DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE
main à l’impression et comme sous le choc des objets sensibles1.
5. Développement du langage. — Le développement du langage résulte de deux opérations2 : 1° Y altération phonétique , par laquelle le mot viginti , par exemple, répond au sanscrit clvi-dasati, qui s’est réduit lui-même à vinsatP ; 2° le renouvellement dialectal , par lequel, aux époques de trouble politique, les dialectes populaires remontent à la surface et s’introduisent dans la langue que la littérature ne soutient plus. C’est le renouvellement dialectal qui a substitué l’italien au latin, en remplaçant la langue littéraire par les dialectes vulgaires de l’Italie4.
La corruption des langues dans le parler populaire peut se ramener à deux principes : 1° le principe de l’uniformité5; 2° le principe de moindre action6.
L’altération phonétique est régie par des lois précises dont l’étude constitue la Phonétique.
4. La linguistique et l’histoire. — 1. Les races peuvent se mêler, et avec elles les vocabulaires ; mais les langues ne se mêlent jamais. Le langage de l’Angleterre a été successivement celtique, saxon, normand et anglais; mais,
linguistique n’est pas la science des origines, mais simplement la science du passé. » (Havet.) L’erreur signalée a séduit de grands linguistes comme Westphal : « C’est prendre l’horizou pour les bornes du monde. »
1. Parmi les systèmes dérivés de celui d’Épicure, le plus en faveur dans l’antiquité et au xviii6 siècle a été celui de la formation des racines par l’imitation des sons naturels ou onomatopée. Max Millier, un de ses adversaires les plus résolus, objecte que les mots formés par onomatopée restent stériles, qu’ils sont d’ailleurs très rares, et que les noms mêmes des animaux ne trahissent que rarement cette origine. Il distingue la théorie de l’onomatopée (théorie Bau-Wau, du nom que devrait porter le chien), de la théorie de l’interjection (théorie Pah-Pah), qui assigne pour origine aux mots les cris inarticulés de l’homme, ému par la surprise ou la crainte. A cette opinion, développée par Condillac et par Herder (ce dernier se rallia plus tard à la révélation), Max Millier répond que « le langage finit là où l’interjection commence. » — Le système du Cratyle, sorte de symbolisme alphabétique, d’après lequel le ç, par exemple, est la caractéristique générale du mouvement (oçyavov uctiji)- xyj- Hivviaetoç), le \ des choses glissantes et unies, etc., a été généralisé et développé par Steinthal et Heyse : il renferme sans doute une grande part de vérité. Les racines sont des types phoniques, des gestes vocaux, dont la végétation d’abord exubérante a été réduite par la sélection naturelle (Darwin, Farrar). En ce sens, Aristote a parfaitement raison de dire ( Rhét ., 5, 1) : Tà yàç ôv6;j.a-c« gip.ii;jt.axâ luxtv, et Iléraclite, que les mots sont comme les ombres des choses. — Benloew a établi ( Ac . Inscr., 1864) que, par une sorte d’accommodation progressive, le nombre des onomatopées augmente dans les langues. Ainsi les mots si expressifs tonnerre, thunder, viennent d’une racine tan, signifiant étendre, et correspondent au sanscrit tanyu, qui ne nous semble pas imiter un bruit.