CHAPITRE X
ACUPUNCTURE
L'opération la plus simple de la chirurgie est sans contredit V acupuncture. On donne ce nom à une ponction faite avec une aiguille qui traverse les tissus sans en rompre les fdires.
Inconnue des Grecs et des Romains, elle fut pratiquée dès la i plus haute antiquité chez les Japonais et les Chinois. Importée • en Europe par un chirurgien hollandais, Then-Uliyne, elle n ai
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jamais joui chez nous que d'une vogue passagère, malgré les efforlsde Berlioz, Béclard, Bretonneau, etc., en France, de Scott et Ciiurchill, en Angleterre.
Les recherches multipliées de M. J. Cloquet lui ont rendu quelque célébrité, et l'ont placée parmi les agents thérapeutiques, sinon les plus puissants, du moins les plus singuliers.
Fio. 346. — . Aiguilles à aciipiincluro.
Pour pratiquer cetic opération, on se sert d'une aiguille méal .que, dor, d'argent, de plaline ou d'acier; dans c'e devZ
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Celte aiguille doit ôlre très-acérée, longue de 1 0 à 15 cenli mètres, termmée par une petite boule de cire d'Esplne 1"
les iSts r 3 î 'Î;^ Tv'" ^'.r P'"^ ^^^■''-''"'^"^ entre doigts (f,g. 346). Quand 1 a.gudle à acupuncture doit servir à
JAMAIN. - Pelile chir., S-édit.
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l'éleclro-puncture, le manche doit être terminé par un petit anneau (fig. 345).
Il y a plusieurs procédés pour pratiquer l'acupuncture.
ri' procédé. — Simple piqûre. — On fait pénétrer très-rapidement, et comme dans une piqûre ordinaire, la pointe de l'aiguille à travers les tissus. Ce procédé déchire les tissus, mais il l'emporte sur les autres par sa promptitude et sa simplicité, -de plus il serait le moins douloureux.
2" procédé. — Pression unie à un mouvement de rotation. — La peau est tendue de la main gauche ; on tient l'aiguille comme une plume à écrire, et on lui fait exécuter rapidement un mouvement de rotation pendant que l'on presse légèrement; ou bien, si l'aiguille que Ton doit employer est trop longue, dans la crainte de la voir se briser, on la lient sur le milieu avec le pouce et l'indicateur de la main gauche, tandis qu'avec la mam droite on presse et l'on fait exécuter un mouvement de rotation. Ce procédé a l'avantage d'écarter les tissus sans les diviser, et de ne laisser aucune trace de l'opération lorsque l'aiguille est retirée.
y procédé. — Percussion sur VaiguiUe. — Pour faire la percussion, on se sert d'un petit maillet de corne, d'ivoire, ou de quelque autre substance analogue, que l'on rend plus pesant en ajoutant un peu de plomb sur le côté opposé à celui qui doit
frapper. . i ,
L'aiouille est maintenue en place par la main gauche, et avec le maillet, tenu de la main droite, on fait de légères perciissions sur le manche de l'aiguille, afin de la faire pénétrer. P us les percussions sont légères, moins on est exposé a dilacerer les tissus ; on peut même se contenter d'une légère percussion faite par le doigt indicateur de la main droite. Lorsque la peau est traversée, on continue l'opération comme dans le second procède.
La profondeur à laquelle on doit l'aire pénétrer l'aiguille vane nécessairement avec la profondeur du mal que 1 se proposB de guérir. Si autrefois on a craint de faire pénétrer 1 '"f ,^ delà de 3 ou 4 centimètres, on a vu combien les craintes quel o pouvait avoir en l'enfonçant davantage étaient cl'>me"que . Li eiïet, il est parfaUement démontré que l'aigu, le ««^ P^^^ IPS issus, mais semble seulement les écarter, de telle soi te
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qu'il n'y a rien à redouter, quelle que soit la profondeur à laquelle pénètre l'instrument.
Quelles sont les parties du corps sur lesquelles on doit pratiquer l'acupuncture? Celte question est beaucoup plus difficile à résoudre que la précédente ; car, en partant de la proposition énoncée plus baut, que l'aiguille sépare les mailles des tissus sans les dilacérer, quelques chirurgiens ont pensé qu'elle pouvait être pratiquée. sur tous les points du corps sans exception aucune. Mais on doit toujours, crainte d'accidents, éviter de pratiquer cette opération sur le trajet des gros vaisseaux, des gros troncs nerveux, ou bien dans le voisinage des cavités splanchniques ou des centres nerveux. 11 est vrai que les tissus ne sont point déchirés, mais bien séparés par l'aiguille ; cependant l'inflammation qui succède à la présence d'un corps étranger dans nos tissus doit toujours faire redouter des lésions qui pourraient occasionner des accidents fort graves.
Le nombre des aiguilles à employer dans l'acupuncture varie avec l'étendue de la maladie. Dance dit qu'il vaut mieux en mettre plus que moins, surtout quand elles sont rapprochées les unes des autres.
La durée de leur application est très-variable : quelquefois on les retn-e au bout de quelques minutes, d'autres fois on les laisse plusieurs heures et même deux jours.
Pour retirer l'aiguille, on applique deux doigts sur la peau au niveau du point où elle est entrée, et on la tire perpendiculairement. ^
L'acupuncture est en général peu douloureuse : quelquefois au contraire, son application est extrêmement pénible Je né m arrêterai pas sur les dilTérentes sensations qu'éprouve'le maade sur lequel on pratique cette opération, telles que la sensation d une étincelle électrique qui sillonne les tissus, etc. Quoi quil en soit, la contraction des libres musculaires peut, dans quelques circonstances, être assez forte pour tordre l'aiguille et même la rompre. C'est pour cela qu'il faut employer une ti<^e qui ne puisse se briser facilement, surtout lorsqu'on veut laisser l'aiguille assez longtemps dans les tissus.
. Pellelan a cherché à expliquer d'une manière évidemment tron .ngcnieuse les phénomènes curatifs de l'acupuncture 11 part Se ces principes : que les nerfs qui se distribuent à nos organes ont le siogo de courants opposés qui se comportent commet fl 1 galvanique ; que ces courants sont enlrelenus par le ce veau et a moelle épinière; que l'innervation dépend de^a rencoi re de courants opposés dans nos tissus. Or, d.l-il, une a g i^ . l'o!
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duite dans nos parties molles doit nécessairement rencontrer un certaia nombre de fdels nerveux, siège de courants opposés, et cette aiguille étant meilleur conducleur que le tissu nerveux et étant le conducteur le plus court, elle réunit ces courants et les empêche de traverser les tissus où se rendent les filets nerveux. Ainsi la douleur serait guérie parce qu'on aurait dimioué l'innervation ; l'engourdissement serait aussi le résultat d'une diminution notable dans l'innervation.
11 est certain que, comme Vicq d'Azyr, il ne faut voir dans cette opération qu'un mode particulier de révulsion (Debout) (1).
Carrero a employé l'acupuncture pour rappeler à la vie des noyés et des asphyxiés, il enfonçait ses aiguilles dans le tissu du cœur et du diaphragme. Ce procédé lui a réussi sur un très-grand nombre d'animaux ; il serait à désirer qu'il fût appliqué dans les mêmes circonstances, et surtout sur les enfants nouveau-nés, car les moyens que l'on met en usage pour les rappeler à la vie sont souvent insuffisants.
Le professeur Trousseau a mis en usage l'acupuncture multiple dans le but de produire une adhérence protectrice de la paroi d'un kyste ovarique avec la paroi abdominale, et de faciliter ainsi les injections et l'écoulement du liquide kystique au dehors. Les aiguilles traversent successivement la peau, les tissus sous-jaccnts, le péritoine pariétal, puis s'enfoncent dans la tumeur en traversant la lame périlonéale qui la recouvre et les parois de la poche kystique. .
A cet effet. Trousseau employait de vingt-cinq à trente aiguilles d'acier assez longues, détrempées à la flamme d'une bougie et pourvues d'une tête de cire à cacheter. Il les plaçait à 3 ou 4 millimètres l'une de l'autre. L'aire d'iafiammation qui survient autour de chaque aiguille est au moins de 2 mdlimètres ; il sutlit qu'il en soit ainsi pour que le péritoine s'enflamme dans toute la surface représentée par le champ où les aiguilles sont implantées. On laisse les aiguilles eu place cinq jours, et, au moment ou on les retire, on voit sourdre de chaque piqûre un peu du liquide contenu dans le kyste, preuve des adhérences existant entre les deux feuillets péritonéaux. On pourrait faire alors la ponction , mais, pour plus de sécurité, Trousseau attendait un jour ou deux, afin que les adhérences se raffermissent. L ouverture du kyste peut alors être faite, soit avec un bistouri a lame étroite,
(1) Pour plus de détails, consultez Giraldcs, Nouv. Diclion. deméd el de chir., t. I,p. 392, 186/i, et Debout, Diclion. encycloped,que, t. i, p. C70, 1864.
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soit avec un Irocart, mais il est bon dans ce cas d'inciser préalablement la peau^ afin d'éviter les secousses violentes qui pourraient détruire les adhérences.
Quand on fait usage de ce procédé, il est encore une précaution à prendre, c'est d'interposer un tissu quelconque entre la peau et la tête desaiguilles, un morceau de diachylon par exemple. De celte manière, la peau est protégée et ne s'enflamme pas.
Comme on peut le remarquer, le but que s'est proposé Trousseau diffère très-notablement de celui que les premiers cliirurgiens s'efforçaient d'atteindre. Du reste, l'acupuncture a reçu bien d'autres applications, par exemple, pour explorer le conlenu des tumeurs (abcès, kystes), pour donner issue à de la sérosité épanchée (œdème, hydrocèle), pour traiter les collections sanguines (Voillemier, Giraldès). Enfin, Velpeau en a préconisé l'usage dans la thérapeutique des tumeurs anévrysmales.