LANGUES SÉMITIQUES ET ARYENNES
1. Les langues sémitiques se divisent en 5 branches : Yaramèenne, qui nous est connue par deux dialectes, le syriaque 1 et le chaldéen 2; Y hébraïque 5, et l'arabique 4.
2. Les langues aryennes comprennent 8 grandes familles : l°Le sanscrit5; 2° le zend et U arménien ; 5° le grec; 4° les langues italiques (latin, osque, ombrien) ; 5° le celtique ; 6° le vieux slave ; 7° le lithuanien ; 8° le gothique et le vieil hautallemand. Ainsi le sanscrit n’est pas le père du latin et du grec : c’est un frère aîné de ces deux langues6. Le latin ne dérive pas du grec, mais d’une ancienne langue italique sœur de l’ancien grec, et mère des dialectes congénères de l’Italie 7.
3. L’unité de l’esprit humain ne permet pas d’admettre trois systèmes de langues différant radicalement l’un de l’autre. Les mots isolement , agglutination, flexion (c’est-à-dire juxtaposition, union, mélange) caractérisent seulement les (rois grandes étapes historiques que parcourt le langage humain, et où les circonstances, le milieu social et politique, l’arrêtent plus ou moins
dans la Bibl. des Hautes-Études) distingue trois périodes dans le langage : 1° Racines pures (nominatives ou indicatives). 2° Création des déterminatifs radicaux qui servent à développer les racines; un déterminatif de ce genre est Yn de gan, développement de l’ancienne racine ga, que l’on retrouve dans y l-yoL-piv. o° Période des racines pronominales. Elles avaient existé d’abord à côté des racines pures; la langue les joint à elles et crée ainsi les racines verbales. (Cf. R. C., IV, 272.)
1. Traduction de la Bible dite Pcschito, datant du ii° siècle. Elle s’est perpétuée chez les Nestoriens du Kurdistan.
2. Langue des Juifs pendant la captivité de Babylone, et des Targumim , paraphrases de la Bible (il0 siècle après J.-C.). Cet araméen était la langue de J.-C. ; dans le Talmud de Jérusalem (iv° siècle) et celui de Babylone (v° siècle) il est déjà très altéré: au xie siècle, il fut supplanté par l’arabe, au xui° par l’bébreu modernisé, encore parlé aujourd’hui.
o. C’est l’ancienne langue de la Palestine, de Moïse aux Machabées. On peut y rapporter le phénicien et le carthaginois.
•4. Les plus anciens monuments sont .es inscr. hymyaritiques. Un rameau de la branche arabique, transporté au sud de l’Égypte, a donné l’abyssinien : la langue moderne des Abyssins est Yamharique. — Les premiers textes arabes, dits Moallakât (poésies suspendues), sont des poèmes populaires antérieurs à Mahomet.
b. Ancienne langue des Uindous, qui cessa d’être parlée au moins trois siècles avant J.-C. pour être remplacée par des dialectes (pâli, langue sacrée du bouddhisme; prâerit, langue du drame indien) qui sont au sanscrit comme l’italien e>t au latin. Mais le sanscrit resta la langue des brahmanes, comme le latin du moyen âge celle des prêtres; aujourd’hui encore, le brahmane écrit plus volontiers en sanscrit qu’en bengali.
G. 11 se peut, d ailleurs, qu’un mot soit moins bien conservé en sanscrit classique qu’en latin ou en anglais moderne : comparez tard, àcr^ç, Stella, star.
7. On a lait, en grammaire comparée, un prodigieux abus de la langue aryenne primitive, langue tout hypothétique dont Fick a refait le dictionnaire et où Schleicher s’est amusé à écrire une labié. — Avec Schleicher et son disciple Vanicek, on ne va pas du connu à 1 inconnu, mais de l'hypothétique au connu. Au lieu que les mots soient expliqués par les racines, les racines sont inventées pour rendre compte des mots. (Bréal.) Cette méthode de reconstruction et de déduction peut être pédagogiquement fort utile, mais elle ne doit pas servir à la recherche de laits nouveaux, sous peine de cercles vicieux perpétuels. La langue indo-européenne primitive est un produit de l’abstraction scientifique : elle ne peut rien nous apprendre que ce qu’elle a reçu de nous. — Bréal remarque encore que 1 on a tort de considérer cette langue comme une langue fixe, sans dialectes i il donne comme preuve le nom du cœur, pour lequel les langues europénnes indiquent un primitif kard, tandis que le sanscrit suppose hard ou khard.
FLEXION ET DEFLEXION.
longtemps. Le chinois est reslé isolant, parce que la Chine est restée isolée; la vie nomade explique les formes du touranien; l’aryen, enfin, est une langue à flexions, parce qu’il est dans le génie plastique de cette race d’assouplir la forme à l’idée et de modeler les sons sur les sens qu'ils expriment. Aussi l’aryen a-t-il passé rapidement parles états monosyllabique et agglutinatif, où se sont plus ou moins attardées les autres langues.
4. La différence essentielle entre les langues sémitiques et aryennes, c'est que la dëflexion ou apophonie 1 prédomine dans les premières, tandis que la flexion prédomine dans les secondes2. Mais, quelque différent que soit le cadre grammatical des deux familles sémitique et aryenne, tylax Müller croit à la possibilité d’une origine commune, hypothèse que des ressemblances entre les racines les plus générales semblent autoriser5.
5. La synthèse et la déflexion sont les caractères des idiomes anciens de la 5e classe. Lorsque la flexion se substitue à la déflexion, la langue ne cesse pas d’ètre synthétique : ainsi, le mot amabor renferme l’idée d’aimer, la notion de la première personne, celle du futur et celle du passif. Mais, avec le temps, les désinences s’affaiblissent et tombent, et alors le besoin de la clarté transforme nécessairement les langues synthétiques en langues analytiques (par exemple le français), où les prépositions, les pronoms et les auxiliaires servent à indiquer les rapports grammaticaux4. Amabor s’exprime en allemand par quatre mots : Ich werde gelieht werden. En même temps, dans les langues analytiques, l’ordre des mots est soumis à des lois rigoureuses, car la liberté de la période antique serait incompatible avec la clarté dans une langue privée de désinences5. Ainsi, l’évolution naturelle du langage ramène les idiomes aryens à la condition des langues primitives, où les mots sont courts et leur ordre immuable, refermant ainsi le cercle pour le recommencer un degré plus haut, entre les deux pôles de l’analyse et de la synthèse6.