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EAUX DISTILLÉES

On donne le nom d’eaux distillées à l’eau qui a été chargée par la distillation des principes volatils des végétaux. Tous les matériaux susceptibles de se volatiliser, et qui sont contenus dans les plantes, passent avec l’eau pendant la distillation. C’est principalement l’huile volatile; mais il s’élève d’autres corps qui compliquent la composition des eaux distillées. Us nous sont mal connus. L’analyse ne nous a rien appris sur leur nature : leur présence dans les eaux distillées peut , dans le plus grand nombre de cas , être considérée comme accessoire , et nous les voyons souvent nuire à leur conservation , sans y reconnaître aucune propriété médicale. Toutefois, les eaux distillées ne sont pas de simples solutions d’huiles essentielles. On a cherché à les préparer artificiellement en agitant de l’eau distillée simple avec quelques gouttes d’huile essentielle; mais ce procédé, fort économique, ne remplit pas le but qu’on s’était proposé. L’odeur et !;j saveur ne sont plus les mêmes, et le produit s’altère très-rapidement. Au reste, la nature chimique des huiles essentielles nous est si mal connue, et nous avons tant de raisons de les considérer, pour la plupart , comme des corps complexes, que nous ne pouvons

rien offrir que des conjectures sur la composition des eaux distillées.

Comment explique^ le passage des huiles volatiles à la distillation en même temps que l’eau ? Nous savons qu’elles n’entrent en ébullition que bien au-dessus de 100 degrés, et que, par conséquent, elles sont encore éloignées de leur terme d’ébullition à la température à laquelle on les distille : mais rappelons-nous qu’à toute espèce de température, les liquides et mêmes les solides ont la propriété de former une certaine quantité de vapeur; que la quantité de vapeur qui peut se former d>ans un espace circonscrit et à une température constante, est toujours la même, et que la proportion. en est d’autant plus considérable que la température est plus élevée. De ces lois, découlera naturellement cette conséquence qu’en rendant inlini, c’est-à-dire, sans limite, l’espace dans lequel se trouve un liquide, on le vaporisera entièrement quelle que soit la température ; mais que sa vapcrisalion complète exigera d’autant moins d’espace que la température sera plus élevée.

Il est facile de faire l’application de ces principes à la préparation des eaux distillées. L’huile volatile, à la chaleur ordinaire de l’atmosphère, formerait de la vapeur. 11 s’en produit plus encore à — ioo°, température à laquelle la distillation a lieu : de sorte qu’en même temps qu’il se produit de la vapeur d’eau , il se fait une quantité proportionnelle de vapeur d’essence; si bien qu’au brut d’un certain temps, celle-ci aura passé tout en-

tière dans le récipient. Elle s’est trouvée dans les mêmes conditions que si l'espace eût élé infini, puisque l’atmosphère de vapeur aqueuse qui remplissait l’alambic, après s’ètre saturée d’huile, était condensée à mesure de sa formation, et remplacée par de nouvelle vapeur aqueuse qui, à son tour, se chargeait d’huile essentielle, et, qui, en repassant à l’état liquide,, livrait l’espace à un nouveau mélange.

Puisque la quantité de vapeur que peut contenir un espace est plus considérable à mesure que la température est plus élevée, on pourra faciliter la distillation de l’huile essentielle, en ajoutant à l’eau des corps qui retardent son ébullition. Nous verrons que l’on a utilisé celte observation dans l’extraction de certaines huiles volatiles.

Les anciens pharrnacologistes distinguaient deux espèces d’eaux distillées; les eaux essentielles et les eaux distillées proprement dites. Les premières sont tout-à-fait rejetées de la pratique médicale. On les obtenait en distillant au bain-marie les parties charnues de certains végétaux ou des plantes entières assez riches d’eau de végétation pour fournir à l’opération, et retenir les principes odorans et volatils. On traitait, de celte manière, plusieurs crucifères, tels que le cresson, le raifort, le cochléaria. Les fleurs fournissaient peu de ces ■ aux essentielles, mais on en relirait abondamment de plusieurs fruits.

Celles de fraises , de framboises , de groseilles, de prunes, de pêches, sont très-agréables, et peut-

i;lrc pouirait-on les utiliser dans la préparation des liqueurs.

Les eaux distillées ont ordinairement l’odeur des plantes qui les ont fournies. Certaines plant' s ne contiennent que peu ou point d’huile volatile , et ce n’est que par une pratique particulière que 1 on peut charger l’eau de leur principe odorant ; de là, la division des eaux distillées en eaux distillées des plantes inodores, et eaux distillées des plantes odorantes. Les premières ont une odeur herbacée, toujours à peu près la même, et l’on a cru long-temps qu’elles n’avaient aucune propriété. Cela est vrai, ou peu s’en faut, quand on s’est contenté d’une seule distillation ; mais MM. Deyeux et Clarion ont fait voir que, lorsqu’elles étaient bien préparées, elles méritaient plus de confiance, et que, pour obtenir des plantes inodores tous les principes qu’elles peuvent céder à l’eau par la distillation , il faut recohober trois eu quatre fois le produit sur de nouvelles plantes; c’est-à-dire, reverser à trois ou quatre reprises la liqueur distillée sur des plantes nouvelles, et pioeéder , à chaque fois, à une nouvelle opération.

Par ce piocédé, l’eau de laitue devient calmante, l’eau de centaurée se recouvre d’une huile épaisse ayant une saveur âcre et très mordicante, M. Brossât a préparé, avec la fleur du tilleul, une eau distillée d’un effet très-marqué sur l’économie animale. Mlle cause une sorte d’ivresse et d’hilarité qui est suivie de sommeil. Les observations suivantes, que nous devons à un pharmacien aile-

mand , nous confirment , dans cette opinion, que les eaux distillées des plantes inodores sont bien loin d’être identiques entre elles. 11 a vu qu’elles se congèlent à des températures différentes; l’eau de laitue et celle de pourpier, plutôt que l’eau de pavot; celles-ci avant l’eau de plantain ou de chi corée. On ne peut expliquer ces phénomènes que par des différences dans la nature des principes qui sont en dissolution.

11 est des règles générales auxquelles on doit s’assujetir dans la préparation des eaux distillées, ftous allons les passer successivement en revue :

i° On doit employer les parties des végétaux qui senties plus riches en principes aromatiques. C’est ainsi que l’on préfère les racines des nmomées, les écorces et les fruits des laminées : on ne se sert que des Ileurs de l’oranger, du rosier, du sureau, du tilleul. Dans les labiées, toutes les parties sont aromatiques, et on les emploie indifféremment. Cependant , comme l’huile volatile abonde surtout dans le calice, il serait avantageux de donner la préférence aux sommités fleuries. On s’astreindra, d’aillt :urs, à toutes les règles que nous avons données en parlant de l’élection en général;

a" Plus généralement on emploie des végétaux frais à la séparation des eaux distillées. Us donnent un produit plus odorant. Le contraire a lieu pour certaines labiées comme le serpolet et l’origan. il en est de même du sureau et du tilleul. Au reste , l’eau distillée de ces plantes fraîches est d aussi benne qualité.

5” Avant de soumettre les végétaux ou les parties de végétaux à la distillation, il faut les diviser convenablement. On râpe les bois, on concasse les racines et les écorces, on brise les feuilles; on peut même piler les plantes inodores, mais les plantes aromatiques doivent être employées entières, pour qu’il ne se perde aucune portion de leur principe odorant.

Les matières sèches doivent être laissées en macération avant qu’il ne soit procédé à leur distillation , et celle-ci doit être d’autant plus prolongée que leur tissu est plus dense. Ici la macération a pour objet de pénétrer le tissu des corps, et de le ramollir pour faciliter la sortie des matériaux immédiats qu’ils renferment.

4° La proportion d’eau ne peut être fixée. 11 faut en mettre assez pour que les plantes en soient encore baignées convenablement après la distillation , sans quoi, elles acquièrent une odeur et une saveur empyrameutique désagréable. On fait en sorte que les plantes ne puissent s’attacher à la cucurbite, et y brûler; on y parvient en prenant une quantité d’eau suffisante, et en plaçant les plantes sur un châssis de bois qui les empêche de toucher le fond de la cueurbite. On se sert avec plus d’avantage encore d’un double fond percé de trous, qui s’enfonce dans la cueurbite, et qui laisse les plantes exposées à toute l’action du liquide sans qu’elles risquent d’être décomposées par la chaleur. A la pharmacie centrale des hôpitaux , on emploie pour faire l’eau de (leur d’oranger, un bain

marie en cuivre étamé percé à son fond de Irons assez larges, et sur lequel on inet la fleur. Ce bainmarie pénètre dans la cueurbitc, mais il ne s’y enfonce pas assez pour plonger dans le liquide ; par ce moyen , les Heurs sont exposées seulement à l’action de la vapeur d’eau , le produit est plus suave, et l’huile essentielle est mieux combinée; aussi s’en sépare-t-il à peine. Ce procédé est applicable à la préparation de toutes les eaux distillées.

5° On retire ordinairement un poids d’eau distillée double de celui de la plante qui la fournil.

Les matières exotiques très-riches en huile essentielle, comme la cascarille, le sassafras, les giroffles , donneraient un produit trop chargé. On en retire quatre fois autant que l’on a employé rie matière aromatique.

Le premier produit qui passe à la distillation est très-suave; le second est plus chargé d’huile, mais son odeur est moins agréable ; enfin les derniers produits sont très-faibles, et commencent à avoir une odeur désagréable. C’est celle que prennent toutes les plantes par une coction prolongée; elle sc perd au bout de quelques temps ; on peut la détruire sur-le-champ en plongeant les eaux distillées dans un bain de glace. M. le professeur Nachet a remarqué en outre qu’elles acquièrent par ce moyen une odeur plus forte, et qu’elles se conservent mieux.

Les derniers produits de la distillation contiennent l’acide acétique que les plantes recèlent souvent à l’état libre. M. Boullay a observé, entre

autres , que la Heur d’oranger en contient une quantité notable, et qu’il passe à la distillation a mesure que celle-ci avance , de telle sorte que la première eau que l’on recueille n’est pas acide, et qu’elle le devient ensuite de plus en plus. Il est possible toutefois de se procurer de l’eau de fleur d’oranger qui ne soit pas acide. Il faut, suivant le conseil de M. Bouliay, mettre dans la cucurbite deux gros de magnésie par livre de fleurs. La pelasse ou la soude employées au même usage altéreraient l’huile essentielle.

6° Les eaux distillées doivent être préparées promptement, car le séjour tiop prolongé des plantes sur le feu diminue la proportion d’huile essentielle. Il semblerait qu’elle s’est altérée ou qu’elle a formé quelque nouvelle combinaison. L ne chaleur trop forte donne des résultats semblables. Bucholz a remarqué que les eaux distillées contiennent moins d’huile volatile quand la distillation s’est faite brusquement. 11 conviendra de se servir autant que possible du procédé que M. Boullay a recommandé pour l’eau de fleurs d’oranger. 11 consiste à porter l’eau à l’ébullition avant de mettre la fleur, à introduire celle-ci, et à achever la distillation. On se trouverait bien d’appliquer cette méthode à tous les corps dont le tissu peu serré est aisément pénétré par l’eau.

Les eailx distillées entraînent souvent avec elles un excès d’huile volatile qui vient nager à leur surface. 11 faut avoir l’attention de les en débarrasser par la filtration. A cet effet, on place un

flllrfi de papier dans un entonnoir, on l’Iiumecte préalablement avec de l’eau, et l’on verse ensuite dessus l’eau distillée. Elle traverse les pores du filtre sans que celui-ci livre passage à l'huile. On conçoit quel effet fâcheux pourrait être produit par ces huiles essentielles, toutes ayant beaucoup d’àcreté , et quelques-unes étant vénéneuses, par exemple, les essences de laurier-cerise, de pêcher, d’amandes amères.

S" Les eaux distillées s’altèrent très-vite, et il faut les renouveler souvent. Leur décomposition est surtout rapide quand elles sont exposées à la lu mière. Elles perdent leur odeur , laissent précipiter des flocons, et passent h la putréfaction. Les eaux distillées des plantes inodores sont principalement sujèles à ce genre d’altération ; elles ne peuvent même pas être conservées quand on les a cohobécs un grand nombre fie fois.

L’eau de bourrache, qui est acide quand elle vient d’être préparée, devient ammoniacale au bout de quelques jours. On observe qu’elle se conserve mieux quand elle a été faite avec les fleurs.

Les eaux distillées aromatiques résistent mieux à la décomposition. On remarque qu’en général elle est plus prompte quand les eaux ont été distillées plus brusquement; et Bucholz l’attribue è ce qu’elles sont moins chargées d’huile volatile.

Les changcmens qui se produisent dans les eaux distillées pendant leur décomposition ne sont pas connus; quelques chimistes pensent que l’huile se transforme en mucilage; ce qu’il y a de certain ,

c est que BanhofT ayant fait dissoudre dans IVan distillée des huiles de citron, de valériane, de menthe et de fenouil, el les ayant abandonnée* dans des vases bien bouchés, y trouva au bout de quelques semaines un dépôt mucilagineux.

b’un des produits constans de la décomposition des eaux distillées est l’acide acétique. Les distillateurs des provinces méridionales sont dans l’usage de conserver et d’expédier l’eau de Heur» d’oranger dans des estagnons en cuivre. Plusieurs fois l’acide acétique existant naturellement dans cette eau, joint à celui qui s’y développe à la longue, a rendu I eau de fleurs d’oranger fort insalubre.

Pour parer à la décomposition des eaux distillées, on les conserve dans des vases opaques ou dans des lieux obscurs , et on les place au frais. Il faut les filtrer de temps en temps, et ne les boucher qu’imparfaite ment ; un simple bouchon en papier suffit. Malgré ces précautions, elles s’altèrent promptement, el il est nécessaire de les renouveler tous les ans.

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