, l'os dorsal de sèche pulvérisé , etc. Ces poudres agissent mécaniquement. Quelques dentifrices, tels que la crème de tartre, sont acides et agissent chimiquement. Si on laisse des substances acides en contact trop longtemps avec l'émail des dents, celui-ci peut être altéré, surtout lorsqu'une parcelle de poudre acide reste entre une dent et la gencive. Aussi ne saurait-on trop recommander de se rincer la bouche aveî soin, surtout après l'emploi des dentifrices acides; on peut même employer alors une solution alcaline.

Pour faciliter la toilette de la bouche, on se sert de petites brosses dites brosses à dents. Quelles sont les meilleures, les brosses molles ou les brosses dures? Les brosses dures paraissent avoir l'avantage de stimuler les gencives frappées d'atonie.

2° Dentifrices.

TOPKjUliS LIQUIDES.

3" Gargarisnies.

Les gargarisnies sont des liquides simples ou médicamenteux, dont on se sert soit pour laver la bouche et le pharynx, soit pour agir sur la muqueuse de ces cavités.

Quand on veut se gargariser, on prend dans sa bouche une petite quantité de liquide, et l'on renverse la tête en arrière; la base de la langue, venant s'appliquer contre la paroi postérieure du pharynx, empêche le liquide d'être avalé; puis on chasse lentement l'air qu'une longue inspiration avait accumulé dans les poumons. Cette expiration imprime de légèressecoussesau liquide et détermine un bruit particulier de glouglou. De cette manière, l'isthme du gosier et la partie moyenne du pharynx se trouvent humectés par le liquide du gargarisme. Gomme il est impossible de faire une inspiration pendant qu'on se gargarise, on ne peut prolonger longtemps cet exercice; d'ailleurs, les muscles, étant dans un état de contraction permanente , ne tarderaient pas à se fatiguer considérablement.

Le gargarisme se compose en général de ISO grammes de liquide; le malade doit se gargariser de six à huit fois par jour, selon les indications.

On peut donner aux gargarismes toutes les propriétés médicamenteuses que l'on désire : ainsi, ils peuvent être éraollients, astringents, excitants, narcotiques, antisypliilitiques, etc.

Dans les inflammations des piliers du voile du palais, des tonsilles, on prescrit souvent des gargarismes; mais il faut faire attention que la conlraclion musculaire exigée par l'emploi de ces médicaments cause souvent aux malades des douleurs trèsvives : aussi vaut-il mieux ne pas les ordonner, l'avantage qu'on pourrait en retirer ne compensant pas la douleur qu'ils produisent. Il est bien préférable de conseiller au malade d'accumuler dans sa bouche une certaine quantité de liquide émollient , d'eau de guimauve par exemple , de laisser ce liquide baigner les parties enflammées , et de le rejeter lorsque le besoin de respirer se fait sentir. On a ainsi un bain local qui ofl're tous les avantages du gargarisme sans en avoir les inconvénients.

Le gargarisme est aussi exceptionnellement employé pour laver les narines. Pour en faire usage dans ce but, on renifle fortement le liquide, qui traverse les fosses nasales et passe par leur partie postérieure; ou bien on peut, en se gargarisant,

JAMAIN. 5

DliS MÉDICAMENTS TOPIQUES.

faire passer le liquide de la parlie poslérieiirc vers la nai tirantérieure des cavités nasales.

D'après M. Guinier (1), le liquide des gargarismes pourrait pénétrer non-seulement dans la bouche et le pharynx, mais arriver aussi jusqu'à la partie sus-gloltique du larynx : d'où l'indication d'utiliser les gargarismes dans les affections de cet organe. Toutefois, celte pénétration du liquide nécessiterait un certam exercice, d'ailleurs assez facile. 11 faut, dit-il, relever légèrement la tête, ouvrir modérément la bouche, avancer la mâchoire inférieure en élevant le menton, se mettre en position d'émettre ou chercher à émettre réellement le son de la double voyelle œ, enfin régler sa respiration de manière à n'effectuer qu'une lente expiration.

Grâce à ces diverses précautions, le voile du palais est relevé, la base de la langue s'éloigne de la paroi postérieure du pharynx^ et celui-ci, dilaté, permet au liquide de s'introduire jusque dans la cavité sus-gloltique du larynx.

C'est à l'aide du laryngoscope que l'auteur aurait pu étudier avec soin les divers temps de ce mode d'emploi des gargarismes.

4° Errliins.

^ On désigne sous ce nom les poudres irritantes que l'on fait pénétrer dans les fosses nasales pour exciter la membrane pituitaire et provoquer l'éternument. Telles sont les poudres d'euphorbe, de muguet, d'asarum, etc. Les crrhins sont introduits par les malades eux-mêmes absolument comme le tabac à priser, qui d'ailleurs est un errhin quelquefois conseillé comme médicament.

On peut encore se servir d'appareils insufflaleurs (voy, page 76).

'5° Collyres*

Les Collyres sont les substances médicamenteuses spécialement employées pour le traitement des maladies des yeux ; ne sont pas comprises dans cette définition toutes les substances qui peuvent être appliquées sur les yeux et sur les diverses parties du corps.

Les côllyres sont d'un fréquent usage, et, sagement administrés, ils ont une grande utilité dans les maladies des yeux.

(1) Étude du gargaiisnie laryngien. Paris et Montpellier, ISG8.

COLLYilES.

Is deviennent dangereux, au contraire, lorsqu'ils sont ordonnés nteinpestivement et lorsqu'ils sont mal administres, car ils .euvent augmenter l'irritation et aggraver l'affection contre lamelle on les emploie, ou bien déterminer des ulcérations qui le se guérissent qu'en laissant à leur place des taies qu il est mpossible de faire disparaître.

L'administration des collyres ne doit donc être coniiee qu a bne personne intelligente ; de plus, ces médicaments doivent être réquemment renouvelés, car il ne faut jamais se servir d'un

îoUyre altéré. ,

Les collyres sont tantôt instillés dans 1 œil , tantôt utilisés 3n lotions pour décoller et laver les bords des paupières , pour Faciliter l'écoulement du pus , dont le contact prolongé avec la liornée pourrait déterminer des accidents; enfin, ils servent encore à donner à l'œil des bains locaux dans un petit vase de forme particulière appelé œillère. Il est évident que, dans ces deux derniers cas , il pénètre toujours quelques gouttes de

collyre dans l'œil.

Les collyres sont employés à l'état pulvérulent, à l'état liquide,

à l'état de gaz ou de vapeurs.

A. Collyres pulvérulents. — Les collyres pulvérulents, ou collyres secs, sont en général des sels ou des oxydes métalliques, du sucre candi en poudre, etc.; on les introduit par insufflation entre les paupières. Pour cela, on place, soit dans la gouttière que fait une carte pliée en deux, soit dans un tuyau de plume ou dans tout autre tube, la portion de collyre qu'on veut projeter sur la conjonctive ou sur la cornée. On écarte avec les deux doigts de la main gauche les paupières de l'œil malade, puis, le tube étant tenu de la main droite sur les bords des lèvres, on fait passer la poudre entre les paupières écartées en soufllant légèrement. Si l'on soufllait trop fort, une partie du collyre, celle que l'humidité de la conjonctive ne maintiendrait pas, serait chassée hors des paupières.

M. Gariel a imaginé, pour insuffler les poudres médicamenteuses sur les organes que leur profondeur ou leur position ne permet d'atteindre qu'imparfaitement, un petit instrument qu'il nomme pyxide.

Il y a deux espèces de pyxides.

La première est constituée par une petite vessie de caoutchouc vulcanisé, fixée sur un tube flexible de gomme élastique, et dont la moitié libre doit être repliée dans la moitié fixée sur le tube. On place la poudre dans le godet que présente la vessie ainsi

l^liS MÉDICAMENTS TUI'fQUES.

repliée, et Ton approche l insln.menl à un pouce environ de 1 organe qu on veut atteindre. En soufflant alors par l'extrémité du tube de gomme élastique, on gonfle la petite%essie , et a poudre se trouve projetée avec énergie sur la partie malade La seconde {pijxide à réservoir d'air, fia. 46) diffère dp I;,

opposée a la pyxidc, au lieu d'éire libre, reçoit une autre

FlG. 40. — PyxiJo do M. Gulio'.

petite vessie semblable à la première, mais qui ne doit pas être repliée. Avant de la fixer en place, on la distend avec de l'air. La pression exercée sur cette petite vessie remplace l'insufflation pulmonaire, et suffit pour projeter la poudre à une distance assrz grande.

On peut substituer aux pyxides l'insufflateur inventé par M. Morand, de Pithiviers. Cet appareil (fig. 47), construit par M. Mathieu, se compose : d'une poire de caoutchouc servant de soufflet et de réservoir pour les poudres à insuffler; 2» d'une série de canules de grandeur et de forme variées, qu'on adapte au col du réservoir précédent.

Quand on veut se servir de l'appareil, on introduit la poudrt3 dans la poire de caoutchouc, dont on relire le bouchon B, et l'on fixe une canule convenable à son col. Par des pressions brusques et répétées sur le réservoir de caoutchouc, l'air qu'il contient se mêle aux substances pulvérulentes, et le mélange d'air et de poudre est projeté au dehors en passant par la canule de l'appareil.

Les deux demi-anneaux A, A, servent à maintenir l'instrument entre l'index et le médius, tandis que le pouce exerce des pressions saccadées sur le fond de la poire en caoutchouc.

Les collyres pulvérulents causent une douleur plus ou moins vive, augmentent la sécrétion des larmes, et déterminent une injection plus forte de la conjonctive. Il est évident que tous les collyres secs n'agissent point de la môme manière; mais l'étude de leurs indications entraînerait de trop longs détails, qui^ du reste, sortent du cadre que je me suis tracé. En général, les col- Ivres secs sont rangés parmi les collyres irritants.

B. Collyres liquides. — Les collyres liquides sont d'un usage

COLLYRES

plus fréquent que les précédents; ils sont tièdes ou froids, suivant les indications. Lorsqu'ils sont employés dans le but de

Fm. 47. — Insudlaleur de M. Morand.

donner une sorte de bain local, on les administre le plus souvent à l'aide dî l'œillère; cependant on peut aussi faire usage de

I^ES MÉDICAMENTS TOIMQUES.

quelques appareils spéciaux, en particulier de celui de Mar. goiilliès, déjà mentionné à propos des irrigations.

Dans d'autres circonstances, on place sur l'œil malade une ou plusieurs compresses imbibées de liquide médicamenteux^ et ^ il faut avoir le soin de changer ces compresses, dès qu'elles sont souillées de pus ou de mucus. Dans ces dernières années, ces applications de collyres en lotions sur les paupières ont été très -fréquemment ordonnées ; on suit en cela les préceptes de A. de Grœfe, qui a surtout préconisé le fréquent emploi de lotions avec de l'eau chaude (40° au plus) simple ou contenant une légère infusion excitante, comme du thé, de la camomille, etc. Nous avons observé un assez grand nombre de fois l'excellence de cette thérapeutique, surtout dans le traitement des kérafo-conjonctivites d'origine strumeuse.

Le plus souvent enfin les collyres doivent être instillés entre les paupières, soit pour agir à la surface de la conjonctive et de la cornée , soit pour être absorbés et provoquer la dilatation ou la contraction de l'iris. Dans ce dernier cas, leur emploi doit être surveillé en ce sens que l'absorption du médicament a donné quelquefois lieu à des phénomènes d'intoxication , surtout chez les enfants.

Pour instiller un collyre, le malade étant couché ou assis, on lui renverse la tête en arrière, on écarte les paupières eu se servant de la main gauche, et l'on fait tomber quelques gouttes du collyre sur la surface du globe de l'œil, le pouce de la main droite étant appliqué sur l'ouverture de la fiole qui contient le médicament, et empêchant ainsi le liquide de s'écouler en grande quantité.

Plusieurs modifications peuvent être apportées à cette manière de faire. Tout d'abord, lorsqu'il est difficile d'ouvrir l'œil ma- j lade , comme cela s'observe chez les enfants , on peut déposer ' quelques gouttes du collyre vers le grand angle de l'ceil, et maintenant la tête renversée pendant quelque temps, il pénètre toujours un peu de liquide entre les paupières. Celte manière de faire s'applique surtout au cas où le collyre n'est pas destiné à agir localement , mais bien à être absorbé par la conjonctive (collyres à l'atropine).

Au lieu de verser directement le collyre en tenant le goulot de la bouteille oblitéré avec le pouce , on peut se servir d'un tuyau de plume ou même d'un chalumeau de paille. On plonge le tuyau dans le collyre, et on bouche son extrémité hbre avec le doigt ; la colonne de liquide est ainsi maintenue par la pression atmosphérique. Tout se passe alors comme précédemment :

COLLYRES

au moment où l'œil du malade est ouvert, on débouche brusquement le tube en enlevant son doigt, et le liquide tombe dans la cavité conjonctivale.

Enfin, on peut se servir d'un certain nombre d'appareils dits comple-goulles. Le plus simple de tous, et en même temps le plus commode, consiste en un tube de verre effilé à l'une de ses extrémités et entouré ou, pour mieux dire, prolongé à son extrémité

Fir.. 48. — Compte-gouttes.

opposée par un tube de caoutchouc fermé' On comprime le tube de caoutchouc entre deux doigts pour expulserim peu d'air de l'appareil , puis on plonge l'extrémité effilée du tube de verre dans le collyre, en ayant soin de cesser aussitôt la compression du tube de caoutchouc. Le calibre de ce dernier revenant à son état normal , il se fait un vide , et le liquide monte dans l'appareil.

Veut-on maintenant instiller quelques gouttes de collyre entre les paupières, il suffit, après les avoir écartées à l'aide de la main gauche, de presser quelque peu sur le tube de caoutchouc, comme le représente la figure ci-contre (fig. 48).

DES MIÏOICAMENTS TOPIQUES.

L appareil représenté fig. 49 est un peu plus complique, mais son mode d emploi est le môme. Le tube de verre nui sert de bouchon au flacon renfermantle collyre est évasé en un enlonnoir dont le pavillon est recouvert d'une mince membrane de caoutchouc. En appliquant le doigt sur celte membrane on

FiG. 49." — Cimple-gouUes.

la déprime,'on"chasse quelque peu d'air, et, dès qu'on cesse la pression, cet air est remplacé par le liquide contenu dans le flacon. Il suffît donc de renouveler cette pression pour faire sortir le collyre du tube de verre, et, en agissant avec prudence, CD peut compter les gouttes qu'on instille entre les paupières.

On aura soin, dans les prescriptions de collyre, d'éviter d'associer le laudanum ou l'opium aux sels de plomb ou d'ar-

COLLYRES

genl; car ii se formerait un méconate insoluble de plomb ou d'argent. Quand le collyre est agité avant les instillations, le méconate mis en suspension est mis en contact avec l'œil , et , s'il existe une ulcération de la cornée , il se fixe dans cette membrane. Ainsi se sont formés de toutes pièces un grand nombre de nuages, de prétendus albugos que l'on aurait pu prévenir. Quant aux collyres de sulfate de cadmium, de cuivre ou de zinc, le laudanum peut ne pas en être exclu.

Dans quelques cas, lorsqu'on ne veut introduire dans l'œil qu'une très-petite quantité de liquide , ou bien lorsqu'on ne veut exercer d'action que sur une partie déterminée du globe oculaire, on trempe dans le liquide un petit pinceau de charpie, que l'on va porter sur la partie en écartant les paupières. Le laudanum , le nitrate d'argent en solution plus ou moins concentrée , peuvent être employés de cette manière ; mais le plus souvent on touche très-légèrement le point malade avec l'extrémité d'un crayon de nitrate, taillé comme un crayon ordinaire.

Puisqu'il est ici question de nitrate d'argent, je crois qu'il est bon de dire quelques mots sur la manière de tailler un crayon de nitrate d'argent. On peut employer un instrument tranchant et agir comme on le ferait pour un crayon à dessin ; mais alors on fait sauter des parcelles de nitrale d'argent , qui , en tombant sur les mains, les noircissent; de plus, on risque souvent de casser le crayon. Le meilleur moyen, pour parvenir au but que l'on veut atteindre, exige à la vérité un temps assez long, mais il est beaucoup plus sûr : il consiste à frotter le crayon sur une compresse mouillée, jusqu'à ce qu'il ait la forme qu'on veut lui donner. Il faut se servir d'une compresse pliée en plusieurs doubles, car le nitrale d'argent, en fondant, traverserait la compresse et pourrait tacher les doigts.

Il ne faut pas oublier d'essuyer son crayon de nitrate d'argent toutes les fois qu'il aura été en conlact avec un liquide , car l'humidité pourrait le faire fondre.

Dans ces derniers temps, au lieu d'employer des crayons formés de nitrate d'argent pur, on s'est servi de crayons mitigés (de Barrai), conslitués par un mélange d'azotate d'argent et d'azotate de poiasse. Le mélange varie fatalement, selon que l'action caustique du nitrate d'argent doit être plus ou moins affaiblie.

C. Collyres en vapeur. — Ces collyres, moins souvent employés que les précédents, consistent en des vapeurs de différente

82 DES MÉDICAMENTS TOPIQUES

naiure que l'on dirige sur l'œil malade. (Voyez Douches de va. peur.)

6° Injections.

Vinjeclion a pour but d'introduire à l'aide d'une seringue ou d'un appareil analogue, un liquide dans une cavité naturelle ou accidentelle. Le nom de lavement est réservé aux injections faites par l'anus. On donne encore le nom d'injection au liquide que l'on injecte.

Les substances qui peuvent servir d'injections sont extrêmement nombreuses. Le plus souvent on emploie l'eau pure ou chargée de principes médicamenteux, émollienis, narcotiques, excitants, irritants, etc., selon le but qu'on se propose.

Les injections d'eau simple tiède servent, soit à distendre les parties, soit à les laver. On s'en sert aussi pour faire pénétrer des fils dans un trajet fistuleux, de manière à établir un sélon , qui n'aurait pu l'être qu'avec de grandes difficultés par le procédé ordinaire, à cause des sinuosités de la fistule.

Ces injections simples sont encore fréquemment en usage pour laver les plaies dont le pus s'écoule difficilement et croupit dans des clapiers. Lorsque le pus a contracté une odeur fétide, on pratique des injections antiputrides ; on ^iovAe alors au liquide une substance antiseptique, comme le chlorure de chaux, l'alcool, l'acide phénique, le permanganate de potasse; substance qui irrite légèrement la plaie, lui fait sécréter un pus de meilleure nature et enlève à la suppuration son odeur infecte. Les injections de teinture d'iode peuvent être aussi conseillées.

La quantité de liquide employée dans les injections varie nécessairement avec les indications.

L'eau froide, utilisée en injections, est légèrement astringente, on s'en sert avec succès dans les écoulements chroniques du canal de l'urèthre; mais on y ajoute le plus souvent un médicament astringent, tel que le sulfate de zinc, le tannin, le cachou, l'azotate d'argent.

Nous allons examiner successivement les différents organes dans lesquels on fait des injections.

Les injections des conduits lacrymaux doivent être faites avec une seringue particulière, dite seringue d'Anel (fig. 50) : c'est une petite seringue qui contient 1 8 grammes environ de liquide, et dont la canule droite ou courbe A,B, est terminée par un

INJECTIONS

tube presque capillaire. Pour faire ces injections, on introduit l'extrémité de la canule dans un des points lacrymaux, et l'on pousse doucement le liquide. Ces injections demandent beaucoup de soin et un peu d'habitude.

Fi(î. 50. — Seringue d'Anel.

J. Cliarrière a présenté à l'Académie de médecine (6 août 1861) une seringue d'Anel modifiée. Celte petite seringue, dont le corps de pompe est de verre, olfre une face aplatie et graduée, sur laquelle glisse un écrou curseur. De celte façon on peut mesurer exactement la quantité de liquide injecté. Une canule courbée à angle droit, et terminée par un tube capillaire, complète l'appareil au moins pour les injections dans les conduits lacrymaux. On peut remplacer cette canule par une autre terminée par un trocart, pour faire des injections sous-culanées.

Enfin, M. Fano a fait construire par MM. Robert et Collin un appareil pour les injections en général, et qui lui sert pour les

r)ES MIÎDinAMKNTS TOPIQUES.

conduits lacrymaux (flg. M). Il se compose d'un« pompe foulante, d un réservoir et d'un tube flexible de caoutchouc qui porte a son extrémité soit une canule ordinaire, soit un tube capillairè courbé a angle droit pour introduire dans les points lacrymaux un peut ainsi injecter une quantité assez considérable de liquide sans être obligé de changer d'appareil

FiG 5t. — Appareil de M. Fniio.

Les injections enlre les paupières et l'œil sont très-simples et se font au moyen d'une seringue à siphon un peu conique.

Pour les injections de l'oreille, on se sert d'une seringue dont le siphon est terminé en olive percée d'un seul trou à son sommet.

Les injections dans la caisse du tympan exigent l'introduction préalable, dans la trompe d'EustacIie, d'une sonde d'argent légèrement recourbée à son sommet, le siphon de la seringue est introduit dans la sonde, et l'on pousse doucement le liquide. Il est bon il'ajouter que le plus souvent les injections que l'on pratique ainsi sont des injections d'air, et qu'au lieu d'une seringue

INJECTIONS

,a emploie une poire de caoutchouc, terminée par une canule 'adnpfant au pavillon de la sonde introduite dans la trompe, lard a modifié un peu cet appareil en y ajoutant un robinet qui , pour but de s'opposer à l'issue des vapeurs d ether dont il lailait û-rand usage pour traiter les maladies de la caisse (lig. 5ij.

F(G, 52. — IiisiifArtlcui'- (VItard.

Les injections dans le canal de Vurèlhre se font au moyen d'une seringue qui contient environ 30 grammes de liquide; le siphon de la" seringue est légèrement conique. On introduit le siphon tout entier dans le canal, puis, avec les doigts d'une main, on le maintient en place en appliquant les parois de l'urèlhre au-dessus de la canule, l'aulre main tient la seringue et presse sur le piston. 1/injection ainsi poussée doit être gardée pendant une ou deux minutes, ce qu'on obtient en appliquant la pulpe d'un doigt sur le méat urinaire; il est bon de renouveler l'injection deux ou trois fois par séance, surtout si elle n'est pas très-active. Ces injections ne pénètrent presque jamais dans la vessie ; si cependant on le craignait, il faudrait appliquer le périnée sur un corps dur, l'angle d'une chaise par exemple, ou bien y faire placer le doigt d'un aide, qui comprimerait fortement l'urèthre. Quand on emploie des médicaments qui peuvent attaquer la seringue, le nitrate d'argent par exemple, il faut se servir d'un instrument en verre.

l^ES MÉDICAMKNTS TOPIQUES.

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Il est quelquefois nécessaire de faire arriver le liauide n Sff rdSr f"' membraneuse de l'u Jhre ;

hn„t 5! 1 ^ ™^at. Pour cela, il faut que le

bout de la canule dépasse le bulbe et entre dans la région mem braneuse ; el e doit donc arriver au delà de lepe on formé lumen du bulbe avec la portion membraneuse : car, autrement e liquide reviendrait entre la sonde et les parois de l'uX^^ ans avoir atteint les parties malades. M. Phdlips conseil d' ^ troduire dans le canal une sonde à courbure fixe, terminée en olive et percée d un trou central. L'injection pou sée dans ces alern?' f''^"" membraneuse, ne peut revenir U|!

ralement, les parois du canal étant distendues par la pression

der'niéi?'' 'PP''^"^«^ '''''

S'il est nécessaire de faire porter l'injection sur toute la longueur du canal, après être entré dans la portion membraneuse et y avoir poussé une certaine quantité de liquide, on ramène olive en avant du bulbe, en retirant la sonde vers soi et en continuant a pousser le piston de la seringue. De cette façon l'injection, étant projetée contre le bulbe et ne pouvant pas aller au delà, revient par le méat urinaire en passant entre la sonde et les parois du canal (1).

Dans certaines circonstances el particulièrement dans la bleniiorrhagie, les injections urélhrales doivent être faites d'arrière en avant, surtout lorsqu'elles ont pour but de faire avorter l'infiammation. M. Langlebert (2) a inventé, dans ce but, une seringue a jet. récurrent, dont l'usage offre de réels avantages. Le corps de pompe et le piston sont en corne, et la canule en ivoire ; cette dernière se termine par un renflement en cul-de-sac offrant vers sa base, c'est-à-dire du côté de la seringue, deux oritices. Le liquide, lancé dans la canule, s'arrête au niveau du cul-de-sac qui la termine, et sort d'arrière en avant par les petits orifices mentionnés plus haut. II en résulte donc un jet rétrograde el dirigé vers le méat urinaire.

(1) Supplément au Dictionnaire des dictionnaires de médecine, p. 839. Paris, 1851. — Maladies des voies «matVw, par M. Phillips, i 860, 1 vol. in-8, fig.

(2) Traité théor, ot prat, des mal, vénériennes, Paris, 186â, p, 65,

INJECTIONS

Pour faire des injections dans le vagin, on se sert d'une seringue pouvant contenir 100 grammes environ de liquide, avant un siphon terminé en olive et percé d'un grand nombre de petits trous, comme un arrosoir. Ces seringues doivent être de verre si l'injection contient du nitrate d'argent.

Le siphon est droit quand l'injection est faite par une autre personne que la malade ; recourbé à angle droit, lorsqu elle est faite par la malade elle-même. . , „

La malade couchée sur son lit, le bassm plus eleve que 1 epioastre on faitd'abord une ou deux injections pour laver le vagm et le col utérin ; celles-ci doivent être rejetées immédiatement. L'injection qui doit agir par ses propriétés médicamenteuses doit être au contraire conservée pendant quelque temps, et, afin de prolonger le contact du liquide avec les parois vaginales, la malade devra rester couchée, le bassin élevé de telle sorte que le fond du vagin soit dans une position déclive.

Dans beaucoup de cas, les injections vaginales sont faites a l'aide d'un simple irrigateur , ce sont surtout des injections émoUientes, narcotiques ou astringentes.

Les injections clans la vessie exigent l'introduction préalable d'une sonde comme dans le cathétérisme (voy. Caihétérisme du canal de l'iirèihre chez l'homme et chez la femme). On adapte le siphon de la seringue à l'extrémité libre de la sonde, et l'on pousse l'injection.

Les injections faites dans la vessie ont pour but de distendre cet organe, d'agir sur sa muqueuse, de nettoyer sa cavité : dans ce dernier cas, il est indiqué de se servir d'une sonde à double courant, comme celle de M. Jules Gloquet, par exemple. Si l'on veut que le liquide séjourne pendant quelque temps dans la cavité vésicale, il ne faut en injecter qu'une quantité insuffisante pour la distendre, et retirer la sonde; si, au contraire, on veut faire sortir le liquide immédiatement, on n'a qu'à laisser la sonde à demeure dans l'urèthre.

Les injections dans la matrice se font également au moyen d'une sonde que l'on introduit dans la cavité utérine, en la glissant sur le doigt indicateur placé sur le col près de son orifice. Elles ont été très-employées dans ces derniers temps, après les accouchements, soit comme excitantes, soit comme hémostatiques, soit enfin pour déterger la cavité utérine (1).

(1) Fontaine, Études sur les injections utérines, thèse de Paris,

^8 MEDICAMENTS TOPIQUIiS.

Qiimmx inieclionsdans les vaisseaux sams on variqueux elle?

Enfin, on pratique souvent des injections dans les cavités naturel es ou accidentelles, afin d'en irriter les parois et d' en déterminer 1 adhérence, dans l'hydrocèle, par eîemp e nous n avons pas a nous en occuper ici.

7° Lavements.

Les lavements ïie sont autre chose que des injections que l'on fait dans 1 intestin par l'anus; on leur donne encore le nom de clysleres. Lorsque les liquides sont introduits dans le rectum jusqu a une certaine hauteur, on leur adonné le nom de douches a ascendantes ; nous y reviendrons en décrivant les douches é

On donne les lavements avec des seringues d'une capacité^ variable depuis 500 jusqu'à 123 grammes. Le lavement de 500 grammes est un lavement entier; celui de 250 grammes est un demi-laveraent; celui de 125 grammes est un quart d^ Javement.

Quelques auteurs les divisent en lavements simples, lavements médicamenteux, enfin lavements nutritifs, selon leur composition et le but qu'on s'efforce d'atteindre par leur administration.

Pour solliciter simplement les garderobes, il faut donner un lavement entier; ce sont en général des lavements émollienfs ou laxatifs.

Toutefois cette règle n'est pas absolue, et dans bien des cas de constipation il est préférable d'administrer un quart ou un demilavement froid, qui fait contracter l'intestin avec rapidité.

Les demi-lavemenis sont surtout indiqués dans l'administration des lavements médicamenteux; dans quelques-uns, ce sont encore des lavements émollients ou purgatifs, mais plus actifs; d^autres fois, on prescrit cette sorte de lavement avec de l'eau d'amidon additionnée de quelques gouttes de laudanum, pour arrêter la diarrhée.

Si les liquides introduits dans le rectum doivent être absorbés, on donne un quart de lavement; l'intestin n'étant pas distendu, le malade peut le garder, et de cette manière le liquide passe dans l'économie aussi facilement que s'il était ingéré dans l'estomac. Ce sont ces lavements qui sont chargés i de principes médicamenteux actifs, tels que le laudanum, le camphre, le musc, le quinquina, etc. Enfin, on prescrit encore.

LAVEMliNTS. .

sous la forme de quarts de lavement, des lavements nulrilij^ toutes les fois qu'une altération organique de l'œsophage ou de l'estomac empêche les aliments de pénétrer dans le tube digestif par sa partie supérieure. 11 est bien certain que cette espèce d'alimentation est loin de produire les mêmes résultats que quand les aliments sont introduits par la bouche ; mais néanmoins il faut en user toutes les fois que l'alimentation est impossible d'une autre manière, car, si l'on ne nourrit pas suffisamment le malade, du moins on l'empêche de mourir rapidement d'inanition.

Il est à remarquer que certaines substances administrées en lavement, et parmi elles l'opium, sont portées plus directement et même plus rapidement dans le torrent circulatoire, que lorsqu'elles sont administrées par la bouche.

La canule des seringues à lavements est conique, droite, ou recourbée à angle droit. Quand les malades veulent se donner des lavements eux-mêmes, le siphon est très-long, et présente deux courbures. La première branche, celle qui s'adapte à la seringue, est courte; la seconde, plus longue, est horizontale et présente à sa face inférieure et dans toute son étendue un support assez large pour maintenir l'instrument dans la même position. La troisième branche, celle qui doit être introduite dans le rectum est conique, et d'une longueur égale à la première.

Outre les seringues, on se sert d'instruments appelés clysoint, clyso-pompes. Ces appareils, inventés de nos jours, remplacent avantageusement les seringues; ils se composent d'une pompe foulante, d'un réservoir et d'un siphon flexible terminé à son sommet par une petite canule d'ivoire : avec cet instrument les malades peuvent facilement se donner eux-mêmes toute espèce de lavements ou se faire toute espèce d'injections. Virrigaleur Eguisiet- est certainement un des meilleurs instruments de ce genre (fig. 53).

La manière de donner les lavements est assez simple ; toutefois elle nécessite quelques précautions importantes, puisqu'il est arrivé plusieurs fois que des malades ont succombé à la suite d'accidents tenant à ce que les lavements avaient été mal administrés.

Pour donner convenablement un lavement, le malade doit être couché sur le côté droit, le bassin un peu plus élevé que le tronc, le corps plié légèrement en arc, afin de relâcher les muscles abdominaux. La canule, dirigée un peu en avant comme pour aller du périnée à l'ombilic, doit être introduite dans l'étendue de 2 à 3 centimètres environ; puis on porte la canule légè-

^0 llt-S MÉDICAMENTS TOPIQUES. ^

rement en arrière, car le rectum suit la courbure du sacrum et se dirige en arriére au-dessus du sphincter, et l'on pénètre ainsi jusqu a 6 a 7 centimètres. Nous allons voir qu'il faut quelquefois aller [.lus lom, mais, dans ce cas, on se sert de canules flexibles Lorsque la canule n'a pas été conduite au delà des sphincters

FiG. 53. — Irrigaleur Eguisier.

son bec venant arc-bouter contre les parois de la vessie ou du vagin, le liquide, au lieu de pénétrer dans le rectum, sort à mesure qu'il est chassé de la seringue. Si la canule de la seringue arc-boute de manière à ne pas laisser sortir le liquide de l'instrument, et qu'on veuille pousser la seringue pour vaincre cette résistance, si surtout on ne la pousse pas dans la direction qui a été indiquée plus haut, la canule peut déchirer les parois

BAINS

de l'intestin, le péritoine, les parois du vagin. Le liquide du lavement pénètre dans les parties molles du bassin, et il survient soit une péritonite rapidement mortelle, soit un phlegmon du bassin qui ne guérit que très-rarement, et après une suppuration interminable.

La canule étant introduite convenablement, on pousse doucement le piston de la seringue, en recommandant au malade de ne point faire de grands efforts d'expiration, de ne point tousser, ni éternuer ; le liquide traverse tout le gros intestin, et arrive jusqu'à la valvule iléo-caecale.

11 arrive quelquefois qu'il est impossible de faire pénétrer un lavement dans le gros intestin, soit parce que le rectum, trop irritable, repousse le liquide à mesure qu'il sort de la seringue, soit parce que des matières stercorales endurcies, ou des tumeurs bémorrhoïdales volumineuses, empêchent le liquide de passer. Dans ce cas, il faut extraire les matières fécales, ou introduire profondément dans les parties supérieures du rectum une canule flexible de gomme élastique, à laquelle on adapte le siphon de la seringue ou l'extrémité du conduit de l'irrigaleur. Enfin, il peut exister des dégénérescences du gros intestin ; il faut alors introduire aussi profondément que possible une sonde flexible, et l'on donne le lavement en adaptant l'irrigateur (fig. 53) ou le siphon de la seringue au pavillon de la sonde.

Dans quelques cas, et surtout chez les enfants, les lavements administrés en trop grande abondance ne sont pas rendus ; ce phénomène tient à ce que l'intestin, fortement distendu, perd sa conlractililé ; il faut alors introduire une sonde dans le rectum, afin que le liquide contenu dans l'intestin s'écoule facilement au dehors.

§ to. — nains.

On donne le nom de bain à l'immersion plus ou moins prolongée du corps tout entier ou d'une de ses parties, dans un milieu liquide, soHde ou gazeux (1).

Une première question doit être posée dans l'élude des bains, à savoir, si le liquide mis en contact avec la surface des téguments est absorbé et agit sur l'économie précisément par suite de cette absorption. Or, celte question, du ressort de la physiologie pure, ne peut être disculée ici, et nous renverrons le lecteur soit

(1) E. 0. Henry.

l>KS MI'DICAMENIS TOPIQUIib.

aux traités classiques .le physiologie (Béclard, Longel), soit aux articles des dictionnaires et en parliculier à celui de M Oré (1 ) Pour cet auteur, comme pour la plupart des expérimentateurs 1 absorption cutanée de l'eau est douteuse, celle des médicaments qu elle contient est parfois nulle, de sorte que les bains agiraient surtout par leur action extérieure, et non par suite de l'absorption des principes neutres ou actifs qu'ils peuvent renfermer

Parmi les liquides les plus souvent utilisés pour les bains, il faut citer l'eau soit simple, soit minérale, soit médicamenteuse.

La vapeur d'eau, quelques gaz ont été aussi utilisés pour 1 administration des bains, et surtout des bains localisés (2). Enfin, autrefois surtout, on utilisait des bains secs, tels que les bains de sable, de son, etc.

Les bains sont distingués en bains généraux et en bains locaux : dans les premiers on plonge le corps en entier, dans les seconds on n'en plonge qu'une partie.

1" Bains généraux. — Les bains généraux sont divisés en bains simples et en bains médicamenteux.

Les bains simples sont froids, frais ou chauds.

Les bains froids sont ceux dont la température est au-dessous de 18 degrés centigrades; ils sont peu employés. En effet, ils refroidissent trop fortement les parties plongées dans !e bain, refoulent le sang vers le centre circulatoire, et peuvent déterminer des congestions graves. Cependant ils sont indiqués dans quelques circonstances : ainsi on peut plonger dans l'eau froide un membre congelé, et le rappeler à la vie en chauffant peu à peu le liquide ; dans ce cas, en effet, un changement trop brusque de température pourrait causer des accidents fâcheux. En pareille circonstance, ce qu'il y a de mieuv, ce sont les bains de neige que l'on fait fondre lentement.

Les bains froids, à la température de 1 8 à 20 degrés, sont utilisés quelquefois comme toniques et excitants. Dans quelques affections cérébrales, dans certaines formes d'aliénation, on emploie l'eau, à la même température, sous forme d'affusion sur la tête, le corps étant plongé dans un bain à une température plus élevée.

Les bains frais, à une température de 20 à 25 degrés centi-

(1) Oré, Nouveau Diclionn. de méd. et chir. pratiques, t. IV, p. i 1 1 .

(2) Voyez plus loin, p. 108 et suivantes, l'étude des Topiques employés à l'état de gaz ou de vapeur.

grades, sont souvent indiqués, surtout au point de vue hygiénique; il vaut mieux les prendre dans une eau courante. Ces jDains sont encore utilisés comme toniques et fortifiants. I ., Les bains chauds sont ceux que l'on emploie le plus souvent en thérapeutique ; on les prescrit simples ou chargés de principes médicanienleux. Ces bains émollients et relâchants assouplissent la peau, en dilatent les pores, favorisent la sécrétion sudorale, et calment l'état nerveux; ils agissent en un mot comme anliphlogistiques et calmants.

Les bains médicamenleux sont très-nombreux; outre les eaux minérales, qui en fournissent un grand nombre d'espèces, il y icn a beaucoup que l'on prépare artificiellement. Ce sont les bains |de son, de gélatine, si fréquemment employés dans les alTections aiguës de la peau ; les bains sulfureux et alcalins, que l'on conseille aussi dans les affections cutanées chroniques; les bains mercuriels, recommandés dans les affections syphilitiques de la peau. Je n'entrerai pas dans tous les détails que comporte ce sujet, cela m'entraînerait trop loin.

Les appareils destinés à prendre des bains généraux ont été appelés baignoires; connus de tous, nous n'avons qu'à les mentionner ; toutefois, il est une espèce de baignoire sur laquelle nous appelons vivement l'attention; c'est la baignoire dite à cylindre. L'eau du bain y est échauffée sur place à l'aide d'un cylindre dans lequel on fait brûler du charbon de bois. Or, on a eu à déplorer des accidents graves avec un semblable appareil. Le dégagement d'acide carbonique et d'oxyde de carbone résultant de la combustion du charbon, détermine rapidement un état de malaise, et peut asphyxier le malade plongé dans le bain, et à l'asphyxie par le charbon se joint trop souvent l'asphyxie par submersion. Nous proscrivons donc d'une manière absolue la baignoire à cylindre, nous la proscrivons même lorsqu'une personne surveille celle qui prend le bain; car, nous l'avons dit, la combustion du charbon provoque un malaise que l'on doit toujours éviter.

Nous devons signaler encore, mais alors pour le louer, l'appareil inventé par Aladamc Julienne pour donner des bains aux enfants. Nous en emprunterons la description et l'appréciation au rapport de M. Bouvier {Acad. de Méd.),

« L'invention de Madame Julienne a pour but de fixer dans le baia les malades et surtout les enfants trop jeunes ou trop indociles pour s'y tenir d'eux-mêmes.

9i DES MÉDICAMENTS TOPlgUKS.

» A cet eirot, une pièce métallique recourbée s'accroche sur le bord de la baignoire, où elle est fixée par des vis. Celte pièce porte un arc également métallique qui se trouve derrière l'enfant. Une ceinture qui entoure celui-ci est retenue par des coulants dans la concavité de cet arc. Au besoin, les épaules sont assujetties par deux bretelles attachées à la ceinture comme Ir scapulaire de nos bandages de corps. On peut fixer sur les extrémités de l'arc métallique une tablette placée devant l'enfant, ou d autres objets propres à le distraire.

» On voit que, par cette disposition, le sujet, la baignoire et 1 appareil forment un tout inséparable. L'enfant indocile, l'enfant craintif, se sentent retenus par une puissance fixe, qui en impose au premier et qui rassure le second. Nous avons vu l'emploi de ce moyen calmer promptement une agitation difficile à vaincre lorsqu'on se contentait de tenir l'enfant avec les mains. » Cet appareil est très-utile dans les hôpitaux d'enfants.

2° Bains locaux. — Les bains locaux sont d'un usage trèsfréquent en thérapeutique : ce sont des bains de pieds ou i)édiluves, des bains de mains ou manuluves, des bains de siège, enfin quelques autres moins importants et d'un usage moins général.

A. Pédiluves. — Les pédiiuves sont conseillés comme dérivatifs : dans ce cas, on les emploie à une température telle que le malade ne puisse y porter le pied sans ressentir un peu de douleur ; souvent même on augmente l'activité des bains de pieds en y ajoutant une substance irritante soluble, par exemple du carbonate dé potasse ou de soude, du savon, du sel marin, du vinaigre. L'irritation que cause le bain de pieds doit être assez intense pour rougir fortement la peau et délerminer le gonflement des veines saphènes. Le bain de pieds révulsif doit durer de dix à vingt minutes ; au delà de ce temps il devient inutile^ tout l'effet qu'il doit faire étant produit.

Pour prendre un bain de pieds, on se sert d'un seau ordinaire, ou d'un récipient spécial, dans lequel on verse de l'eau en assez grande quantité pour que les deux pieds plongent au moins jusqu'au dessus des malléoles ; il vaut même mieux qu'il y ait assez d'eau pour que le liquide arrive jusqu'au milieu du mollet.

On ajoute .souvent aux bains de pieds simples de la farine de moutarde, qui irrite la peau, et détermine une dérivalion asser énergique ; mais il faut, dans ce cas, employer de l'eau porter à une température peu élevée. Comme nous le verrons en décrivant les sinapismes, la trop grande chaleur décompose la farint*

ËAINS.

de moutarde et neutralise son principe aclil'; cette remarque, à laquelle on doit faire attention, explique pourquoi, dans un bain de pieds trop chaud, la farine n'agirait plus.

On donne encore des bains de pieds simples avant la saignée du pied ; dans cette circonstance, le bain doit être à la tempé- I rature de 40 à 45 degrés centigrades, c'est-à-dire moins chaud que lorsqu'il s'agit d'un bain simple purement révulsif. Enfin, lorsqu'on donne un bain de pieds émoUient, comme dans les inflammations locales, la température du liquide doit être encore abaissée ; de plus, l'immersion dans le bain doit être très- prolongée.

B. Manuluves. — Les manuluves sont également employés comme dérivatifs et comme antiphlogistiques. Tandis que les

: manuluves sont conseillés comme dérivatifs, principalement dans ! les maladies de la poitrine ou du cœur, les pédiluves sont plutôt conseillés dans les affections de la tête et de la gorge. Les manuluves se donnent exactement de la même manière que les pédi- I luves : simples, composés ou sinapisés.

Les bains de mains antiphlogistiques sont très-fréquemment employés dans les affections chirurgicales des doigts ou delamain.

C. Bains de siège. — Les bains de siège sont souvent conseillés dans les inflammations des organes contenus dans le bassin, dans la cystite, l'urélhrite ; dans les inflammations de l'utérus et de ses annexes ; pour rappeler les menstrues arrêtées, etc. La température de ces bains est celle que nous avons indiquée pour les bains chauds généraux ; ils sont presque toujours simples, rarement chargés de principes médicamenteux : encore ceux-ci ne sont-ils que des principes émollienls.

Pour donner un bain de siège, on se sert d'un baquet ordinaire, ou bien d'une espèce de baignoire faite exprès, à laquelle on a donné le nom de bain de siège ; on y verse de l'eau à la température voulue. On fait asseoir le malade dans la baignoire ; le corps est presque entièrement hors de l'eau ; les jambes sont pondantes hors de la baignoire. 11 faut, comme dans les bains de pieds, envelopper complètement le malade et la baignoire pour qu'il n'y ait pas de refroidissement.

D. — On appelle demi-bains des bains dans lesquels les extrémités inférievu-es et le tronc jusqu'à l'ombilic sont seulement plongés dans l'eau. Ces bains sont peu eu usage.

Enfin, il y a d'autres bains locaux qui sont prescrits suivant les

oc

DKS MliblCAMIiNrt) TOl'lQUliS,

(livciaes circonslauccs : tels sont les bains de bras et de l'avantbras dans les phlegmons de ces organes, les bains de verge dans les blennorrhagies; tous ces bains remplacent d'une manière avantageuse les fomentations.

E, Appareils de Maijor. — Les bains locaux ont été plus particulièrement préconisés dans les affections chirurgicales, soit comme antiphlogistiques, soit dans le but de remplacer les irrigations lièdes et continues.

Mayor de Lausanne (1) lit construire des appareils destines précisément à donner des bains partiels, surtout aux membres. Ces appareils ne sont autres que de grands tubes métalliques en forme de manchon, offrant à leurs deux extrémités une toile de caoutchouc, qu'on maintient serrée autour du membre dont une partie est ainsi plongée dans le liquide renfermé dans le manchon métallique. Malgré les avantages de cette méthode, la constriction exercée par les manchons devant êire assez forte, il en résulte une gêne assez grande pour que l'appareil soit difficilement supporté plus d'une heure.

F. Appareils de Fock el de Langenbeck. — Plus tard, en i 855, Langenbeck (2) conseilla de plonger dans un bain local, jusqu'à guérison complète, les plaies récentes dues au traumatisme, ou à l'intervention du chirurgien, les plaies d'amputation, par exemple. L'eau du bain est maintenue à la température de 25 à 30" centigrades. Voici quels seraient les avantages de cette méthode :

4° Le bain chaud apaise la douleur, diminue la tension des parties, calme les nerfs irrités et leur épargne l'excitation produite par la pression inégale d'un bandage.

2° L'inflammation locale diminue, la réaction générale perd de son intensité. On n'observe jamais de frissons.

3" La plaie change entièrement de nature. Les granulations s'accroissent rapidement, marchent avec rapidité et sont même exubérantes.

4° Enfin, en rendant le refroidissement du membre et le contact de l'air extérieur impossibles, le bain chaud semble, mieux que tout autre moyen, préserver l'opéré de la pyohémie. En pénétrant dans tous les recoins de la plaie, l'eau empêche l'accuniulalion du pus, nettoie la blessure, permet au chirurgien de

(1) De la localisation des boins, etc.; Lausanne, iSài.

(2) Gazelle hebdomadaire, 1855, p. 872.

BAINS

suivre les progrès de la cicalrisalioû, sans que le njembre soit remué, sans que la nature soit dérangée dans son travail réorganisateur. L'odeur répandue par l'appareil est nulle. L'application est aisée et prompte, le renouvellement n'a lieu que deux fois par jour et sans dérangements pour le patient. Dans les cas où la suppuration serait trop abondante, on entretiendrait un courant constant d'eau tiède. La propreté des draps est respectée, et l'immobilité du patient peut être complète.

Langenbeck assure n'avoir jamais eu d'bémorrhagies, malgré celte présence continue d'eau liède autour des plaies.

Une des grandes difficultés était de généraliser cette méthode, c'est-à-dire de localiser l'action du bain ; dans ce but, M. Fock (i) construisit une série d'appareils qui permirent d'appliquer cette espèce de bain à presque tous les cas. Ce sont des caisses de zinc proportionnées aux membres malades et pouvant prendre divers degrés d'inclinaison. Quand il s'agit de la jambe et qu'on doit baigner le genou, l'emploi de deux manclicltes de caoutchouc est nécessaire. Des ouvertures pratiquées dans le couvercle de la boîte permettent d'introduire de l'eau chaude et un thermomètre. Le membre est fixé par des bandes de toile forte, s'altachant à des crochets intérieurs et extérieurs. Un robinet sert à vider l'appareil sans déranger le malade.

Les manchettes employées par M. Fock présentent quelques inconvénients, surtout quand c'est un moignon de cuisse ou le genou qui doivent être plongés dans le bain. Tantôt les manchettes ferment trop bien, et la compression cause de l'œdème, de la douleur, etc., ou bien elles ferment mal, et l'eau s'échappe entre elles et la peau. On a proposé des manchettes longues et fines, et, autant que possible, on a conseillé de les faire construire exprès pour le malade; enfin le résultat serait excellent en utilisant deux de ces manchettes : l'une renversée en dedans, l'autre un dehors. Un bourrelet à air, qu'on gonflerait à volonté, pourrait encore remplacer avantageusement ces manchettes : la pression serait facultative, et la compression, se faisant sur une surface plus étendue, serait moins douloureuse.

Après quelques jours d'immersion, la face plantaire du pied et la paume de la main deviennent très-douloureuses, ce qui lient à la séparation en masse de l'épiderme. On obviera à cet inconvénient en recouvrant la main ou le pied d'une couche épaisse de graisse et en enveloppant le tout d'un gros gant sans doigts ou

(1) Voyez G Gaujol, ^rsenai do la chirurgie conlemporainc, elc., t. 1, p. 69, et fig. 42 et /j3. I>aris. 1867.

DES MÉDlCAMliNiS TOl'lQUliS.

d'un bas de laine. Du reste, ces douleurs momentanées varient suivant les individus, et ne sont intenses que lorsqu'on retire le membre de l'eau.

La figure 54 ci-contre représente l'appareil du professeur Langenbeck, tel qu'il a été construit par M. Gharrière, pour s'appliquer aux moignons des amputés. Le vase B contient l'eau tiède

FiG. 54. — Appareil de Langenbeck.

qui doit renouveler celle de l'appareil ; la lampe à alcool D sert à chauffer l'eau du vase B. La boîte K, renfermant le moignon présente une paroi supérieure mobile, H, de verre ; le manchon E est destiné à entourer le membre et à éviter l'inondation du ht du malade; I, est l'ouverture d'entrée du liqmde échaulTe ; G, l'ouverture de sortie, d'où naît un tube conduisant le liquide dans lin réservoir inférieur, J.

BAINS

Au moment où le procédé de Langenbeck fut connu en France, M. Valette (de Lyon) avait recours à un appareil semblable, au moins en principe, à ceux qui furent successivement inventés par Fock(l), Mathieu (2) etCiiarrière. C'était pour éviter la décomposition du pus à la surface des plaies en supprimant le contact de l'air, que M. Valette plongeait les moignons dans des bains pendant quinze à vingt jours. Au lieu d'eau chaude, il préconisait de l'eau tiède ou froide, alcoolisée ou contenant du perchlorure de fer, c'est-à-dire des substances évidemment antiseptiques (3).

D'ailleurs ces bains prolongés n'ont pas été employés seulement dans les lésions chirurgicales. Hebra (de Vienne) les a utilisés dans le traitement des affections cutanées, mais il s'agit ici de bains généraux, nécessitant des baignoires spéciales (4). Les brûlures à tous les degrés, l'éruption variolique, le pemphigus, le psoriasis, le prurigo, ont été traités avec succès par les bains prolongés.

3° Bains secs. — Les bains secs sont ceux qu'on fait avec de la cendre, du sable, du son, chauffés et renfermés dans des sachets de toile. Ces bains, qui ne sont presque plus employés aujourd'hui, étaient autrefois conseillés dans le traitement des hydropisies, et pour rappeler la circulation dans des parties gangrenées.

^ Toutefois, les bains de sable sont encore fréquemment utilisés sur les côtes de la Médilèrranée, le soleil séchant rapidement le sable et l'échauffant d'une façon suffisante. Ces bains ne doivent pas durer plus de dix à quinze minutes, ils sont locaux ou généraux, et on les conseille de préférence aux sujets débilités ou atteints de rhumatisme chronique.

Nous ne ferons que signaler l'emploi des bains de fumier, abandonnés aujourd'hui.

4° Bains électriques et hydro-électriques. — Les premiers bains électriques s'administraient en faisant monter le malade sur un appareil isolant et en le mettant en communication avec une machine électrique ordinaire. Aujourd'hui, les divers médecins qui ont préconisé ces bains se servent d'un bain véritable et du

(1) Gaiijot, t. I, loc. cit., fig. 42 et 43.

(2) Gaujot, t. I, loc. cit., fig. àli.

(3) Gaz. hebd., 1856, p. 38, et Papier, thèse de Paris, 1856.

(4) Oré, loc. cit., p. 448.

DES MÉDICAMENTS TOPIQUES

courant conliiui ou inlermitlent, produit par une pile de Wollaston, de Bunsen, etc., ou par une machine d'induction.

L'appareil se compose donc, en général, d'une baignoire métallique, d'ordinaire en cuivre rouge, isolée autant que possible du sol el renfermant de l'eau rendue conductrice de l'électricité par l'addition de sel ordinaire ou d'acide cblorhydrique (Caplin). Le malade est placé dans un cadre en bois et en toile qui l'isole des parois de la baignoire, aussi le courant ne peut-il s'établir qu'en traversant le liquide du bain. Le pôle négatif est mis en rapport avec l'appareil, tandis que le patient tient dans sa main le pôle positif.

Dans le cas où l'on fait usage de l'électricité induite, on peut placer les deux rhéophores de l'appareil d'induclion dans lo bain (1); dans des expériences faites à l'hôpital Saint-Louis (2), on s'est servi d'un appareil Potin, composé « d'une baignoire en » ciment romain munie d'un appareil électrique à courant inter- » rompu, etformé dedeux couplesde Bunsen, moyen modèle, dont » le vase externe poreux fait corps avec la baignoire, que l'hu- » midité transforme en une masse unique d'une conductibilité )) uniforme. Une bobine à gros fil produit un extra-courant au » moyen d'un flotteur de charbon qui établit une dérivation en » quelque point qu'on le place. »

Pendant le bain, des bulles de gaz se détachent de la surface de la peau, le malade ressent des picotements, desdémangeaisons et éprouve des contractions musculaires si le courant est trop intense. La chaleur cutanée, les contractions seraient plus pénibles, lorsqu'on emploie le courant continu.

Ces bains, qui réveillent la circulation cutanée et accélèrent la circulation, ont-ils en outre la propriété de provoquer l'apparition à la surface de la peau des substances métalliques introduites à titre de médicament dans l'économie (Caplin) ? Celte assertion mérite encore une démonstration expérimentale, comme le fait remarquer M. Oré (3).

5° Bains a l'hydbofère, — Mathieu (delà Drôme) a utilisé la pulvérisation des liquides, non plus seulement pour le traitement des affections des voies respiratoires, mais encore pour donner

(d) Voyez Bouchardat, Manuel de mat. méd. el de Ihérapeut., t. I, p. 501, k' édit., 186^ (App. de Moretin).

(2) Bouillon Lagrange, thèse de Paris, 18G7, n» Ih, et B. Nivelet, ihid., 1867, n" 20^1.

(3) Loc. cit., p. ^71-472.

DAINS

fies bains généraux. Sou appareil permeltant de n'employei' que quelques litres d'eau pulvérisée pour un bain, on comprend immédiatement le grand avantage qu'on peut en retirer, quand il faut faire usage d'une eau minérale ou médicamenteuse. Cet appareil, présenté à l'Académie de médecine, a été l'objet d'un rapport du professeur Gavarret (1). Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire en partie la description et l'appréciation du savant professeur.

« M. Mathieu (de la Drôme) est parti de cette idée que, dans un bain d'eau stagnante, la portion de liquide en contact immédiat avec le corps du baigneur est la seule qui exerce une action topique et fournisse des matériaux à l'absorption. Cela posé, il a cherché à entretenir à la surface de la peau une couche trèsmince et incessamment renouvelée de liquide actif. L'appareil imaginé pour résoudre ce problème est très-simple et fonctionne avec une grande régularité.

» Le liquide, enfermé dans une boîte de cuivre, est très-finement divisé par un courant d'air fourni par une soufflerie fonctionnant sous une pression de 5 à 6 centimètres de mercure. Le baigneur étant assis dans une boîte à bain, analogue à celle dont on se sert pour les fumigations, le jet de gaz et de liquide divisé s'échappe par un orifice d'écoulement situé au niveau des genoux, s'élève obliquement en s'étalant, et se résout en une pluie d'une excessive ténuité qui arrose incessamment de haut en bas le corps du malade. Ajoutons que la tête peut, à volonté, être tenue en dehors de la boîte, ou rester exposée à l'action de la pluie, dont il est facile de régler la température selon les indications.

» Des expériences multipliées permettent d'affimner qu'avec trois ou quatre litres de liquide, Vhydrofère de M. Mathieu (de la Drôme) permet d'entretenir, pendant une heure, une couche de liquide incessamment renouvelée à la surface d'un homme. Avec ce système de balnéation, il sera donc possible d'administrer, il très -peu de frais, des bains composés dans lesquels entrent des substances d'un prix élevé, telles que l'iode, le mercure, ou des essences aromatiques ; le médecin pourra, 'en tout lieu et en toute saison, soumettre les malades au traitement par les bains de mer et d'eaux minérales naturelles. Il reste cependant une question à examiner : L'action des bains à l'hydrofère est-elle la même que celle des bains ordinaires? »

M. Gavairet rend alors compte des résultats obtenus par

(1) Séance fin 1<"|' mai ISfiO.

M. le professeur Hardy, médecin de l'hôpital Saint-Louis; résultats consignés par ce dernier dan? un mémoire à l'Académie de médecine.

Les effets physiologiques des bains à l'hydrofère ne semblent pas différer beaucoup des effets des bains ordinaires. Le premier mode de balnéation aurait même l'avantage d'entraîner avec plus de facilité les matières étrangères elles squames adhérentes à la surface cutanée. Au point de vue pathologique, AL Hardy a administré avec succès des bains médicamenteux à l'amidon, au bichlorure de mercure, à l'iodure de potassium, des bains d'eaux minérales naturelles et d'eau de mer. Les diverses affections cutanées qui ont cédé à ce mode de traitement ont été : l'eczéma, le psoriasis, le pityriasis versicolor et le prurigo. Des engorgements , des ulcérations de nature scrofuleuse ont été guéris par les bains d'eau de mer à l'hydrofère. Aussi, depuis cette époque, ce mode de balnéation est-il journellement employé à l'hôpital Saint-Louis.

6° Bains fournis par des matières animales. — Parmi ces matières, nous pouvons citer le lait, le pelit-lait, la gélatine et le sang.

Le bain de lait n'est plus guère employé, vu son prix élevé et son peu de valeur ; mais il n'en est plus de même du petil-lait. Ces bains font en effet partie d'une médication toute spéciale dite cure de petil-lait, qui consiste dans l'emploi intus et extra de la partie non coagulable du lait de vache, de chèvre ou de brehis.

L'étude de cette cure de pelit-lait, cure préconisée surtout en Suisse et en Allemagne, ne peut nous occuper ici, aussi ne faisons-nous que la signaler en passant.

Les bains de gélatine, qui se préparent en faisant dissoudre un kilo de gélatine dans l'eau chaude, solution qu'on ajoute au bain ordinaire, sont indiqués surtout dans des affections cutanées.

Quant aux bains de sang, malgré leur abandon général, on pourrait en retirer quelques avantages d'après un certain nombre de médecins. Il en serait de même des bains de tripes, ou de ceux dans lesquels on emploie le contenu de la panse des ruminants dès que ceux-ci ont été abattus pour la boucherie.

Les bains de vapeur, d'air chaud, d'oxygène, d'acide carbonique seront étudiés plus loin.

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