CHAPITRE XXV
DES INJECTIONS SOUS-CUTANÉES
Désignées encore sous le nom d'injections hypodermiques, les injections sous-cutanées paraissent avoir été faites pour là première fois par Rynd, de Dublin, en 1845. L'appareil dont se servait cet auteur était des plus défectueux; aussi cette méthode thérapeutique fut- elle d'abord tout à fait négligée.
En 1853, Wood, d'Edimbourg, inventa de nouveau ce procède; pour l'appliquer il se servait de la semigue de Fergusson Celle-ci, beaucoup plus parfaite que l'appareil de Hynd, se composait d un corps de pompe en verre sur lequel se vissait une aiguille en acier, terminée par une pointe taillée en bec de flûte et creusée d un canal dans toute sa longueur.
Mais cet instrument offrait un grave inconvénient dans la pratique c est qu'il ne pouvait donner la mesure exacte de la quantité de liquide injecté dans les tissus; de là des accidents d intoxication signales par Wood et par ses imitateurs.
La méthode vantée par Wood fut bientôt introduite en France grâce aux efforts constants de MM. les professeurs Béhier el Courty (de Montpellier ; aulieu d'employer un instrumentad J on se servit de la petite seringue déjà bien connue de Pravaz qui était utilisée pour injecter des liquides coagulants dans les vaisseaux sanguins (fig. 386). ë^'ianis aans les
Cet instrument se compose : 1 " d'un corps de pompe en ar-enl dans lequel se meut un piston, dont la cours^Tréglée un pas de vis ; 2» d'un petit trocart très-fin et muni d'infcanu é qui peut se visser à la seringue. Cette petite seringue con 30 gouttes de liquide, et le pas de vis est calculé de maS
l'.Hondue de la seringue et ^sl^^r^oXl^trir^SLrt
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On conçoit facilement la manœuvre de l'instriimpnt J . i armée de son trocart est nlon^éo flî.nri 7on retire le netit iZ^TS^ v ■ ^''^""'ents. Ceci fait,
INJECTIONS SOUS-CUTANÉES
On tourne alors la vis que fait mouvoir le piston, et à chaque demi-tour une goutte de liquide sort du corps de pompe. Lorsqu'on fait des injections intra-vasculaires avec cet appareil, il présente quelques inconvénients ; aussi lui a-t-on fait subir des modifications.
Tout d'abord le corps de pompe a été fabriqué en verre, puis on a ajouté à la seringue une seconde canule plus fine, pouvant être introduite dans la canule du trocart après la ponction. Cette dernière modification, due à Lenoir, a pour objet d'éviter la
FiG. 386. — Seringue de Pravaz.
coagulation du sang dans la première canule et d assurer 1 arrivée du liquide coagulant dans le vaisseau ponctionné.
D'ailleurs, l'instrument de Pravaz fut notablement perfectionne par M. Charrière (fig. 387). , .
Le corps de pompe A est en cristal, et protège par 4 tiges verticales en argent, que relient ensemble les deu.x ajutages également en argent qui ferment l'appareil en haut el en bas. L aiulage inférieur offre un pas de vis, destiné à recevoir le pavillon de la canule C ; quant à l'ajutage supérieur, . présente l'aspect d'un couvercle à vis dans lequel s'engage la tige du piston B, creusée elle-même, en pas de vis. Chaque demi-tour de la tige du piston donne issue, comme dans la seringue type de Pravaz, à une goutte de liquide. »
La petite canule C, G', présentant une virole a double vis, est destinée à être introduite dans la canule D du trocart E ; comme on le fait pour la seringue de Pravaz. Il faut donc encore se servir
INJECTIONS SOUS-CUTANÉES
de deux canules, l'une pour faire la ponction, l'autre que Ton introduit dans la première et qui sert à conduire l'injection.
FiG. 387. — Seriiis,'ue do Pravaz, modifiée par M. Charrière.
Du reste, cette manière de faire offre un certain avantage, eq ce sens, que la seringue et la canule qui y est adaptée étaqt
834 INJECTIONS SOIjS-CDTAISÉES.
entièrement remplies de liquide, on est sûr de n'injecter aucune bulle d'air dans le tissu cellulaire sous-culané, lorsqu'il s'agit d'une injection hypodermique ou bien dans un vaisseau lorsqu'on fait une injection coagulante.
Par suite du mécanisme qui préside à la marche du piston, on voit que le liquide introduit dans les tissus ne peut être poussé que lentement. C'était là un inconvénient, au moins pour pour quelques auteurs; aussi a-t-on cherché à y remédier en rendant toute liberté d'action au piston et en y adaptant - un curseur destiné à graduer la quantité de liquide qu'on veut injecter dans la profondeur des tissus. Ce curseur, placé sur la tige même du piston, peut être reculé ou avancé au gré de l'opérateur, à l'aide d'une vis.
En 1860, M. Bourguignon présenta à l'Académie de médecine (1) un'appa^*^'^ spécial pour pratiquer les injections hypodermiques (fig. 388). Ce médecin chercha à remplacer le jeu du piston des seringues de Fergusson ou de Pravaz par l'action d'une petite ventouse de caoutchouc, A, glissant à frottement sur l'extrémité du corps de pompe, B, qui n'est autre qu un petit cylindre de verre. Pour charger l'instrument, il suflit de presser l'ampoule de caoutchouc et de la laisser revenir a ses dimensions normales. La canule de l'appareil est fixe, c est une aiguille creuse en or, montée à vis, sur le cylindre de verre ; par conséquent , pour remplir l'instrument, il faut que cette aiguille plonge dans le liquide qu'on veut employer.
Tout estant ainsi préparé, on fait pénétrer 1 aiguille dans les tissus en tenant l'instrument comme une plume à écrire ; puis on comprime l'ampoule de caoutchouc, en comptant sur le tube de verre gradué le nombre de gouttes que l'on injecte.
Cet instrument a été abandonné, l'aiguille- irocart seule, imitée de celle de Fergusson, a été conservée dans la plupart des IppareiL nouveaux'dus à MM. Luer, Robert el Collin, Ma-
On peut rapprocher de l'appareil de Bourguignon les aiguilles nroposées par M. Danet, soit pour vacciner, soit pour pratiquer des^iniections hypodermiques. Ce sont des aigmlles creuses très-fines simpl ment terminées par une cupule, fermée par une memSran; de caoutchouc, lorsqu'elles -nt des,uuM.s a la vaccination, ou bien présentant en ce point un mécanisme fort simple
(1) 20 juiu 1860.
INJECTIONS SOUS-CUTANÉES
pour compter les gouttes, quand il s'agit de faire des injectioDs sous-cutanées (I).
Fio. 388. — Appareil de M. Bourguignon.
Parmi les nouvelles seringues à injections sous-cutanées qui paraissent les plus perfectionnées, nous pouvons citer celles de MM. Lûer, Robert et Collin, Béhier et Mathieu.
(1) Gazette des hôpitaux, 1866, p. 320.
836 1IN.IECTI0NS SOUS CUTANÉES
La seringue de M . Luer se compose d'un corps de pompe en verre, contenant 45 gouttes de liquide. La tige du piston, munie d'un curseur, est graduée par millimètres, et à chaque fois que le piston s'enfonce d'un millimètre, il s'échappe de l'appareil une goutte de liquide ; donc, en plaçant le curseur en un point de la tige, on sait exactement la quotité de liquide qui est injecté dans les tissus, et, de plus, cette injection peut se faire rapidement.
La canule en or, en argent ou en acier, n'est qu'une aiguille acérée, qu'on enfonce directement dans la peau. Au lieu de se visser sur la seringue, elle s'ajuste à frottement, ce qui est préférable; car le manuel opératoire est d'autant simplifié.
En effet, on ponctionne les téguments, on ajuste la seringue, et d'un seul coup, toute l'injection est poussée dans les tissus.
Toutefois, il est bon de remarquer qu'une partie de l'injection sert d'abord à remplir la canule, et que l'air qu'elle contenait pénètre dans le tissu cellulaire ; ce qui serait un grave inconvénient si l'on voulait se servir de l'appareil pour injecter un liquide coagulant dans un vaisseau.
Quant à la possibilité de pousser de suite tout le liquide à injecter, possibilité due au curseur et dont l'invention paraît appartenir à M. Charrière c'est là un très-médiocre avantage, ce serait même un défaut pour quelques auteurs. « En elTet, dit M. Gaujot (2), l'injection poussée dans un organe sousdermique quelconque, ne trouve pas une cavité toute prête à la recevoir-, elle doit se frayer la voie et vaincre une certaine résistance. Or, dans ces cas, les pistons simples refusent assez souvent d'avancer, tandis que le piston a vis donne une pression soutenue, à la fois plus égale et plus énergique. »
On peut rapprocher de la seringue de M. Lûer, celle de Leiter, dont la virole de la canule et le piston sont en caoutchouc durci, au lieu d'être en métal (3), ce qui aurait pour avantage de diminuer le prix de l'instrument et de le rendre inaltérable au contact de tous les liquides.
La seringue fabriquée par MM. Robert et Gollin (fig. 389)
(1) Académie de médecine, 6 août 1861.
(2) Loc. cit., t. I, p. 113.
(3) Gaujot, loc. cU., p. H3, fig. 71.
INJECTIONS SOUS-CUTANÉES
est construite d'après les mêmes principes et peut servir à pratiquer des injections coagulantes, des injections sous-cutanées et des injections dans le canal nasal ; pour cela, il suffit d'v adapter les diverses canules, A, B, C, D.
Enfin la seringue de M. le ^professeur Béhier n'est autre
t. et ROI.
Fio. 389. — Seringue de MM. Robert et CoUin.
qu'une seringue de Pravaz, modifiée de telle façon au. |p« h« ajutages métalliques placés aux deux extrém tTs' du c r^s T
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INJECTIONS SOUS-CUTANÉES
La canule A (fig. 390) est destinée à pénétrer dans la canule du trocart B, de façon que le liquide arrive tout de suite dans les
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FiG. 390. — Seringue de MM. Béhier et Mathieu.
Fio. 391 . — ScriiiRue de M. Jousset.
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.issus el qu'il n'y ait f^i» linlles d'ai,- iojeclées. Sour Iv^Jn rcnit -/X,*; ïïetiniccUons so„s-
INJECTIONS SOUS-CUTANÉES. 839
gue préconisée par M. Jousset et construite par M. Mathieu (fig. 391). Le corps de pompe contient 4 grammes de liquide. A chaque demi-tour s'écoule une goutte de 5 centigrammes. Un petit ajutage A permet de faire fonctionner le piston comme celui de la seringue de Pravaz ou comme celui d'une seringue ordinaire.
Malgré les perfectionnements apportés dans le calibre des corps de pompe et dans la régularité des pas devisdes pistons, il peut se faire que la quantité de liquide contenu dans la seringue soit un peu au-dessus ou un peu au-dessous de la normale indiquée par les constructeurs ; ou bien que le nombre des gouttes éliminées par un certain nombre de tours soit un peu variable. De là la possibilité d'erreurs dans la dose des médicaments injectés ; de là encore des accidents possibles. Aussi croyons-nous qu'il est utile de recommander à chaque opérateur d'étudier avec soin son instrument, de façon qu'il puisse savoir avec exactitude la quantité en poids de liquide que le piston de sa seringue peut chasser dans les tissus (1).
Nous ne pouvons insister ici sur les indications ou sur les contre-indications des injections hypodermiques; remarquons seulement que, par leur emploi, le médicament est fatalement absorbé, qu'il est absorbé complètement et en quelque sorte en nature. Ce sont là des avantages inappré(;iables sur lesquels il n'est pas besoin de beaucoup insister. Dans quelques cas, lorsque la solution employée n'est pas neutre ou qu'elle est altérée, ce qui arrive surtout pour les sels d'atropine, l'injection sous-cutanée peut donner lieu à une petite inflammation sous-cutanée, voire même à un abcès qu'il faut toujours éviter avec soin, en se servant de sels neutres et de solutions fraîches.
Il est aussi utile de ne se servir que de trocarls ou d'aiguilles capillaires, afin de diminuer autant que possible la douleur qui résulte de la piqûre, douleur qui peut être très-vive lorsque la ponction et l'injeclion sont faites dans un endroit de la peau trèsriche en filets nerveux. On comprend donc l'indication de choisir les points ou il faut faire ces injections, surtout lorsqu'elles doivent agir d une façon générale; lelles sont celles qu'on emploie pour combattre la syphilis (Serrenzio, G. I.ewin, A. Martin et Liégeois). On conçoit que dans ces circonstances il faille choisir de préférence une portion des téguments douée d'une sensibilité obtuse, par exemple la région de la nuque ou du dos.
(1) Michalski, thèse de Paris, 1868.
CATHÉTÉRISME.
Mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de combattre des phénomènes locaux, et en particulier des symptômes douloureux; il faut alors se rapprocher le plus possible du siège de la douleur, en évitant toutefois de pénétrer dans des vaisseaux souscutanés, ce qui pourrait amener des accidents. Cette remarque sur la localisation d'action des injections sous-cutanées paraît surtout applicable aux injections faites avec l'atropine.
Dans quelques cas^, enfin, l'injection sous-cutanée est employée comme révulsive, et l'on se propose de provoquer des douleurs par le fait même de la pénétration des liquides irritants (eau salée, azotate d'argent, etc.) dans les tissus (1). C'est alors qu'il peut se développer des phénomènes d'inflammation sous-cutanée, et l'on cherche même parfois à les faire naître.
Nous avons déjà signalé les injections caustiques interstitielles (voy. page 675); nous n'y reviendi'ons donc pas.