CHAPITRE XX
Lorsque, dans le but d'évacuer une collection liquide, le chirurgien est forcé de plonger un frocart ou un bistouri dans la profondeur des tissus, il est très-imporlant que l'air ne pénètre pas dans le foyer purulent ou autre que l'on ouvre.
C'est précisément pour éviter celte complication, dont la gravité a peut-êlre été exagérée, qu'on a inventé un certain nombre de procédés et d'instruments, que nous allons mentionner rapidement.
Fio. 367. ~ Trocai I plat el seringue aspirolrice tie M. J. Giiérin.
Royer qui traitait les abcès froids par les ponctions répétées, consed ait de déplacer légèrement les téguments avant de rra- Hquer I opération, et cela pour éviter l'accès direct de l'air dan« la cav.é de l'abcès. En elfet, par le retour des tégumells à P ace habituel e e parallélisme existant entre a soTu on de continuée de l'abcès et celle de la peau était ab.solument détruit
JAMAIN. — Petite chir., 5* éHit.
d'où l'impossibilité manifeste de l'introduclion de l'air dans les parties profondes. Cependant le procédé de Boyer était loin de mettre toujours à l'abri des accidents, aussi dut-on inventer des instruments spéciaux pour faire les ponctions sous-cutanées.
FiG. 368. — Appareil de M. Laiigicr pour la saignée des os.
; M. J. Guérin proposa l'emploi d'un trocart aplati, dont^ la canule est munie d'un robinet, ce qui empficbe l'entrée de l'andans les cavités où l'on pénètre avec le trocart. On fait toujours un pli cutané avant de ponctionner l'abcès, puis, le trocart enfoncé, on retire la lame en fermant aussitôt le robinet de la canule. C'est alors qu'on adapte à cette canule une seringue, qui par un système de robinet, peut jouer le rôle de pompe
aspirante et foulante. Le pus est ainsi donc aspiré et rejeté au dehors sans changer l'instrument de place (fig. 367).
Dans ce procédé on utilise donc et la ponction oblique de Boyer et l'aspiration conseillée il y a déjà longtemps par M. A. Petit (I). Ce dernier, en effet, ponctionnait les abcès avec une aiguille rougie, et appliquait des ventouses sur le point ponctionné alin de faciliter l'issue du pus à l'extérieur.
Jusque dans ces dernières années, cet appareil aspirateur de M. J. Guérin était à peu près le seul employé pour évacuer les abcès par congestion. Cependant nous devons signaler l'existence d'un autre appareil aspirateur, dû à M. le professeur Laugier, et destiné à pratiquer la saignée des os. On conçoit facilement qu'ici ie prmcipe qui a guidé le chirurgien est tout autre que précédemment ; on ne se préoccupe pas de l'action de l'air, mais surtout de la possibilité d'exercer une aspiration énergique sur les ouvertures des rameaux vasculaires intéressés par la ponction (fio- 368) Vers la lin de 1869, M. Dieulafoy présenta à l'Académie dé medecme un aspirateur pneumatique, auquel il fit subir depuis un certain nombre de perfectionnemenls. Le principe est toujours à peu près le même que celui qui a guidé M. J. Guérin dans la construction de sa seringue évacuatrice ; mais l'instrument de M. Dieulafoy n'est pas seulement applicable à l'évacuation des abcès froids, il peut servir dans un grand nombre d'autres circonstances, et, grâce à cet instrument, l'aspiration pneumatique sous-cutanée constitue une véritable méthode de diao-nostic et de traitement (fig. 369). ^
Au lieu d'emplofer un trocart plat, ou même un trocart explorateur, M. Dieulafoy se sert de canules-trocarts « d'un volume SI exigu, que les organes les plus délicats peuvent être traversés par elles, sans en être plus incommodés que par les aiguilles à acupuncture, dont on connaît la parfaite innocuité; de là aussi la nécessite de forcer le liquide à se précipiter au dehors, au moyen d une aspiration puissante » (2). ^ Cette aspiration a été obtenue à l'aide d'une seringue de verre a parois résistantes, faisant l'office d'une véritaJjle machine pneumatique <, Pour aire le vide dans le corps de pompe, dit 1 auteur ( ), je ferme d'abord les deux robinets situés inférieurement ; j attire le piston, et quand il est arrivé dans le haut de sa course, on lui fait exécuter un léger mouvement^de -rotation' et
(1) Recueil dr.s actes de la Société de médecine de Lyon, 1798. (2 De « aspirateur pneumatique sous-cutané, 1870, n. 4 (3) Ibid., p. 4 et 5. ' >!•'*•
760 ASPIRATION l>Nl<,UMATiai]E SOIS-CUTANÉE.
il s'arrête en ce point, grâce à une encoche pratiquée le long de sa tige. Voilà donc le vide préalablement formé, et nous sommes
PCflOT
Vio, 369. — Aspirateur de M. Dieulafoy.
en possession d'un moyen puissant, d'une aspirât on n rg.que nue nous pouvons utiliser quand le moment sera venu » ^ A-t-on affaire à une collection liquide évidente, 1 a.gu.lle irocart est enfoncée dans les tissus, avec quelques précautions
c'est-à-dire qu'au lieu d'agir par pression comme on le fait pour le trocart simple, il faut combiner la pression avec des mouvements de rotation. A cet effet, on saisit l'aiguille entre le pouce et l'index, et on la fait rouler entre ces deux doigts.
Dès qu'on suppose la pointe de l'aiguille dans l'intérieur de la poche liquide, on la met en communication directe avec l'appareil où existe le vide, on ouvre le robinet et le liquide se précipite dans le corps de pompe. Celui-ci est-il rempli, on ferme le robinet qui communique avec l'aiguille, et on ouvre celui qui est latéralement placé, de façon à vider l'aspirateur en poussant le piston.
Ce robinet fermé, on refait le vide et on rétablit la communication avec l'aiguille-trocart. On conçoit que cette manœuvre répétée un certain nombre de fois puisse vider entièrement une cavité assez vaste remplie de liquide, par exemple la vessie. On remarquera que cette évacuation se fait très-facilement et sans bouger le malade.
^ Dans d'autres circonstances, l'existence de la collection liquide n'est pas certaine, et c'est à l'aspirateur qu'on a recours pour compléter le diagnostic.
« Supposons que nous allions à la recherche d'un épanchement de la plèvre. J'introduis, dit l'auteur, d'abord l'aiguille creuse (n» 1 ou n" 2) dans l'espace intercostal, et à peine a-t-elle parcouru un centimètre dans la profondeurdes tissus, que je la mets en rapport, soit directement, soit au moyen d'un lube de caoutchouc, avec le corps de pompe dans lequel le vide est préalablement établi. Alors, et sur ce point j'appelle toute l'attention, j'ouvre le robinet correspondant, je pousse l'aiguille peu à peu, et c'est /e mde à la main que je traverse lentement les tissus et que je vais à la découverte de l'épanchement ; les yeux de l'opérateur restent lixes sur le corps de pompe de cristal, et au moment où l'aiouille rencontre le liquide, on voit celui-ci se précipiter avec force dans I instrument ; le diagnostic se fait lui-même, la manœuvre est absolument inoffensive et le but est atteint (1).»
On conçoit facilement que ce procédé d'exploration est applicable a n importe quelle collection liquide et n'a rien de spécial à la plèvre. '
Dans ces explorations, il peut se faire qu'on ne rencontre a solument rien, et qu'on ail cru à tort à l'existence d'une collecli