PRONONCIATION DU GREC
o. Le dialecte dorien ("h Awpî;), parlé dans le Péloponnèse, les colonies doriennes d’Asie Mineure, d’Italie, d’Afrique (Cyrène), la Crète, Rhodes et la Sicile, a gardé souvent l’a primitif et le digamma. Pindare, Épicharme, Sophron, Théocrite, les Tragiques dans les chœurs, ont fait usage du dorien.
4. Le dialecte ionien ( h la;) s’écarte beaucoup, sous sa forme la plus ancienne1 (le vieil ionien d’IIomère), de la langue grecque primitive : les voyelles y dominent, l’a primitif est devenu e, la digamma a presque disparu. Mais il a gardé d’autres formes archaïques que l’éolien a perdues, telles que le génitif singulier en ao et cto, le pluriel en awv, etc.
5. Le dialecte attique (vi Arôt;) est assez voisin de l’ionien. Il est à la fois moins mou que l’ionien et moins rude que le dorien; il réunit, disent les anciens, la dignité et la grâce, <rsu.vor/)Ta y.at y aptv. Le vieil attique est la langue de Thucydide, des Comiques et des Tragiques, le nouveau dialecte est celui des autres écrivains attiques, sauf Platon, dont la langue est intermédiaire.
G. Il n’est probablement pas exact de dire que la xoivv) S'taXsjc-roç (langue commune), employée parPolybe, Diodore, Pausanias, Dion Cassius, etc., dérive de Haltique. C’est une langue d’origine populaire, perfectionnée par l’imitation des Attiques, et qui contient cependant un grand nombre de provincialismes. Sa naissance est contemporaine delà diffusion de l'hellénisme après Alexandre.
7. La langue des Byzantins est la xcwi corrompue. Dès la fin de l’empire romain, la langue parlée était très voisine du romaïque, qui, altéré de plus en plus par le mélange de mots français, italiens, turcs et slaves, commence aujourd’hui à s’épurer, grâce aux efforts de la société littéraire d’Athènes2.
Prononciation du grec ancien5. — Reuchlin a introduit dans les écoles d’Occident la prononciation des Grecs modernes, Érasme4, celle que l’on suit en France, et, à peu de nuances près, en Allemagne. On tombe volontiers d’accord que la prononciation d Érasme est défectueuse : mais les philhellènes maintiennent que celle des Grecs modernes est la bonne. Les savants grecs font de ce problème philologique une question de patriotisme où il est périlleux de les contredire. On peut accorder que le bas peuple, dès l’époque gréco-romaine, a prononcé le grec comme Reuchlin; mais il faut avoir des préjugés pour ne pas reconnaître qu’lsocrate différait de Nicétas autant par sa façon de parler que par sa manière d’écrire. En quoi cela infirme-t-il la thèse, tout à fait démontrée pour nous, de la continuité de l'hellénisme ? Si un Français du seizième siècle revenait sur terre, s’imagine-t-on qu’il comprendrait une page de Rabelais, prononcée par ses descendants actuels?
1. La langue d’Hippocrate et d’Hérodote est le nouvel ionien.
2. Voy. les cléments d’une grammaire byzantine dans la préface de Sophocles, Dictionn. du grec byzantin (augl.), 1870. Cf. Mullach, Grammaire historique du grec moderne; Rangubé, Grammaire, et, sur l’épuration du romaïque, Egger, Soc. de Linguistique, t. I, p. 1; Queux Saint-Hilaire et d’Eichthal, Assoc. pour les étud. grecques, 1870-1871.
5. Bibliographie, dans une thèse de Baret, 1878 : cons. surtout Liskovius, 1823 (ail.) etlleinrichsen, 1829 (ail.). La Calliope de M. Mynas est un pamphlet grammatical sans valeur. Cf. Kiihner, Gramm. grecque, 2e édit, (ail.), p. 30, et Chassang, Préface du Dict. qr.-fr. La thèse de l’iolacisme a été plaidée avec talent par Alexandre, Dehèque, Renieris, d’Eichthal, etc.
•4. Erasme n’a jamais soutenu que les Grecs anciens prononçassent à sa manière, mais il a protesté (dans son dialogue de Recta Graeci Latinique sermonis pronuntiatione), contre l’iotacisme moderne; et beaucoup de bons juges protestent avec lui.
ÉTACISME ET IOTACISME.
Prononciation moderne. — Les Byzantins donnent le son i aux cinq lettres ou diphthongues i, yi, u, et, et1 2 *. (3 se prononce v, y se prononce comme y devant e, y;, t,u (yénésis, yi = qri), comme th doux ou Ç, 0 comme th fort, */, comme gu après y ou v, a comme z devant [3, y, à', X, p., v, p. La diphthonguc at se prononce é, au et eu se lisent a/, ef ', etc.
Raisons qui la condamnent. — 1° Que deviennent avec l’iotacisme des vers comme ceux-ci : Ilstôoiàv, et Trstôot * àTvstôotn; ci'ïa uç (Agamemn., 1047). — 2ù £’ewrs p.ot p.vi p/ôco? ( Antig ., 446). Quelles cacophonies!
2° Le Grand Étymologique , Zonaras, Suidas, Eustathe, nous apprennent que Cratinus a représenté le bêlement des moutons par (3yt. Les moutons ont-ils autrefois dit vî 5 ?
5° Disant p.n*aa0ai des chèvres et p.u*àa0ai des bœufs, les Grecs font une différence entre e et u.
4° Les Grecs ont rendu Ve romain par n : Prive? = Rhenus.
5° Si u avait été prononcé 1, la diphthongue ut n’existerait pas.
0° Le nom de l’e était si ; or il eût été absurde de désigner un e par le son i.
7° La prononciation moderne de au et su ne souffre pas l’examen : au est si bien une diphthongue qu’on trouve dans Homère, par diérèse, àüoav (de auto), eu de eu. Aristophane ( Guêpes , 905) représente l’aboiement d’un chien par au au.
8° upimo? et riuixepo? ne se distinguent pas avec l’iotacisme : aussi le romaïque dit-il aa; et p.a;.
9° Chéroboscus, Théodose, Moschopule, le scholiaste de Denvs le Thracc, distinguent les diphthongues des lettres, et enseignent que si, ri, w, a, sont les seules diphthongues ayant un son unique4. Ce que dit Sextus Empiricus (Adv. gramm., chap. v), que ai et si ne sont pas des diphthongues, mais des sons uniques, prouve qu’à la fin du deuxième siècle on prononçait déjà fort mal, ce que personne ne conteste5.
De la prononciation de quelques lettres. — L\ souscrit se faisait entendre comme un son légèrement mouillé. 0 était une aspiration douce où l’on percevait séparément le son du t et celui de Vh, confondus dans le th anglais.
1. L’iotacisme a pris naissance en Béotie, comme le prouvent les inscriptions, et prévaut pour l’-/j entre le 111e et le vi° siècle, pour l’y entre le vi° et le xii*. Voyez Dietrich, Hist. de l'iotacisme ( Annales de Philologie, 1875 [ail.]).
2. Mynas répond ( Calliope ) que 1\) n’existait pas à l’époque de Cratinus, et qu’il a dû écrire ps. Mais pourquoi aurait-on introduit 1 ’vj dans les manuscrits postérieurs? D’ailleurs, l’vj était parfaitement connu avant 402.
0. Ce n’est pas à dire que l’vj et 1T ne soient des sons très voisins : eomp. et \Sl, Ïvm et vjxw). Dans un passage célèbre ( Cratyle , 118 b) Platon dit que de son temps les femmes et les vieillards prononçaient comme Ipiça. Mais, si cette prononciation avait été généralement reçue, l’aurait-il signalée? — De même, la réponse de l’oracle dans Thucydide (2, 51) prouve bien que Xoljxo; et Xqxo; se prononçaient d’un manière analogue : mais les conséquences que les Reuchliniens ont voulu tirer de ce vers sont forcées. Où serait le solde l’histoire, si la confusion avait été inévitable? — Iîréal a montré que I’yj répondant à l’a aryen, a dû, avant d’arriver au son i, qui est le plus distant de l’a, passer par é et y séjourner. (Journ. de l'Instr. publ., 17 novembre 1864.)
4. SbOoYpt xatà iituf à-cuav, où la seconde voyelle est &vsx<pwvi]Tov.
5. at est devenu ê vers le 11e s. ap. J.-C . ; i) est devenu t vers le vm% vers le 11*, 01 avant le xn% et y vers le x* (voy. Baret, op. cit.).