DE LA DISTILLATION
renouvelée, et afin que les principes organiques tenus en dissolution n'adhèrent pas, dans certaines circonstances, à la paroi inférieure des vases et n'éprouvent pas un commencement de carbonisation.
Art. XIV. Ue la distillation.
La distillation est une opération très simple que Ton emploie toutes les fois qu'il est nécessaire de réduire un liquide quelconque à l'état de vapeur, et de condenser cette vapeur de manière à la recueillir et à obtenir un liquide qui ne diffère du liquide primitif qu'en ce qu'il ne tient pas en dissolution les substances fixes qui étaient dissoutes dans le liquide soumis à la distillation; toutes les fois qu'il s'agit de séparer des liquides qui bouillent à des températures différentes, et toutes les fois qu'on a besoin d'extraire d'une substance quelconque un principe volatil qui ne peut être séparé d'une manière avantageuse par une autre méthode, etc.
On exécute les distillations avec un alambic ou avec une cornue et l'on opère tantôt en chauffant directement le vase qui contient le liquide à distiller, et tantôt en interposant entre lui et le feu, de l'eau, de l'eau chargée de certains sels qui ont la propriété de retarder l'ébuliition , etc. On emploie quelquefois aussi de l'huile, du sable, du mercure, du métal fusible, etc.
On divisait autrefois la distillation en trois espèces qui étaient désignées parles mots ascensum, latus et descensum. La distillation per ascensum était la distillation à Falambic, la distillation per latus était la distillation à la cornue, et la distillation per descensum était une distillation qui s opérait en chauffant les substances médicamenteuses de manière à forcer la vapeur à descendre au lieu de monter.
Cette distillation fut bientôt abandonnée, parce qu'elle était plus nuisible qu'utile , et les définitions ascensum et latus furent confondues, car la distillation à la cornue, qui se fait par le côté, ne diffère en rien de la distillation a l'alambic. Les alambics sont ou de cuivre ou de verre. L'alambic ordinaire est composé d'une cucurbite de cuivre étamé, d'un bain-marie, d'un chapiteau et d'un serpentin d'étain, d'un réfrigérant de cuivre étamé, d'un entonnoir de cuivre étamé qui repose sur le bord du réfrigérant et qui descend jusqu'au fond du réfrigérant, afin de pouvoir faire arriver de l'eau froide à la partie inférieure du réfrigérant, et enfin d'un récipient.
La cucurbite doit porter deux douilles à sa partie supérieure. Le bain-marie doit avoir un couvercle d'étain, afin de pouvoir faire une macération, une infusion, une digestion, etc. Le couvercle doit avoir une tubulure pour pouvoir être employé avec utilité à faire plusieurs opérations. Le chapiteau doit porter une tubulure à sa partie supérieure. Le réfrigérant doit avoir un robinet à sa partie supérieure pour laisser l'eau chaude s'écouler lorsqu'on ajoute de l'eau froide, et un robinet à la partie inférieure, afin de pouvoir changer l'eau au besoin.
Le récipient n'est pas une partie essentielle de l'alambic, c'est une pièce additionnelle dont la forme varie beaucoup.
Lorsqu'on emploie une cornue pour faire une distillation, il faut engager le col de la cornue dans un ballon ou interposer entre la cornue et le ballon une allonge, afin d'éloigner le ballon ou le récipient du foyer, et introduire dans la cornue une feuille de platine roulée, ou de petits cailloux. Le ballon peut être avec ou sans tubulure. S'il est sans tubulure, on ne peut pas luter les ouvertures de l'appareil ; s'il a une tubulure, on peut luter ces ouvertures et adapter un long tube droit à la tubulure. Ce tube est utile
pour empêcher l'évaporation du liquide qui se condense dans le ballon, et pour conduire hors du laboratoire les gaz délétères qui se produisent dans quelques distillations.
Il est nécessaire de refroidir le ballon avec un courant d'eau froide, ou avec nn mélange de glace et de sel marin, d'acide chlorhydrique et de sulfate sodique, dans les proportions de 80 parties d'acide et de 100 parties de sulfate; ou bien d'une partie d'azotate d'ammoniaque et d'une partie d'eau.
§ 1. — Des eaux distillées.
On a donné le nom d'eaux distillées ou A'hydrolats à des médicaments officinaux que l'on prépare en distillant avec de l'eau les diverses parties des végétaux, avant ou après leur dessiccation.
Les eaux distillées contiennent une certaine quantité d'huile volatile et de matière organique qui communiquent à ces eaux des propriétés médicales analogues à celles des plantes qui servent à leur préparation.
La distillation n'étant pas une opération difficile à exécuter, nous nous contenterons défaire les recommandations suivantes.
Lutez le chapiteau à la cucurbite et au serpentin avec des bandes de papier enduites de colle faite avec de la farine.
Ne lutez pas le bain-marie avec la cucurbite, lorsque vous distillerez avec le bain-marie.
Modérez la chaleur, afin que le liquide de la cucurbite ne s'introduise pas, soulevé par une forte ébullition, dans le serpentin.
Placez un linge au-dessus des fleurs, etc., et maintcnez-le avec des baguettes croisées, afin que quelques parties des plantes ne puissent pas être entraînées dans le serpentin,
5^1 illT DE FORMULER.
Séparez les plantes du fond de la cucurbite par des baguettes ou par un linge, ou mieux par un double fond de cuivre étamé et percé de trous.
Laissez quelquefois macérer ces plantes avant de procéder à la distillation.
Faites quelquefois bouillir l'eau contenue dans la cucurbite avant d'ajouter les fleurs.
La quantité d'eau qu'il faut ajouter pour faire une distillation ne doit pas être seulement proportionnée à la quantité d'eau que l'on doit recueillir, et à la quantité d'eau que les substances médicamenteuses peuvent absorber, car il faut qu'il en reste assez, après la distillation, pour que le dé- •octé ne soit pas assez concentré pour adhérer à la paroi de a cucurbite et pour éprouver un commencement de comi)ustion.
L'eau du réfrigérant doit toujours être à une très basse température. Toutes les fois, cependant, que l'huile volatile de la plante qui est soumise à la distillation peut se solidifier à une température un peu basse, il ne faut renouveler l'eau du réfrigérant que rarement.
Enfin les eaux distillées doivent être filtrées à travers un filtre humide , afin d'enlever l'huile volatile qui n'est pas dissoute, parce que sa saveur est désagréable et son action quelquefois nuisible.
Quelques pharmaciens pensent que la distillation à la vapeur doit remplacer la distillation ordinaire, parce que les parties solubles des plantes qui se trouvent après une ébuliilion peu prolongée en contact avec les parois de la cucurbite, éprouvent un commencement d'altération qui communique à l'eau distillée une odeur peu agréable, et parce qu'en plaçant les plantes dans un vase éloigné du feu et en faisant arriver dans ce vase de la vapeur d'eau, on n'a pas à redouter cette altération. Ces observations se-
raient certainement de la plus haute importance s'il n'était pas facile de prouver que les eaux distillées qui sont préparées à la vapeur ne sont très bonnes que lorsqu'on opère en grand, et que la distillation ordinaire est préférable k la distillation à la vapeur lorsqu'on prépare peu d'eau distillée à la fois. M. Soubeiran, dans son excellent Traité de pharmacie, a divisé un certain nombre de plantes en plantes qui sont susceptibles d'être distillées à la vapeur et en plantes qui doivent être distillées à la manière ordinaire, et a décrit un appareil très simple pour distiller à la vapeur. Cet appareil se compose d'un alambic ordinaire avec son bainmarie, d'un tube assez long pour passer par l'ouverture du chapiteau, pénétrer jusqu'au fond dubain-marie et s'adapter à la douille de la cucurbite. On met les fleurs dans le bainmarie, on lute le tube avec la douille de la cucurbite, on chauffe, etc.
Beaucoup de pharmacologistes prescrivent, pour augmenter les propriétés des eaux distillées, de les recohober, c'est-à-dire de distiller plusieurs fois la même eau sur de nouvelles plantes. Cette méthode, qui était assez fréquemment suivie autrefois, et qui donne, avec certaines plantes, de bons produits, ne présente pas tous les avantages qui ont été signalés par les auteurs qui l'ont recommandée. Il est préférable de préparer ces eaux en augmentant le poids des plantes, ou bien en distillant le suc de quelques plantes, la laitue, par exemple.
Les eaux distillées ont été divisées en eaux odorantes et en eaux inodores ; puis en eaux monoïamiques et polyamiques. Nous n'insisterons pas sur ces divisions, car elles nous paraissent inutiles. D'ailleurs on n'emploie comme agents thérapeutiques que les eaux monoïamiques.
§ 2. — De la conservation des eaux distillées.
La conservation des eaux distillées présente de très grandes difficultés, parce qu'il n'est pas facile d'empêcher l'oxygène de l'air de se combiner avec les matières organiques qu'elles tiennent en dissolution, et de les modifier en les transformant en des produits nouveaux. Si l'oxygène est réellement la cause principale de l'altération de ces eaux, il est facile de prévoir qu'il suffira, pour les conserver, de les soustraire a l'action de cet agent en les versant dans des bouteilles, en bouchant bien celles-ci, et enles couchant dans un endroit frais. S'il est facile de conserver ainsi les eaux distillées, il est extrêmement difficile de les conserver lorsqu'elles sont placées dans les flacons des officines, parce qu'elles y sont constamment exposées à l'action de l'oxygène de l'air. Leur altération est d'autant plus prompte qu'elles contiennent moins d'huile volatile. Les principes organiques qu'elles tiennent en dissolution se transforment tantôt en produits nouveaux qui n'ont pas les propriétés des corps d'où ils naissent, tantôt en matières floconneuses qui augmentent insensiblement, jusqu'à ce que l'eau ait perdu son odeur ; tantôt en donnant à l'eau l'apparence d'un mucilage plus ou moins épais, et tantôt en détruisant son principe médical tout en lui laissant son odeur.
On a proposé, pour obvier a quelques uns de ces inconvénients, de filtrer souvent les eaux qui deviennent floconneuses. On peut traiter les eaux qui ont l'apparence d'un mucilage par la méthode d'Âppert (voy. p. 69) , pour leur rendre leur aspect ordinaire. Mais il est préférable de diviser les eaux distillées qui doivent être placées dans les officines dans de petites bouteilles ou dans de petits flacons, et de les conserver toujours pleins et toujours bouchés ; les flacons eu
DKS EAUX DISTILLÉES, 57
vidange ne doivent être bouchés qu'avec une capsule ou un papier. La raison en est facile à donner. Lorsqu'on renferme de l'eau distillée dans un flacon en vidange et qu'on le conserve dans un appartement , la température de l'eau s'équilibre avec la température de l'appartement , et l'eau émet de la vapeur qui se condense à la partie supérieure du flacon. La vapeur condensée qui ne contient, dans les conditions où les vapeurs se sont formées, que très peu d'huile volatile, se trouve en contact avec l'oxygène de l'atmosphère du flacon, s'altère promptement, prend une odeur de moisi en raison de l'érémacausie des matières organiques qu^elle contient, retombe à la surface de l'eau et détermine la décomposition de l'eau distillée. Ces phénomènes ne se produisent pas lorsque le flacon n'est pas bouché, parce qu'il se forme un courant d'air qui dessèche la vapeur qui se condense à la partie supérieure du flacon.
Quelques pharmaciens proposèrent, dans le but de les conserver, de les alcooliser, soit en versant de l'alcool dans la cucurbite, soit en en ajoutant aux eaux distillées, après leur distillation; mais cette proposition ne fut pas adoptée, parce que l'alcool change lodeur et la saveur des eaux distillées.
Un pharmacien qui était persuadé que les eaux aromatiques n'agissaient que parce qu'elles contenaient de l'huile volatile , proposa pour les préparer , de faire absorber de l'huile volatile à du carbonate de magnésie , de délayer ce carbonate avec de l'eau distillée , de laisser macérer pendant douze heures , en agitant de temps en temps , et de filtrer. On obtient, en suivant ce procédé, lorsqu'on emploie de très bonnes huiles volatiles , des eaux très agréables, mais le pharmacien ne peut avoir recours k ce procédé que lorsqu'il manque d'eau distillée, que lorsqu'il n'a plus à sa
disposition les plantes nécessaires, et lorsqu'il ne peut pas en demander à un confrère consciencieux.
Eau distillée simple.
gjjy quantité suffisante.
Mettez l'eau dans la cucurbite d'un alambic , ajoutez de l'alun, lutez et distillez pour obtenir les trois quarts de l'eau employée. Versez dans la cucurbite , par une des ouvertures latérales , un poids d'eau égal au poids de l'eau obtenue et continuez la distillation. En tenant compte de l'eau employée, de l'eau recueillie et de l'eau restée dans la cucurbite, on ne peut jamais fondre l étain qui recouvre le cuivre de la cucurbite, etc. Si l'on a la précaution de séparer le produit de la distillation en trois parties et d'isoler le second tiers, on a a sa disposition, dans ce second tiers, une eau distillée très pure (i).
L'emploi de l'alun est nécessaire pour décomposer le carbonate d'ammoniaque, etc., qui est contenu dans les eaux ordinaires.
(1) L'étain qui sert à fabriquer les serpentins, etc., et 1 alliage que le fabricant emploie pour les soudures contiennent toujours beaucoup de plomb, malgi^ la recommandation du pharmacien qui fau exécuter un alambic, sf, avec un appareil semblable, on prépare des eaux d.stiu/es ces eaux contiennent une certaine quantité de plomb qui, dans beaucoup de cas, empêche le pharmacien d'employer Veau simple pour faTre des expériences etc. N'ayant trouvé nulle part un moyen capable de remédier à cet inconvénient, j'ai proposé, pour donner aun alamb toutes les qualités désirables, de distiller des plantes ant.scorbut.ques ou de la moutarde, etc., et d'enlever l'odeur que ces plantes commun^uenU l'alamb,; avei un lavage à la vapeur. Dans cette opération "e plomb se recouvrant d'une couche de sulfure de plomb n est plus attaqué II est nécessaire de renouveler cette opération après la prépration de quelques eaux distillées, l'eau de fleur d'oranger par exemple.
Eau distillée de laurier-cerise.
Feuilles de laurier-cerise bien vertes et cueillies
avant le développement des fleurs 4 partie.
Coupez les feuilles, pilez-les, laissez-les macérer au moins douze heures et distillez pour obtenir une quantité d'eau égale au poids des feuilles employées. Agitez le récipient, filtrez l'eau à travers un filtre double et humide et ajoutez' pour assurer sa conservation , une goutte d'acide sulfurique pur à 66 degrés à 500 grammes d'eau distillée.
30 grammes d'eau de laurier-cerise contiennent 32 milligrammes d'acide cyanhydrique anhydre. Onze mois après sa préparation , cette eau ne contient plus , si elle n'a pas été additionnée d'acide sulfurique , que 20 milligrammes d'acide cyanhydrique.
Lorsqu'on étudie les formules qui ont été publiées pour préparer cette eau , on comprend pourquoi on n'est pas d'accord sur son efficacité , puisque l'acide cyanhydrique diminue avec le temps , et puisque les uns peuvent avoir fait leurs expériences avec l'eau du Codex de 1837 , qui est préparée en obtenant par la distillation un poids d'eau égal au poids des feuilles employées , tandis que les autres peuvent avoir expérimenté avec l'eau du Codex de 1818, qui est préparée en employant mille grammes de feuilles pour obtenir 500 grammes d'eau, ou bien, avec des eaux préparées en suivant les formules des pharmacopées étrangères, qui sont beaucoup plus ou beaucoup moins chargées que celles qui sont préparées d'après les Codex français, ou bien encore avec de l'eau de laurier-cerise de quelques pharmacies, qui ne contient , par 30 grammes, dix mois après sa préparation, que 17 dix^milligrammes (00,0017) d acide cyanhydrique.
ÀKT DE FORMULER.
Eau distillée de fleurs d'oranger.
Fleurs d'oranger ^ partie.
Eau q-s.
Mettez de l'eau dans la cucurbite, portez-la a l'ébuUition, ajoutez les fleurs, placez le chapiteau , lutez et distillez pour obtenir un poids d'eau égal au poids des fleurs employées.
Cette eau porte le nom d'eau quadruple : elle n'est jamais employée en médecine. L'eau réellement médicale est l'eau triple , c'est-k-dire celle qui peut être représentée par la fraction 2/3. Le 2 représente les parties des fleurs employées et le 3 les parties de l'eau recueillie. On obtient cette eau en employant deux parties de fleurs pour trois parties d'eau , ou bien , en mêlant deux parties d'eau quadruple et une partie d'eau distillée simple. On prépare l'eau double en mêlant une partie d'eau quadruple et une partie d'eau distillée simple.
L'eau de fleur d'oranger du commerce est très souyent falsifiée : on 1 étend de beaucoup d'eau , tantôt on la mêle avec de l'eau de feuilles d'oranger, avec de l'eau de fleurs d'oranger préparée avec de l'huile volatile. Quelques personnes pensent que l'eau de fleurs d'acacia peut servir à falsifier l'eau de fleurs d'oranger ; mais c'est une erreur, car l'odeur de l'eau distillée de fleurs d'acacia ne ressemble nullement à celle de Veau de fleur d'oranger.
On a proposé d'employer quelques gouttes d'acide sulfurique ou d'acide azotique pour reconnaître la pureté de celte eau. Sous l'influence de ces agents l'eau se colore en très peu de temps en rouge clair. La coloration se fait attendre longtemps si l'eau a été étendue et n'a pas lieu, si l'eau a été préparée avec de l'huile volatile : avec de l'eau de fleurs d'oranger double, la coloration est instantanée.
Rouelle a proposé de conserver les fleurs d oranger, etc. , lorsqu'on nen a pas assez pour une distillation, en les laissant macérer dans de l'eau salée, mais il est préférable de distiller de petites quantités de fleurs, \25 grammes, par exemple, que de conserver ces fleurs dans de l'eau salée.
L eau distillée des plantes aromatiques est toujours accompagnée d'une certaine quantité de matière huileuse qui ne se mêle pas à l'eau et qui nage à sa surface. Cette matière huileuse a reçu le nom d^huile volatile. Lorsqu'on opère avec de petites quantités de plantes , on se contente de recueillir l'eau dans un vase quelconque et de la filtrer à travers un filtre mouillé pour la débarrasser de l'huile volatile. Mais lorsqu'on a beaucoup de plantes on ne doit pas se borner à recueillir l'eau , car il est avantageux de ne pas perdre l'huile volatile. Pour la recueillir on emploie un récipient qui a été nommé récipient florentin. L'huile se rassemble à la partie supérieure du vase tandis que l'eau se rend dans un autre vase par le col de cygne qui est soudé à la base du récipient.
Le récipient florentin ne permettant pas de séparer facilement toute l'huile volatile, M. Chevallier a proposé une modification à ce récipient. Cette modification consiste à introduire dans le récipient florentin ordinaire un tube effilé à la partie inférieure, et à recevoir dans ce tube l'eau qui sort du serpentin. Lorsque la distillation est achevée, on bouche l'ouverture du tube, on le retire du récipient, on laisse écouler l'eau et l'on sépare très facilement l'huile volatile.
Il ne faut pas recevoir le produit de la distillation dans un récipient florentin vide, si l'on ne veut pas perdre beau^ coup d'huile volatile.
Art. XIT. — Bes siacs.
Oû a donné le nom de sucs des végétaux aux liquides que Fon peut extraire des plantes par un moyen quelconque. Ces sucs ont été divisés en sucs aqueux, sucs résineux, sucs laiteux , sucs huileux iixes et sucs huileux volatils.
Les sucs aqueux sont composés d'eau, de principes minéraux extraits du sol , et de substances organiques solubles ou insolubles qui ont pris naissance sous l'influence des organes des plantes : ils ont été divisés en sucs neutres ou extractifs, sucs sucrés et sucs acides.
§ 1. — Des sucs neutres.
Les sucs qui appartiennent à cette division ne sont pas tous exempts d'acide, car ils rougissent pour la plupart la teinture de tournesol. On les obtient en soumettant, à la contusion (1) dans un mortier de pierre ou de marbre, ou à l'action de la râpe et à la pression , une partie quelconque d un végétal ou d'une plante entière , fraîche , débarrassée de la terre, des parties étrangères, et même des parties qui ont subi un commencement de dessiccation. Le liquide que ion obtient est trouble, le plus ordinairement verdâtre. Il a besoin pour être utilisé , d'être débarrassé des parties qui sont tenues en suspension. Lorsque le suc est destiné à une préparation magistrale on se contente de le verser sur un filtre, après l'avoir abandonné au repos, pendant au moins un quart d'heure , et de ne recevoir le liquide dans le vase sur lequel î'enionnoir doit reposer définitivement, que lorsqu'il passe limpide. C'est ainsi que l'on préparait
(1) Lorsque le suc d'une plante est difficile à obtenir, parce qu1i est trop mucilagineus, on ajoute un peu d'eau en contusant la plante.
autrefois et que l'on prépare encore, rarement il est vrai , ces médicaments connus sous le nom de sucs d'herbes, médicaments à peu près inutiles et qui pourraient être facilement et plus utilement remplacés par de meilleurs médicaments.
La préparation des sucs d'herbes doit être faite dans un endroit très frais , parce que le filtre ne retient que les débris de la plante, la chlorophylle, un peu d'albumine devenue insoluble par suite de la réaction de certains corps sur l'albumine soluble ; et parce qu'il laisse passer, avec le suc , le reste de ralbiimine soluble , qui peut éprouver, suivant les variations atmosphériques, une modification qui détermine prompteoient l'altération du suc.
Lorsqu'on destine le suc à une préparation officinale, on peut le clarifier, en le chauffant, au bain-marie ou à la vapeur, dans un vase ouvert ou fermé, suivant la nature du suc, ou bien, comme l'a proposé M. Béral, en y ajoutant de l'alcool, lorsque la plante contient des principes actifs très volatils. Lorsqu'on a coagulé l'albumine on filtre le suc, eu bien on le passe à travers une étamine ou un blanchet.
On conçoit très bien que l'on ne puisse point employer de l'alcool pour coaguler l'albumine d'un suc qui est destiné à être administré à un malade sous le nom de suc d'herbes, mais on ne conçoit pas aussi bien pourquoi on ne pourrait pas séparer cette albumine par la chaleur. En admettant avec tous les pharmacologistes que, pendant la coagulation de l'albumine par la chaleur, le suc perd une partie de ses propriétés, il est cependant possible de reconnaître que ces sucs, qui n'ont pas des propriétés extrêmement énergiques, en ont encore assez cependant pour constituer un agent médical. On gagnerait plus à perdre, par la coagulation, nn peu des principes qui doivent agir , que de laisser l'ai-
bumine dans le suc ; car l'albumine végétale, comme tous ses congénères, se modifie promptement au contact de l'air, constitue une matière de la nature des ferments, et détermine promptement la fermentation dans les sucs, et nécessairement des altérations que nous ne sommes pas toujours à même d'apprécier convenablement.
§ 2. — ■ Des sucs sucrés.
On a donné le nom de sucs sucrés aux sucs des végétaux qui contiennent assez de sucre pour que leur saveur ait une certaine analogie avec Veau sucrée.
Les sucs sucrés que l'on peut extraire des plantes qui croissent sous un climat tempéré, sont ordinairement contenus, a une certaine époque de la végétation, dans les raines,' dans les tiges, etc., d un petit nombre de végétaux. Ces sucs contiennent, comme caractère distinctif, du sucre de canne.
On prépare les sucs sucrés qui sont employés en pharmacie, de la même manière que les sucs extractifs. Ces sucs doivent être privés, le plus promptement possible, de l'albumine qu'ils contiennent, afin qu'elle ne se transforme pas, sous l'influence de l'air, en un ferment capable de modifier le sucre cristallisable qu'ils renferment, etc.
§ 3, — Des sucs acides.
Les SUCS acides sont souvent employés en pharmacie. On les trouve dans les feuilles et, surtout dans les fruits de beaucoup de végétaux. Ces sucs contiennent un ou plusieurs acides libres, ou un ou plusieurs sels acides.
Les sucs des fruits contiennent en outre du sucre analogue au sucre de raisin, de l'albumine, de la pectine, qui se transforme en acides pectosique et pectique, par suite de la réaction de la pectase sur la pectine de ses sucs.
On prépare les sucs acides contenus dans les feuilles, de la même manière que les sucs neutres , mais on doit toujours choisir, pour extraire le suc des fruits, un procédé approprié à leur structure. L'extraction de ces sucs peut être divisée en trois catégories assez distinctes.
La première se compose des fruits qui peuvent être écrases avec les mains , et dont les sucs se clarifient lorsqu'on les expose pendant deux ou trois jours dans un endroit frais. La seconde comprend les fruits faciles a écraser avec les mains, mais dont les sucs ont besoin pour se clarifier d'être additionnés d'un peu de suc de cerise. La troisième renferme les fruits qui doivent être râpés après avoir été essuyés et privés de leurs semences ; leurs pulpes ou leurs sucs doivent être abandonnés à la cave jusqu'à ce que le suc soit clair.
Les berbéris, les cerises, les grenades, lorsqu'elles sont ouvertes et séparées du malicorium (écorce du fruit), les citrons, les oranges , privés de leur écorce et de leurs semences, les mûres, le nerprun et le verjus, appartiennent à la première catégorie.
Les framboises et les groseilles à la seconde. Le poids des cerises qu'il faut ajouter est égal au cinquième du poids des framboises, et au dixième du poids des groseilles.
Les coings et les pommes appartiennent à la troisième catégorie.
§ 4. — Des sucs résineux.
Les sucs résineux ne sont pas répandus dans tous les végétaux, car ils ne sont produits que par un certain nombre de plantes. Ils sont composés d'une huile volatile qui tient en dissolution une matière résineuse, qui est le produit de l'oxydation de l'huile volatile. On obtient ces sucs en blessant les plantes qui les contiennent, et en recueillant la matière résineuse qui s' écoule de la plaie.
§ 5. — Des sucs laiteux.
Les sucs laiteux sont produits par plusieurs familles de végétaux. On reconnaît facilement ces plantes à la propriété qu'elles ont de laisser suinter, lorsqu'on les blesse, un liquide lactescent.
Ces sucs sont presque tous composés d'huile volatile et de matières résineuses, tenues en suspension par une matière goinmeuse ; ils constituent, après leur dessiccation, la plupart des gommes résines.
Pour recueillir ces sucs on fait des incisions aux plantes, ou bien on opère de la même manière que s'il s'agissait de préparer un suc neutre. .
Quelques sucs laiteux comme la laitue, par exemple, doivent leur lactescence a de la cire.
§ 6. — Des sucs huileux fixes.
Les SUCS huileux fixes appartiennent k tous les végétaux : ils ne sont pas répandus en grande proportion dans toutes leurs parties, car ils se rassemblent généralement dans la graine pour être employés plus tard lu développement de l'embryon. Toute la plante en contient un peu ; mais on ne peut en extraire, par la pression, que lorsque la proportion dépasse 5 à 7 pour 100.
Ces sucs seront étudiés avec les corps gras.
§ 7. — Des sucs huileux volatils.
Ces SUCS sont très répandus dans les végétaux ; ce sont eux qui communiquent aux plantes l'odeur particulière, ca^ ractéristique souvent, quelque faible qu'elle soit, qu'elles répandent dans l'air et qu'elles abandonnent aux infuses. Ils ont reçu les noms d'huiles volatiles, d'huiles essentielles ou d'essences ; ils sont sécrétés dans de petites vésicules qui ,
le plus ordinairement sont placées à la périphérie des plantes, etc.
Les huiles volatiles qu'on peut extraire d'un même végétal ne sont pas toujours identiques entre elles, car on peut extraire de Véccrce, du tronc, des feuilles, des fleurs, des fruits, de quelques végétaux, des huiles volatiles qui ne se ressemblent nullement. C'est peut-être le même corps qui sert de base à toutes ces huiles volatiles et qui se transforme, par suite des modifications qu'il éprouve, sous l'influence de la respiration des diverses parties qui le contiennent, en autant d'huiles volatiles distinctes qu'il y a de parties différentes dans ces végétaux.
Ces huiles n'existent pas toujours toutes formées dans les végétaux, car les principes qui doivent les produire sont souvent déposés dans des cellules particulières, et ne peuvent donner naissance à ces liquides que lorsque les sucs aqueux de ces plantes sont mis en contact avec ces principes ( le raifort) ; lorsque la matière albuminoïde spéciale que contiennent certaines plantes se transforme au contact de Feau en un ferment particulier qui favorise le dédoublement des principes immédiats que contiennent aussi ces plantes, en huile volatile, etc., etc. (la synaptase et Famygdaline des amandes amères, etc.); et lorsque les éléments qui doivent donner naissance aux huiles volatiles sont placés, à l'aide de Feau et d'une température de 100 degrés, ou bien, à Faide de Feau, d'une fermentation et d'une température de 100 degrés, dans la sphère d'attraction nécessaire à leur combinaison (la fraxinelle et les raisins).
On peut produire artificiellement quelques huiles volatiles, en décomposant certaines matières organiques à une température élevée et en distillant, avec précaution, leurs produits pyrogénés; en laissant fermenter ou putréfier certaines
plantes, et en faisant réagir des produits chimiques sur certains corps organiques.
Pour extraire les huiles volatiles des plantes on emploie la pression, lorsque certaines parties des végétaux en contiennent beaucoup (le citron et les autres auranliacées) ; la distillation lorsqu'ils en contiennent moins (fleur d'oranger, de rosier, etc.) ; la fermentation et la distillation lorsque les éléments qui doivent constituer les huiles volatiles ont besoin d'être sollicités par une fermentation et par une température de 100 degrés (les raisins ou mieux les pellicules des raisins); la macération et la distillation lorsqu'il est nécessaire de faire agir la matière albuminoïde sur le principe immédiat, etc. (les amandes amères, le lauriercerise, la moutarde, etc.).
Les huiles volatiles sont liquides ou solides ; leur odeur est forte et pénétrante, leur saveur est acre, leur couleur est variable ; peu sont incolores ; toutes au contraire se colorent au contact de l'air, se résinifient en absorbant de l'oxygène et perdent leur odeur. L'odeur d'un grand nombre d'huiles volatiles est attribuée, par quelques physiciens, à un corps de transition qui prend naissance pendant l'érémacausie des huiles volatiles. Ce corps absorbe sans cesse de l'oxygenc à l'air et devient odorant ; les huiles de citron et de térébenthine peuvent être citées comme exemple, parce que lorsqu'on distille, avec précaution, ces huiles sur de la chaux, on obtient des huiles inodores, qui ne deviennent odorantes . que lorsqu'elles sont restées, pendant un certain temps , au ^.contact de l'air.
Les huiles volatiles peuvent être divisées en huiles volatiles légères et huiles volatiles pesantes , en prenant pour base leur manière de se comporter avec l'eau, ou en carbure d'hydrogène et en huiles oxygénées, ou bien en huiles basiques et huiles acides, ou huiles qui peuvent devenir acides