DU CÂTHÉTÉRISME DES VOIES URINAIRES CHEZ L'HOMME
I. Instruments. — Pour pénétrer dans le canal de l'urèthre, on se sert du cathéter, de sondes ou algaîies,de bougies.
\° Cathéter. — Il n'est guère employé que dans l'opération de la taille, il sert aussi à explorer la vessie pour le diagnostic des calculs. Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de cet instrument, je ne l'ai mentionné que parce qu!autrefois tous les instruments introduits dans la vessie étaient désignés sous le nom de cathéters.
2° Sondes. — Ce sont des tubes creux, rigides ou flexibles, arrondis à l'une de leurs extrémités, et percés d'un ou de deux trous qui permettent à l'urine de passer par leur cavité : l'autre extrémité est largement ouverte ; les sondes sont désignées rarement sous le nom à'algalies.
a. Sondes rigides ou sondes métalliques. — Les sondes métalliques sont le plus souvent d'argent ou de maillechort ; les sondes de Mayor sont d'étain, afin que ces instruments soient plus à la portée du pauvre. Ce cbirurgien prétend encore que la sonde métallique étant faite avec une lame mince d'argent, celle-ci se trouve comme tranchante vers les trous, et la muqueuse uréthrale, en s'y introduisant, peut être lésée.
Les sondes sont courbes ou droites. Leur courbure est extrêmement variable : tantôt elle ne commence que tout près de leur extrémité, tantôt beaucoup plus loin; quelquefois même l'instrument a deux courbures, il a à peu près la forme d'une S. Pendant longtemps on ne se servait que desondes courbes; mais avec l'invention de la lilhotrilie sont arrivées les sondes droites, à l'aide desquelles on préparait le canal de l'urèthre à recevoir des instruments droits. Du reste, la sonde droite est beaucoup moins employée depuis qu'on est parvenu à fabriquer des instruments de lilholritie courbes; nous dirons cependant quelques mots du callictérisme avec les sondes droites.
Les sondes ont deux extrémités : l'une, arrondie et percée de deux trous appelés yeux pour permettre à l'urine de pénétrer dans la cavité de l'instrument, c'est le bec delà sonde; l'autre, ouverte
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très-largement, est appelée le pavillon. Cette extrémité présente un ou deux anneaux qui peuvent être utilisés pour maintenir la sonde dans la vessie, mais qui servent plutôt au chirurgien conDne points de repère; car ce n'est qu'au moyen de ces anneaux qu'il peut savoir où est situé le bec lorsque la sonde est dans l'urèthre. Leur diamètre est tantôt égal dans toute la longueur de l'instrument, tantôt étroit vers le bec; telles sont les sondes coniques; les sondes régidièrement cylindriques sont les seules dont nous par-
lerons ici. Les sondes coniques sont employées plus rarement que les cylindriques et sont surtout destinées à combattre les rétrécissements de l'urèllire. Le volume des sondes est très-variable : les unes n'ont que de 2 à 3 millimètres de diamètre, les plus grosses n'en ont pas plus de 9. Les sondes ou les bougies destinées a combattre certains rétrécissements du canal de l'urèthre ont quelquefois un volume beaucoup plus considérable : on en fabrique qui ont jusqu'à 1 centimètre de diamètre ; leur longueur doit être de 30 centimètres environ pour les adultes, de 20 à 24 pour les enfants.
CATHÉTÉKISME.
Les praticiens et même les élèves des hôpitaux ont toujours dans leur trousse deux sondes métalliques d'argent, de 6 millimètres environ de diamètre, l'une d'homme, l'autre de femme. Afin de rendre ces instruments plus portatifs, ils sont partagés en deux portions maintenues solidement en rapport l'une avec l'autre par une vis de rappel C (fig. 392), placée à l'extrémité d'un tube miétallique qu'on engage dans le tube qui correspond au pavillon de la sonde et qui se visse sur la portion qui correspond au bec de l'une ou de L'autre sonde.
La partie qui supporte le pavillon est droite, elle est commune pour les deux sondes ; l'autre partie est différente pour les deux sexes. Chez l'homme, elle est beaucoup plus longue que cliez la femme, et elle présente la courbure des sondes ordinaires; chez la femme, cette partie présente, comme toutes les sondes de femme, une petite courbure près du bec de la sonde.
Quand on veut placer cet instrument dans une trousse, on engage sur le compartiment commun l'extrémité de la sonde de femme et on la maintient fixée par la vis de rappel. Cette sonde de femme complète est placée dans l'une des deux cases de la trousse ; l'extrémité de la sonde d'homme est placée dans une autre case. Quand on veut faire le cathétérisme chez l'homme, il suffit de dévisser la vis de rappel, d'enlever l'extrémité de la sonde de femme et de la remplacer par l'extrémité de la sonde d'homme.
Afin que les deux portions de la sonde ne perdent pas leurs rapports, ce qui pourrait arriver si elles étaient vissées l'une sur l'autre, elles s'engagent l'une dans l'autre à l'aide des deux échancrures en bec de flûte B, dont elles sont taillées à leur extrémité adhérente.
M. Charrière a modifié cette sonde : il la divise en trois bouts, si bien qu'on peut la renfermer dans une très-petite trousse de H 1 centimètres de longueur. Le tube moyen peut être placé indistinctement sur le bout de la sonde d'homme ou de femme, de telle sorte que cette dernière peut avoir une longueur beaucoup plus grande que celle des sondes ordinaires de femme, et servir dans les cas exceptionnels où le col de la vessie se trouve déplacé par le fait de la grossesse ou d'un état pathologique de l'utérus. La longueur de cette sonde de femme permet encore de se servir de cet instrument pour explorer les clapiers profonds, inaccessibles à la sonde ordinaire.
La courbure des sondes a beaucoup varié selon les auteurs ; les uns ont cherché surtout à l'accommoder à celle du canal de l'urèthre, d'autres ont adopté la courbure qui leur avait semblé
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la plus commode. Enfin quelques chirurgiens ont paru n'y attacher qu'une importance médiocre, employant indifféremment des sondes de courbures très-diverses. Aussi a-t-on pu dire que : « le caprice des chirurgiens , plutôt que des connaissances
FiG. 393. — Sonde à béquille.
analomiques exactes, a fait varier presque à l'infini l'étendue et 1 intensité de la courbure de la sonde (1). »
Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails que comporte 1 étude des modifications de courbure des sondes ; à cet égard,
(1) Bégin et Lallemand, Dictionnaire enl5 volumes, article Alqalie.
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nous renvoyons le lecteur au travail de Gély , où cette question est examinée à fond (1). Cependant ces diverses modifications peuvent se rapporter à deux types qui sont : la sonde à grande courbure employée ordinairement, et la sonde à courbure brusque, écourtée, dite à béquille. Nous pouvons ajouter à ces deux types une sonde nouvelle proposée par Gély, et qui offre une courbure encore plus étendue que celle des sondes ordinaires
La sonde ordinaire est la sonde que nous venons de décrire ; sa courbure se mesure par un quart de cercle d'un rayon de 3 centimètres. Elle remplit assez bien les indications, et est généralement employée.
La sonde à courbure courte et brusque, à béquille, est conseillée dans les cas où le cathétérisme est difficile par suite d'hypertrophie de la prostate, et cela surtout chez les vieillards. La courbure de l'instrument est brusque, la sonde est formée de deux parties réunies par un angle arrondi ; la portion coudée a de 16 à 18 millimètres de long (fig. 393.) Cette sonde est employée par beaucoup de chirurgiens, cependant son introduction n'est pas toujours facile, et le bec de la sonde peut contusionner el déchirer les parois du canal de l'urèthre.
Gély, de Nantes, a préconisé l'emploi de sondes d'une courbure plus étendue et plus profonde que celle des sondes ordinaires, et s'accommodant plus facilement à la véritable courbe que décrit le canal de l'urèthre, depuis le col vésical jusqu'au ligament suspenseur de la verge. La courbure de sa sonde représente un peu moins du tiers d'un cercle de 1 2 cenlunètres de diamètre. C'est là une moyenne pour faire le cathétérisme evacuatif(fig 394), car les sondes qu'il propose, représentant toujours un tiers de cercle, peuvent appartenir à des circonférences de 10 11 12 et 13 centimètres de diamètre, selon que les canaux à explorer sont petits, moyens ou grands (2) L'mtroduction de cette sonde à grande courbure serait bien plus facile, au dire de l'auteur, et par son emploi on éviterait la possibilité des contusions, des déchirures du canal et des fausses roules : accidents trop fréquents lors de l'usage des sondes ordinaires.
1, Sondes flexibles. - Ces instruments sont le plus souvent droils; il en est cependant quelques-uns auxquels on donne une
(1) Gély, Eludes sur le cathétérisme curviligne, etc. Paris, 1861.
(2) Gély, loc. cit., p. 171.
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courbure analogue à celle des sondes rigides, cylindriques ou coniques, comme les précédents; il en est d'autres qui ont un volume plus considérable sur une partie de leur longueur ; le renflement est destiné à dilater l'urèlhre rétréci.
Les sondes flexibles sont fabriquées avec un tissu de ]in ou
Fio. 394. — Sonde de Gély.
de solo, recouvert d un enduit épais qui leur donne cette consistance et ce poli qn, leur permet de glisser facilement dans le canal de I urethre. Pour ôlre bou, cet enduit ne doit pas se fendre ni se delacher par écailles. Les premières sondes flexibles qui ont été ^.tes eia.ent construites avec un fd d'argent roulé en spirale •
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CATILÉTÉRISME.
Comme, dans beaucoup de circonstances, les sondes ne présentent pas une rigidité suffisante pour pouvoir être introduites dans l'urèthre, elles doivent avoir un mandrin qui puisse s'enlever et s'introduire à volonté, de manière à faire, de l'instrument une sonde rigide lorsque cela est nécessaire. Le mandrin est une tige de fer arrondie, terminée en anneau à l'une de ses extrémités, celle qui doit correspondre au pavillon de la sonde ; courbée à l'autre bout, de telle sorte que la sonde flexible droite devienne courbe lorsque le mandrin est introduit dans sa cavité.
Le mandrin doit remplir exactement la cavité de la sonde, afin que pendant le cathétérisme il ne se déplace pas; il faut avoir soin, lorsqu'on l'y place, que son extrémité soit parfaitement en contact avec le fond du cul-de-sac qui termine le bec de sonde. Sans cela, non-seulement l'extrémité de la sonde ne présenterait pas une rigidité convenable, mais encore le mandrin pourrait se déplacer, son extrémité ferait saillie par les ouvertures de la sonde et le canal de l'urèthre serait déchiré. 11 est encore important de ne point se servir d'un mandrin rouillé ou qui aurait séjourné dans la sonde, car on éprouverait de la difficulté à le retirer.
Le bec des sondes flexibles est absolument le même que celui des sondes métalliques ; le pavillon ne présente pas d'anneau ; celui du mandrin sert de point de repère. 11 va sans dire que tout point de repère est inutile quand on se sert d'une sonde droite.
On fabrique encore les sondes flexibles avec du caoutchouc vulcanisé et avec la gutta-percha. Nous n'insisterons pas ici sur les sondes de caoutchouc, nous nous sommes déjà étendu sur l'inaltérabilité de ce produit. Nous rappellerons toutefois que cette invention appartient encore à M. le docteur Ganel, qui, ainsi que nous l'avons déjà fait savoir dans plusieurs chapitres de cet ouvrage, a su utiliser cette substance et a rendu de grands services
à la chirurgie. , i • a
M Galante a fabriqué des sondes de caoutchouc vulcanisé, nui ont été employées avec succès par M. Nélalon. La flexibilité de ces sondes leur permet de suivre les sinuosités du cana sans érailler la muqueuse. L'introduction en est tres-facile et il n es plus possible de faire fausse route. La portion de sonde qui fait saillie d.ns la vessie se replie sur elle-même, n irrite pas es parois du réservoir et ne peutproduire d eschare, m de peitoraîion. Enfin l'inaltérabilité du caoutchouc vulcanisé permet de laisser longtemps ces sondes à demeure.
Dans une leçon sur les maladies des voies urinaires M le docteur Phillips (de Liège) a énuméré les avantages qui résultent
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de l'emploi des instruments de gutta-percha. Ce sujet avait alors un intérêt d'autant plus vif, qu'on venait de signaler en Angleterre des accidents dus à l'usage de cette substance nouvellement introduite dans la pratique.
Les chirurgiens anglais assurent qu'étant en contact avec la membrane muqueuse, ces sondes déterminent une vive irritation et que la manière dont on les fabrique peut être la source de véritables dangers. En elïel, pour faire ces sondes, on coupe une lame de gutta-percha d'un pouce de largeur, on l'enroule autour d'un mandrin, et l'on opère la soudure par la chaleur. Lorsque la sonde a séjourné dans l'urèthre, elle est ramolHe par la température du corps, et la soudure se rompt facilement, surtout à la courbure. M. Hawidns, chirurgien de l'hôpital Saint-Georges, a même retiré une de ces sondes qui s'était entièrement déroulée, et qui ressemblait à un cordon plat. Dans d'autres circonstances, l'instrument s'est brisé dans le canal, et une portion est restée dans la vessie. 11 y aurait là sans doute un motif très-valable pour rejeter l'emploi des sondes de gutta-percha, si les graves inconvénients que nous venons de signaler , et qui tiennent exclusivement à un vice de fabrication, n'avaient complètement disparu dans les sondes de gutta-percha confectionnées aujourd'hui à Paris. Elles sont étirées d'une seule pièce sur un mandrin, à la manière d'un tuyau de plomb sans soudure. La modification chimique qu'on a fait subir à la matière première les a rendues si solides et si peu excitantes, que des bougies ont pu rester à demeure pendant quatorze jours sans que le malade en ait souffert, et sans qu'elles se soient écaillées ou incrustées de matières lithiques.
De plus, ces sondes ont de nombreux avantao;es sur les instruments faits de tissu enduit d'huile de lin siccative. En effet, elles ont le poli et la flexibilité des meilleures sondes de gomme élastique ordinaire, et ne s'écaillent pas comme elles parïa chaleur du canal. Ajoutons qu'on peut instantanément leur donner les courbures les plus variées en les approchant de la flamme d'une bougie ou en les trempant dans l'eau chauffée à 35 ou 40 degrés; en se refroidissant, elles conservent la forme qui leur a été donnée. Enfin, il est possible de modifier la forme de leur extrémité, suivant les diverses exigences de la pratique; il suffit pour cela de la ramollir par la chaleur et de la pétrir entre les doigts mouillés ; on peut donc faire à l'instant même des bouts coniques ou olivaires, de grosseur variable.
Les chirurgiens connaissent les difficultés qu'on éprouve à contourner en spirale les bouts de bougies filiformes destinées à
CATUÉTÉRISME.
traverser les rétrécissements très-étroits. La gulla-perclia se prête facilement à conserver cette forme de spirale après que 1» bougie, enroulée sur une grosse épingle, a été trempée dans l'eau chaude (1 ).
Ajoutons cependant que ces sondes ne sont pas entrées dans la pratique usuelle des chirurgiens de Paris.
3" Bougies. — Aussi souples que les sondes dégomme élastique elles sont coniques, cylindriques ou fusiformes, de même grosseur ou plus petites que les sondes, etc. Les unes, de corde à boyau^ augmentent de volume par l'humidité, et sont employées pour combattre les rétrécissements ; d'autres, de même substance que les sondes, sont les bougies dites de gomme élastique ; d'autres enfin, les bougies emplasliques, sont formées d'une bandelette de linge demi-usé enduite d'une substance emplastique sur ses deux faces, et roulée en spirale autour d'une corde à boyau ou d'une baleine. Quelquefois, à Textrémité de ces bougies, on introduit dans une petite cavité, que l'on fait à l'instant même, un irès-petit morceau de nitrate d'argent : c'est ce qui constitue la bougie armée. Depuis quelques années on se sert avec avantage, pour le traitement des rétrécissements de l'urèlhre, de bougies de baleine terminées par une olive.
L'extrémité libre des bougies est, ou terminée en olive, oueffdée en spirale, bougies torlillécs, bougies à boule. M. Phillips conseille l'usage de bougies présentant sur leur longueur plusieurs renflements plus ou moins volumineux , bougies à uœuds. Ces instruments sont destinés à explorer l'urèthre dans le cas de rétrécissements valvulaires de ce canal.
On y ajoute, comme à l'extrémité des sondes élastiques, un petit cordon de cire d'Espagne creusé d'une rainure dans laquelle on place le fil qui doit maintenir la sonde ou bougie fixée dans la vessie.
Dans le traitement des rétrécissements du canal de l'urèlhre, on se sert aussi de bougies métalliques ; ces bougies sont le plus souvent d'étain (2).