‹ Manuel de petite chirurgie [electronic resource]Chapitre 236 sur 256 · OPÉRATION · texte numérisé non relu

OPÉRATION

Pour vacciner on se sert d'une aiguille à vaccin (fig. 17), qui n'est autre chose qu'une lancette ordinaire très-aiguë, terminée en fer de lance, et présentant sur une de ses faces une rainure dans laquelle se trouve le liquide que Ton veut inoculer. Mais une lancette ordinaire remplit aussi bien le but, et l'on ne s'embarrasse généralement pas d'un instrument à peu près inutile.

On charge la lancette en couvrant une de ses faces de vaccin, ou bien en plongeant sa pointe dans un bouton de vaccine arrivé au sixième ou même au huitième jour. La lancette chargée, tenue de la main droite comme une plume à écrire ; la main gauche, embrassant le membre au-dessous du point où l'on veut faire les piqûres, afin de tendre la peau, on pratique entre l'épiderme et le corps papillaire une petite ponction très- oblique et de 2 millimètres environ de profondeur. On laisse la lancette dans la plaie pendant quelques instants, on essuie ses deux faces sur la plaie, puis on la retire. Cette opération n'est presque point douloureuse; elle l'est si peu, que les enfants endormis ne se réveillent même pas pendant qu'on les vaccine, elle se fait avec une très-grande rapidité et donne lieu à l'écoulement d'une gouttelette de sang tout au plus.

Une seule piqûre peut suffire pour vacciner un individu et le préserver de la variole ; mais, comme souvent la vaccination ne réussit pas, il est bon d'en faire plusieurs : on en pratique ordinairement trois à chaque bras.

Lorsque l'opération est terminée, il faut laisser la peau à l'air libre, afin que le sang se dessèche sur la surface, et que le frottement ne fasse pas sortir la portion de virus qui est dans la plaie ; on couvre ensuite le bras d'un linge fin que l'on maintient fixé au moyen d'un bandage circulaire peu serré.

On peut vacciner les enfants à tout âge ; mais, à moins de circonstances particulières, telles que les épidémies de variole dans le voisinage, il sera bon d'attendre qu'ils aient deux ou trois mois; dans les cas exceptionnels dont je viens de parler, il faut vacciner les enfants aussitôt que cela est possible. Enfin il n'est jamais trop tard pour vacciner un individu : la vaccine réussit tout aussi bien chez un vieillard qui n'a pas eu la variole que chez un enfant.

Depuis ces dernières années, la revaccination a été faite sur une large échelle, et dans le but de faciliter l'inoculation, on s'est servi d'aiguilles cannelées pouvant être primitivement chargées de virus et abritées dans une sorte d'étui analogue à celui qui entoure le crayon de nitrate d'argent dans un porte-nitrate.

VACCINATION

On a même été plus loin, et pour éviter qu'un même instrument puisse servir à plusieurs inoculations, M. Guéride fabriqua sur les indications de M. Lorain, des épingles cannelées en acier,

Fio. iOi. — Épingles à vaccin.

dont le prix de revient est tel, que toute épingle ayant servi peut être jetée.

§ s. — Marche de la vaceînc.

Dans les deux ou trois premiers jours qui suivent l'inoculation, on ne voit rien ; mais à la fin du troisième jour au plus tard, on aperçoit un point rouge à la place de chaque piqûre. Cette petite rougeur paraît reposer sur une base dure ; le sommet présente

Fie. 405. — Vaccine au 4e jour. FiG. 406. — Vaccine au 68 jour.

â peu près l'apparence d'une piqûre de puce. Le quatrième jour, la rougeur est plus apparente, circulaire, ombiliquée au centre (fig. 405). Le cinquième jour, la teinte rouge est circulaire et enveloppe le bourrelet du centre, qui est plus saillant. Le sixième jour, le bourrelet augmente encore, devient plus large, et s'entoure d'une auréole argentée distendue par du liquide (flg. 406). Le septième jour, le bourrelet se distend, l'auréole inflammatoire s'étend encore, le tissu cellulaire sous-cutané s'enflamme. Le huitième jour, le bourrelet est plus large, plus rempli de matière ; l'auréole s'étend d'une piqûre à l'autre quand elles ne sont pas éloignées de plus de 3 centimètres (fig. 407). C'est le neuvième jour que la pustule acquiert son maximum de

Marche de la vaccine.

développement ; le sommet commence à se recouvrir d'une petite croûte noirâtre; la chaleur est mordicante, le bras pesant; le malade éprouve de )a douleur, quelquefois môme il existe un

FiG. 407. — Vaccine au Séjour. FiG. 408. — Vaccine au H* jour.

léger mouvement fébrile. Le dixième jour, le bourrelet vaccinal est plus aplati, plus large, repose sur une tuméfaction très-prononcée ; la douleur qu'éprouvent les malades est plus considérable ; quelquefois les ganglions de l'aisselle s'engorgent. Le onzième jour, la dessiccation commence ; le bouton, dur, aplati, dépourvu de liquide, se recouvre d'une croûte de couleur grise ou d'un jaune sale (fig. 408 ). C'est ainsi que se termine la période d'inflammation. A partir du douzième jour, on trouve sous la croûte du pus au lieu de liquide ; la quantité de pus devient de moins en moins considérable, l'inflammation disparaît complètement, et du vingtième au vingt-cinquième jour les croûtes tombent entièrement, laissant apercevoir une cicatrice pointillée très-facile à reconnaître, et qui ne s'elTace jamais.

La description que nous venons de donner de l'éruplion vaccinale peut facilement faire reconnaître la fausse vaccine de la vraie vaccine. Nous allons décrire la différence qui existe entre ces deux éruptions.

La fausse vaccine s'observe chez les individus qui ont déjà été vaccinés et qui le sont pour la seconde fois ; chez ceux qui ont eu la variole ou bien qui ont été vaccinés avec du vaccin de mauvaise quahté. Dans la fausse vaccine il n'y a pas de période d'inoculation, la suppuration se manifeste dès le deuxième, le troisième ou le quatrième jour ; la croûte est quelquefois trèslongue à se détacher; elle tombe souvent au bout de cinq ou six jours pour se reproduire, comme il arrive dans tous les ulcères. Enfin la fausse vaccine ne laisse point sur la peau des traces pointillées qui puissent la faire reconnaître.

JAMAIN. — Petile chir., 5» cdit.

VACCINATION

§ 3. — Cont^orvation et trani^initision «lu vaccin.

La meilleure manière de vacciner est sans contredit celle qui consiste à inoculer de bras à bras , en plongeant la lancette dans un bouton de vaccin et en portant sur les bras d'un autre individu le virus entraîné par les deux faces de l'instrument. Avant le cinquième jour il n'y a pas de liquide dans la pustule ; mais depuis le sixième jusqu'au commencement du neuvième, oa trouve de la sérosité qui constitue le véritable vaccin ; le pus qui succède à ce liquide ne s'inocule pas et produit de fausses vaccines : c'est depuis la fin du cinquième jour jusqu'au huitième que la propriété du vaccin est à son maximum d'intensité. Il faut donc autant que possible extraire le vaccin à celte époque, soit pour inoculer le vaccin de bras à bras, soit pour le conserver.

Nous devons ajouter qu'il est prudent de ne recueillir que le liquide de la pustule vaccinale, et d'éviter tout mélange du sang avec ce liquide. En effet, il résulte d'un travail de M. Viennois {\ ), que l'inoculation de la syphilis avec la vaccine ne serait possible que lorsqu'avec le vaccin on vient à inoculer du sang de l'individu vaccinifère. Quelle que soit la vérité de cette assertion, il ne faut pas moins tenir compte d'une pareille recommandation, et pour le vacciné et pour l'opérateur.

Bien que cette contagion de la syphilis par la vaccine soit en résumé exceptionnelle, il faut prendre les plus grandes précautions pour l'éviter, par conséquent examiner toujours avec beaucoup de soin le sujet qui sert de vaccinifère et le rejeter absolument dès qu'il semble quelque peu suspect.

C'est aussi pour éviter celte contagion, que la vaccmation animale a pris, dans ces dernières années, une extension considérable. 11 est évident que toutes les fois qu'on pourra se procurer des pustules parfaitement mûres de cowpox on devra les utiliser. Mais trop souvent ces pustules sont anciennes, ou bien ont servi déjà à pratiquer un grand nombre d'inoculations ; aussi les résultats obtenus sont-ils négatifs, et l'on vient, bien à tort, accuser le vaccin animal, tandis que la faute en est le plus souvent au vaccinateur ou bien au liquide expédié comme étant d excellent vaccin, recueilli à temps. , .

C'est, croyons -nous, tout le secret des insuccès si nombreux

(1) De la syphilis transmise par la vaccination, par le docteur A. Viennois {Archives générale des médecine, 1860).

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