‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 157 sur 591 · DESTIN DE L’ART ANTIQUE · texte numérisé non relu

DESTIN DE L’ART ANTIQUE

Destin de l’Art antique. — Dans l’histoire de l’art, comme dans celle des idées, le progrès de la science tend à vérifier la loi de * continuité. L’art du moyen âge n’est pas, comme on l’a dit, un art germanique opposé à l’art grec : il dérive- de l’art antique, mais en le continuant, tandis que l’art de la Renaissance en dérive directement, le copie. L’Église naissante emprunta les types classiques, comme dans ce tableau d’un cimetière chrétien de Rome qui représente le Bon Pasteur attirant à lui les âmes, presque identique à une fresque de Pompéi, où le modèle du Bon Pasteur est Orphée1. Persécutée ou victorieuse, l’Église ne fut pas iconoclaste2 : malgré les violences de langage d’un Tertullien, que l’idolâtrie persistante épouvantait, elle ne jeta pas l’anathème sur Part païen, mais se l’appropria. De môme, en littérature5, après les essais stériles de Commodien pour créer une poésie nouvelle, populaire et prématurément barbare, l’auteur du Phénix (Lactance) se montre à nous comme un élève des classiques. Une alliance s’est faite autrefois entre l’Église et l’art antique; et, dans les temps les plus tristes du moyen âge, il semble que les moines laborieux qui perpétuent les chefs-d’œuvre du passé n’en ont pas perdu tout souvenir4.

l’empereur couronné par la Terre, l’Océan et l’Abondance, et Tibère vainqueur des Pannoniens. — II. Le Camée de Paris, envoyé à saint Louis par Baudouin II, le plus grand et le plus riche en ligures, représentant la famille d'Auguste quelque temps après sa mort. L’empereur est salué au ciel par Enée, César et Drusus. Tibère trône au milieu en Jupiter Égiochos, avôc Livie en Cérès. — III. Le Camée Hollandais, à la Haye, représentant Claude en Jupiter, triomphant des Bretons.

1. Une statue de Jupiter, à Borne, transformée en saint Pierre, est aujourd’hui encore un objet de vénération.

2. Le zèle des briseurs d’images, comme Polyeucte, fut de bonne heure réprouvé. Les empereurs dits iconoclastes de Byzance voulurent, par des mesures énergiques, arrêter l’idolâtrie qui corrompait le christianisme d’Orient; d’ailleurs, le mal qu’ils ont fait a été très exagéré. Ce sont les Latins, en 1204, dans la quatrième croisade de honteuse mémoire, qui détruisirent les chefs-d’œuvre de l’art antique, pieusement conservés par les Byzantins.

5. Boissier, R. D-M., 1875. Consulter Raoul-Rochette, Types imitatifs qui constituent l'art chrétien , 185 i.

4. Cf. les légendes relatives à Virgile (Comparetti, 1873). Dante fait dire à Virgile par Stace, qui passait au moyen âge jour chrétien : Per te poeta fui, per te cristiano.

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