IV. — CLASSIFICATION DES LANGUES
On distingue trois classes de langues, les langues isolantes, agglutinantes,
et A FLEXION.
1° Langues isolantes. Les mots sont des monosyllabes-racines que l’on juxtapose, et dont les rapports grammaticaux ne sont marqués que par l’accent oratoire et leur position relative2. (Langues de la Chine et del’Indo-Chine.)
2° Langues agglutinantes. La racine reste invariable, et les rapports de syntaxe sont indiqués par des mots ou des particules qui s’ajoutent à la racine. La plupart des langues connues sont agglutinantes3.
3° Les langues a flexion, où les rapports de syntaxe sont marqués par des modifications de la racine et l’addition de désinences, sont les langues sémitiques et les langues indo-européennes, que nous avons appelées aryennes4.
langues celtiques, par Zeuss, 1853; de la famille slave, par Miklosich, 1857; delà famille germanique, par Grimm, 1827 ; celle des langues romanes, par Diez (traduction française augmentée, 1868-1874). — L’Occident a fini par enseigner sa langue à l’Orient. Les Parses de Bombay, dans une polémique religieuse contre les missionnaires protestants, ont cité, comme une autorité, le Commentaire de Burnouf sur le Yaçna. En 1862, une assemblée de 700 brahmanes à Pounah déclara l’édition du Rig-Véda par Max Muller plus complète que les leurs, et ne refusa de l’adopter que parce qu’ils croyaient que le sang d’animaux entre dans la composition des encres d’imprimerie d’Europe. — Quatre hommes surtout, Weber (16 vol. d’ Études indiennes [ail.], et une Histoire de la littérature indienne, traduite en français) ; Muir ( Textes sanscrits originaux, 5 vol.) ; Max Müller ( Histoire de l'ancienne littérature sanscrite), et Lassen ( Antiquités indiennes [ail.]), ont fait connaître l’Inde à l’Europe. La philosophie de l’Inde a été étudiée par Colebrooke, dont les Essais sont des chefs-d’œuvre, et, en France, par Burnouf, Barthélemy Saint-Hilaire ( Journ . des Sav.), et Begnaud ( Bibl.des Hautes-Études).
1. Benloew, Aperçu général, 2e édit., 1872, livre plein de vues très élevées, en partie empruntées à l’enseignement de Bœckh ; Max Müller, Hovelacque, etc. Cf. Maurv, la Terre et l'homme, 1861 ; D’Arbois de Jubainville, Premiers habitants de i Europe, 1877.
2. La grammaire se réduit à la syntaxe (ordre des mots). Les langues analytiques qui tendent à redevenir monosyllabiques, comme l’anglais, offrent le même phénomène; l’ordre des mots, très important dans cette langue, est à peu près le même qu’en Chinois, et la morphologie tiendrait en deux pages.
3. On les a divisées en trois groupes : 1° Les idiomes africains ou atomiques, dont les mots se forment surtout à l’aide de préfixes, circonstance qui les distingue des langues touraniennes ou tartares, qui n’admettent pas que la racine soit au second rang. 2° Les langues touraniennes, s’étendant de la Corée aux portes de Vienne. 5° Les idiomes dits incorporants et, par Schleicher, holophr astiques, parlés en Amérique, qui, poussant le synthétisme à bout, résument quelquefois la phrase entière en un seul mot. (La phrase : Je donne de l'argent à ceux qui sont arrivés pour leur acheter des habits, s’exprime en iroquois par un mot de vingt-sept lettres.) — Les langues touraniennes ont été étudiées par Max Müller (1855): c’est moins une famille qu’un groupe de langues. Parlées par des nomades, l’absence même d’un air de famille est un de leurs caractères. Elles comprennent deux grandes divisions, celle du Nord (ouralo-altaïque : langues tongouse, mongole, turque, finnoise, sainoyède), et celle du Sud (tamoule, malaise, langues du Tibet et de Siain). Les langues touraniennes diffèrent des langues aryennes comme une mauvaise mosaïque d’une bonne : les mots aryens semblent formés d’une seule pièce, les mots touraniens laissent voir les fentes et les sutures (Müller). Ainsi seulement, ils pouvaient rester compris sur la scène toujours changeante de la vie nomade. Le turc surtout est d’une merveilleuse transparence, et semble le résultat des délibérations d’une académie. Le verbe, dont la racine est toujours intacte, peut produire de nouveaux thèmes verbaux par l'addition de certaines lettres exprimant négation, causalité, réflexion, réciprocité [Idem, 8° leçon).
4. Curlius [Chronologie dans la format, des lang. indo-germaniques, 1867 , trad. en lr.