‹ Manuel de pharmacie theorique et pratiqueChapitre 26 sur 93 · DES TISANES · texte numérisé non relu

DES TISANES

Une tisane est une boisson peu chargée de principes médicamenteux (fui sert de boisson ordinaire aux malades.

Comme le malade est obligé d’y revenir souvent ,

il faut que les tisanes soient légères et le moins désagréables possible. On peut les édulcorer à volonté. Avant de les administrer, on les clarifie par le repos , plus rarement par la filtration.

La manière de préparer les tisanes est eitrêmement variée, et dépend non-seulement de la nature des substances qui leur servent de base, mais encore des parties que l’on veut en extraire. La prescription des tisanes exige du médecin qui la fait une connaissance exacte de la nature chimique de chaque substance. C’est la seule base rationnelle sur laquelle il puisse appuyer ses formules, >uus allon s indiquer, autant que la matière le permet , les règles générales applicables à leur préparation.

x“ On prépare des tisanes par simple solution : c’est quand les substances qui doivent les composer ont été prélablemcnt isolées et séparées de tout corps étranger. Ainsi, on fait l’hydromel simple en fondant le miel dans l’eau, l’oxicrat en substituant Poximel simple au miel , la limonade sulfurique en acidulant de l’eau par l’acide sulfurique, et en y ajoutant la quantité de sucre convenable.

La tisane de gomme, celle de cachou , ne sont également que de simples solutions. Celle de gomme est souvent préparée avec la gomme en poudre ; il est préférable de se servir de gomme entière; la dessication et la pulvérisation faisant développer dans la gomme une matière âcre et acide. La gomme est d’abord lavée pour isoler ur.c matière amère qui réside à sa surface ; on verse

ensuite dessus de l’eau froide, et l’on facilite la dissolution en agitant de temps en temps.

L’eau de chaux, l’eau camphrée, l’eau chargée d’huile animale de Dippel ou d’huiles essentielles, sont encore de véritables tisanes préparées par solution. On obtient toutes les solutions d’huiles en agitant avec de l’eau un excès de chacune de ces substances dans la proportion prescrite, jusqu’il ce que la saturation soit opérée ; puis l’on filtre.

Pour faciliter la dissolution du camphre , on le prend précipité de sa dissolution alcoolique. A cet effet, après avoir dissout du camphre dans l’alcool , on mêle la liqueur avec de l’eau ; le camphre se sépare dans un état de division qui permet l’eau de l’attaquer plus aisément.

Pour avoir de l’eau de chaux, on prend de la chaux éteinte (hydrate de chaux), et on en met un excès en contact avec de l’eau. Au bout de vingtquatre heures, on liltre; on ajoute de nouvelle eau sur le marc qui peut ainsi fournir successivement de nouveaux produits. L’eau de chaux doit être conservée dans des vases fermés, car l’acide carbonique de l’air se combine è la chaux, cl la transforme en carbonate. C’est ce sel qui forme la pellicule qui se montre à la surface de l’eau de chaux qui est restée exposée il l’air.

On doit rejeter la première solution de chaux. Elle est plus alcaline que les autres, parce que le carbonate de potasse provenant des cendres qui salissent toujours la chaux du commerce , est décomposé et transformé en alcali caustique, qui se

dissout le premier : voilà pourquoi on prescrit ordinairement l’eau de chaux seconde. Ce médicament ne cesse plus d’être toujours identique, une ibis que la potasse a été soustraite.

C’est peut-être encore dans les tisanes faites par simple solution que doit rentrer l’eau de goudron. Disons toutefois que l’on ignore si toute la substance du goudron se dissout. On sait seulement que pendant fort long-temps le même goudron fournit un médicament qui ne parait pas varier dans sa nature. Rien n’est plus simple que la préparation de l’eau de goudron : on met dans une cruche du bon goudron, et l’on verse dessus environ -trente fois son poids d’eau , on agite de temps en temps , et au bout de huit jours on passe au liltre. On peut un grand nombre de fois jeter sur le marc de nouvelle eau qui se saturera à son tour. L’eau de goudron est odorante et un peu acide; elle ne contient pas plus d’un quart de grain de principe soluble par once, cependant, on est souvent obligé de l’étendre d’une nouvelle quantité d’eau pour l’administrer aux malades.

2° Quand une substance est formée tout entière (sauf le tissu végétal) de principes solubles dans l’eau, on les extrait par macération, par infusion ou par décoction.

On fait rarement usage de la macération, bien qu’on pourrait s’en servir dans un grand nombre de cas.

On fait par infusion les tisanes avec les corps ijui cèdent facilement leurs principes solubles à

l’eau ïi raison de la finesse de leur tissu , ou qui contiennent des principes volatiles qu’une chaleur prolongée dissiperait. Ainsi, un traite par infusion les fleurs et les feuilles des végétaux , les fruits des oinbellifères , la racine de sassafras, l’écorce de cannelle, etc.

La décoction est employée quand on a affaire à des matières très-denses ou qui ne se dissolvent que par l’action prolongée de la chaleur. L’ébullition est soutenue plus ou moins de temps suivant la nature diverse des corps qui sont soumis à son action : ainsi, une décoction légère suffira pour les racines d’asperge , de canne , l’écorce de siniarouba, le bois de Surinam , etc. ; on devra la prolonger longtemps pour l’orge et le riz. En effet, les fruits des céréales sont formés presque entièrement d’amidon enveloppé dans un réseau organique qui le défend de l’action de l’eau; aussi celle-ci n’agit-elle efficacement comme élément de dissolution , que lorsque l’humidité et la chaleur ont pénétré le grain, et en déchirant ses cellules, ont livré la fécule à la force dissolvante du liquide.

5" Lorsqu’une substance outre des principes solubles contient de l’amidon, il esta propos de la concasser et de la traiter il froid ou seulement par infusion pour ne pas dissoudre la fécule, qui ne ferait qu’épaissir la tisane et la rendre plus désagréable sans ajouter à ses propriétés. Eu se conformant à cette règle, on ne soumettra pas à l’ébullition les racines de Colombo , de tormcntillc, de bardanc , d’année, de rhubarbe , de historié , de

salsepareille , de patience, etc. Cependant quand la proportion d’amidon sera peu considérable, on pourra faire bouillir; c’est ainsi, par exemple, qu’on prépare par décoction la tisane de .atanhia, il se précipite par le refroidissement une petite quantité d’un composé insoluble de fecule et

de tannin, mais la quantité en est s, faible qu on

peut sans inconvénient la négliger.

Voici , d’après M. Robert , un tableau de racines amylacées, et d’autres qui ne le sont pas. sera utile à consulter dans la pratique.

Page 1