PRESCRIPTION DES SUBSTANCES MÉD. LIQ. PAR GOUTTES
auteurs des formulaires, des ouvrages destinés k l'enseignement , du Codex même ont approuvé cette manière de prescrire, et ont cherché à l'encourager, en publiant de petites tables indiquant combien il faut de gouttes d'un médicament liquide pour représenter un poids donné de ce médicament. Nous ne reproduirons pas ces tables, car nous engagerons les jeunes médecins à ne point s'habituer k prescrire par gouttes , cette méthode étant essentiellement vicieuse. Pour appuyer notre recommandation, nous signalerons les faits suivants, qui nous paraissent de nature k ne laisser aucune incertitude dans l'esprit des plus grands partisans de cette méthode. Les gouttes qui tombent de plusieurs flacons ne pèsent pas le même poids. Le poids de ces gouttes dépend de la capacité du flacon , de la facilité avec laquelle le liquide mouille le verre, de la largeur du goulot , de la propreté et du diamètre de la partie renversée du goulot, de la vitesse de l'écoulement des gouttes, de la quantité de liquide que le flacon contient, et de la manière dont on fait tomber les gouttes. Les gouttes qui tombent d'un flacon tout ouvert pèsent souvent moitié moins que celles qui tombent du même flacon k demi fermé, c'estk-dire d'un flacon dans le goulot duquel on laisse le bouchon pour faciliter l'instillation, et enfin le fait le plus capital , le médecin ne connaît jamais ce qu'il emploie d'un agent thérapeutique lorsqu'il prescrit un certain nombre de gouttes d'une préparation pharmaceutique liquide.
Nous ajoutons cependant que le dosage d'un médicament k la goutte peut être employé avec un peu de certitude lorsqu'on a titré un médicament au poids, lorsqu'on a déterminé, en prenant la moyenne de plusieurs expériences, le nombre de gouttes qui représente ce poids, lorsqu'on a le soin de retirer entièrement le bouchon du flacon , de toujours verser les gouttes du même côté du flacon , de
mouiller avec le bouchon, la partie du col où le liquide doit s'écouler, et lorsqu'on a l'attention de ne mettre dans le flacon que la moitié du liquide qu'il peut contenir , afin qu'en versant les gouttes, l'axe du flacon s'écarte peu de la ligne horizontale.
AKT. IiXXX. — De la traduction des anciennes formules en grammes.
A l'époque où les grammes furent imposés aux commerçants, aux pharmaciens, etc., on publia des tables pour apprendre à convertir les anciens poids en grammes. Nous publiâmes même en 1839, dans la Gazette médicale, des observations sur ce sujet. Les moyens qu'on proposait alors étaient très bons pour familiariser avec les grammes les médecins qui se servaient depuis longtemps des anciens poids; mais ils n'étaient pas de nature à être employés pour convertir exactement les poids des anciennes formules en grammes, et nous pensons qu'il est utile d'attirer l'attention des jeunes médecins sur la manière de convertir ces poids en grammes; car beaucoup d'entre eux pourront peut-être désirer un jour faire exécuter des formules qu'ils trouveront dans des anciens ouvrages.
Ce moyen consiste à rechercher si les formules sont bien dosées , à réduire les poids de ces formules en parties et à transformer ces parties en grammes. Cette manière de traduire les anciens poids est préférable à celle qui prescrit de substituer aux grains, aux gros, aux onces, etc., des poids de 5 centigrammes, de k grammes, de 30 ou 32 grammes, etc. , parce que ces nombres ne sont pas les équivalents des anciens poids. Nous recommanderons encore de ne pas imiter les auteurs qui , après avoir converti les poids anciens en grammes, conservent la division des anciens auteurs, sans
DE LA MODIFICATION DES FORMULES
s'apercevoir qu'ils font souvent diviser en parties duodécimales des médicaments qui devraient être divisés en parties décimales.
ART. IiXXXI. — ©e la modification des formules.
Beaucoup de savants praticiens pensent qu'il ne faut jamais modifier les préparations pharmaceutiques qui ont été étudiées avec soin , et qui ont été signalées par de bons expérimentateurs, parce qu'un léger changement dans les proportions des substances médicamenteuses peut détruire complètement, ou au moins diminuer considérablement les propriétés de ces médicaments, et nécessiter de nouvelles expériences pour constater qu'ils ont autant de propriétés que les anciens. Nous partageons certainement l'opinion de ces savants, mais nous la partageons dans de certaines limites; ainsi, tandis que nous pensons que l'on ne doit pas modifier la thériaque, le diascordium, la confection d'hyacinthe, les pilules de cynoglosse, etc., en retranchant un certain nombre de substances que l'on considère comme inertes, etc. , pour les remplacer, ou ne pas les remplacer par d'autres , nous croyons qu'on peut sans inconvénient modifier le dosage de toutes les formules qui ne sont pas convenablement dosées.
Nous ne voulons pas, par exemple, quon retranche, commeonl'a proposé, delà formule des pilules de cynoglosse, 1 gramme de semences de jusquiame, 1 gramme d'extrait d'opium, 18 grammes de myrrhe et 20 grammes d'oliban, en tout /lO grammes, pour remplacer ces substances médicamenteuses par kk grammes de poudre de cynoglosse ; mais nous croyons que c'est perfectionner la composition de ces pilules que de proposer de la modifier comme nous Tavons indiqué page 147, parce que le médecin sait ce qu'il prescrit et le pharmacien ce qu'il prépare.
AHT DE FORMULER.
Nous croyons encore que, lorsqu'on reconnaît, en étudiant une formule, que l'auteur s'est contenté, pour la composer, d'inscrire dans un certain ordre, les noms de plusieurs substances médicamenteuses, et de faire suivre ces noms de chifires qui représentent des poids qui ont entre eux un certain rapport de proportions arithmétiques ou géométriques, sans avoir pensé au vrai dosage de la préparation; ou bien que l'auteur d'une formule laisse à tous les pharmaciens le soin de mélanger les substances prescrites selon les principes pharmaceutiques, et la liberté d'ajouter telle ou telle substance à leur choix, pour préparer convenablement son médicament, sans tenir compte, dans le dosage, du poids des substances qui peuvent être ajoutées; nous disons que les médecins ne doivent jamais prescrire ces formules telles qu'elles ont été publiées, et qu'il est du devoir des pharmaciens de proposer de modifier les formules qu'ils reconnaissent mauvaises; car c'est rendre service aux médecins, aux pharmaciens, et surtout aux malades, que de publier des formules composées de manière que tous les médecins en connaissent la composition , et que tous les pharniaciens puissent délivrer des médicaments qui aient les mêmes propriétés physiques et thérapeutiques. D'ailleurs, lorsqu'un auteur dose un médicament de manière que chaque prise de ce médicament représente 0,00416666, etc., d'une substance médicamenteuse, on ne peut pas affirmer sérieusement que c'est dénaturer complètement cette préparation , que de la doser de manière que la prise représente exactement 4 milligrammes de la même substance médicamenteuse.