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LUTTE DE LA QUANTITÉ ET DE L’ACCENT

2. Ainsi, des le temps d’Auguste, un certain besoin se trahit chez les poètes de faire coïncider à la fin des vers le temps fort et l’accent. La sonorité que notre oreille trouve aux vers latins de la décadence, de Claudien,par exemple, tient au grand nombre de ces coïncidences dans le corps des vers, coïncidences naturellement recherchées à une époque où la quantité avait presque disparu de la langue parlée 1.

Ancienne accentuation latine. — 1. L’ancienne accentuation latine se rapprochait de la sanscrite et de la grecque. 11 y avait des mots accentués sur l’antépénultième malgré la longueur de la pénultième2; il yen avait d’accentués sur la quatrième avant la fin ( Samnium ne peut dériver que de Sdbinium ) ou sur la dernière (mots oxytons)3.

2. Bientôt les tendances de la langue latine à la concentration, conséquence du génie abstrait des Latins4 *, multiplièrent, aux dépens de l’unité des mots et de la quantité, les contractions, les assimilations, les ecthlipses, les apocopes. Les syllabes précédant ou suivant l’aigu, les pénultièmes brèves (non accentuées) s’abrégèrent ou disparurent8. Les finales s’abrégèrent dans les mots iambiques, plus tard même dans les spondées6 7. On peut croire que le latin, avant d’avoir produit une littérature, allait se transformer en une langue romane lorsque l’imitation des modèles de la Grèce, en raffermissant la quantité prosodique, arrêta le mouvement qui entraînait la langue. Mais il n’v eut de modifiée que la langue littéraire , qui ne fut jamais, à Rome, celle du grand nombre. L’accent, représentant l’esprit d’abstraction, ne saurait abandonner un terrain qu’il a une fois occupé. La prononciation du peuple continua à empirer, et plus tard, à côté d’une correction toute factice, nous trouvons chez les meilleurs poètes des licences poétiques inconnues à Plaute même, qui attestent que la quantité est désormais une chose de convention8.

1. Dans le deuxième vers de Claudien : Volvisinexhausto redeuntia saecnlamotu, surfisyllahes fortes, -i sont accentuées. — Weil et Benlocw ont combattu énergiquement l’opinion de Bentley, reprise par Hermann, que les vers des comiques devaient s’expliquer non .par la quantité, mais par l’accent. Ritsclil a prétendu que les poètes se sont efforcés de tenir le plus de compte possible de l’accent. Mais la coïncidence fréquente des temps forts et des syllabes accentuées dans l’iambique était inévitable : en prêtant aux dix premiers vers des Acharnions l’accentuation latine , on y trouve le même nombre de coïncidences que dans les dix premiers du Trinummus.

2. Ün ne s’explique pas les formes pejero, cognitum, corrigerez sans l’accentuation primitive pérjuro, côgnotum,côrrigere. Cf., sur tous ces points, Corssen ( Prononciat . et vocalisme, 2* éd., t. II, 971 sqq.), qui doit beaucoup à Weil et à Benloew, mais ne le dit point.

3. Les mots esum, edens, enom, calam, qui ont donné sum, dens, mine, clam, ont dû être primitivement oxytons.

4. « Ce que j'appelle le génie abstrait des Romains se manifeste par le développement prématuré de leur prose ; le soin avec lequel ils fixèrent le droit, idée abstraite pour laquelle les Grecs n’avaient pas même de terme ; le caractère des divinités créées par leur inspiration de moralistes. » (Bœckh, Cours de 183"-38.)

o. Exemple : homicida pour hominicida. — Dans Polybe, Régulus s’appelle encore ' PrJvo’jXoç. Appien écrit 'Pijy^°î-

fi. Ergo, immo. Ergone, dactyle, se trouve dans un vers attribué à Auguste.

7. La langue de certaines inscriptions archaïques est déjà presque de l’italien : Cornelio /pour Cornélius ), dedro (pour dederunl), etc.

8. L’époque d’Auguste commence à abréger l’o final des spondées : Diomède dira qu’il est

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