‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 176 sur 591 · ORIGINE DU LANGAGE · texte numérisé non relu

ORIGINE DU LANGAGE

reflétant l’esprit humain plus fidèlement encore que l’art et la littérature, la linguistique est un chapitre de la philologie

2. Origine du langage2. — Les Grecs y voyaient l’effet d’une convention, ou de la nature, ou d’une convention fondée sur la nature (Démocrile, Épicure, Platon3). A la fin du siècle dernier, Rousseau (Discours sur T Inégalité), Süssmilch, Donald, de Maistre, Lamennais, ont soutenu la théorie de la révélation : le langage, pour eux, est d’institution divine4. L’opinion la plus répandue aujourd’hui5 dérive de celle d’Épicure : le langage est un produit naturel de l’esprit et des organes de l’homme ; les langues actuelles se sont développées d’idiomes primitifs, peut-être monosyllabiques, composés de racines c que l’on compare aux sons rendus par l’esprit hu-

1. C*1 que dit Hovelacque, p. 1-9, me semble erroné; voy. Bréal, Lettre à Tournier ( Fiev . de Philol., 1878). — « Les langues sont le meilleur miroir de l’esprit humain, et une analyse exacte de la signification des mots nous ferait mieux connaître que toute autre chose les opérations de l’intelligence humaine. » (Leibnitz.) « Par delà les causes secondes, qu’on appelle la prononciation, l'accent, l’organisme grammatical, la philologie comparée doit nous faire connaître l’homme, puisque le langage est la plus ancienne, la plus spontanée et la plus continue de ses créations. » (Bréal.)

2. Suivant Démocrite, le langage résulte d’une convention entre les hommes (Oeo-et, dans Platon iiuvüijxj, 0p.o7.oyia). Suivant Epicure, l’homme parle comme le chien aboie, et le langage est donné à l’homme par la nature (<p-j<xei) : il y a une dépendance naturelle et nécessaire entre le son et l’objet. Ces deux opinions sont exposées par Hermogène au début du Cralyle de Platon, où Socrate réfute l’opinion de Démocrite soutenue par Hermogène. Luimême expose un système subtil, voisin de celui d’Épicure, où, tout en laissant une petite part au hasard et au caprice, il prétend établir qu’il y a des dénominations naturelles et que la propriété des mots est due à l’imitation plus ou moins exacte des objets. Renan dit à ce propos : « La liaison du sens et du mot n’est jamais nécessaire, jamais arbitraire, toujours est-elle motivée. »

5. Voy. Lerscli, Philosophie du langage chez les Anciens, 18-41 (ail.); Steinthal, Histoire de la science du langage, 1863 (ail.). Le Cratyle a été l’objet d’un travail capital de Benfey, Mémoires de V Académie de Gœttinguô , 1866 (ail.).

4. Au iv* siècle, saint Basile fut accusé de nier la Providence, parce qu’il ne voulait pas admettre que Dieu eût créé les noms de toutes choses.

3. Herdcr a montré le premier que le langage fait partie de l’ensemble des forces naturelles de l’homme, et que son développement est analogue au leur. La création du langage est duc, selon Renan, « aux facultés humaines agissant spontanément et dans leur ensemble. » Renan dit encore que « les langues se placent dans la catégorie des choses vivantes.... Le langage est un organisme. » Cela est vrai si l’on ajoute que cet organisme ne vit pas d’une vie propre, indépendante, mais de la vie de l’esprit humain. C’est ce que semble méconnaître l'école nombreuse qui se rattache à Schleicher, et qui enseigne que la philologie est une science historique, et la linguistique une science naturelle.

6. Mots réduits à leurs lettres signilicatives : çuy = rac. de <j>Eûyw. 11 y a en grec 500 racines pour 150000 mots, en allemand 200 racines pour 80000 mots. Il est probable que les racines ont été d’abord des mots véritables, comme cela se voit encore en chinois : toutes sont des monosyllabes brefs. En sanscrit, il existe un très pelitnombre déracinés servant comme noms : bhi, crainte; hri, honte; en général, elles opèrent comme des ressorts cachés dont on ne voit que les effets, c’est-à-dire les mots. — Ce serait une grande erreur de chercher dans les racines aryennes les premiers éléments de la parole humaine. « Il n’y a aucune information ■directe à tirer des racines pour la question de l’origine du langage. » (Bréal.) « Une racine n’est probablement pas plus un élément primitif qu’un grain de farine n’est un atome. La

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