‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 218 sur 591 · CORRESPONDANCE DES CONSONNES · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DES CONSONNES

*25 consonnes muettes, rangées en 5 classes (allant du gosier aux lèvres) de 5 lettres chacune, à savoir : une ténue, une ténue aspirée, une moyenne, une moyenne aspirée et une nasale. Les linguales (ou cérébrales), qu’on distingue dans la transcription ordinaire par un point diacritique souscrit, se sont introduites postérieurement dans l’alphabet sanscrit1; la phonétique peut les négliger. Outre les 25 consonnes muettes, il y a 4 semi-voyelles , o sifflantes et l’aspirée h.

Le tableau suivant, emprunté en partie à Mortier-Williams ( Grammaire sanscrite, p. 19), indique la correspondance des voyelles et des consonnes en sanscrit, grec et latin. Les lettres omises sont postérieures à la période indoeuropéenne. r{ voyelle résulte d'un affaiblissement de la syllabe ar ; l est une forme plus récente de r, et ne se rencontre que dans la racine klp (créer).

Scr. a — a, s2, o; = a, plus souvent e, o3, i, u ( ag'ras , àypo;, ager ; g'anas, ysvoç, genus; navas, vsoç, novas).

Scr. â — â, plus souvent r,, a> ; = a, ê, ô4 ( mâtar , g.ri~np, dor. uarvip, mater; sâmi-, r\ lu-, se mi -).

Scr. i = i ; = i, e (sâmi-, riu. t-, semi- ; imas , q/.sv, imus).

Scr. î~~i ; =1 ( g'îvas , pîoç, vîvus).

Scr. u = u ; =u, o ( g'ânu , yovu, genu ).

Scr. M = = u (mûsh, p;, mus).

Scr. r1 (ar) ~ p et une voyelle brève; — r et une voyelle brève ( mrHas , PpoToç, mortuus).

Scr. H = p et une voyelle; =r et une voyelle (dâtr‘n, ipst?, datores).

Scr. é = at, ei, oi ; =ai, ê, oi, ae, oe, î, û (êmi, et lu ; évas (course), aiwv,

aevum 5).

outre, Saussure reconnaît au moins 5 variétés d’a indo-européens, (llavet, Journ. de Genève , 25 fév. 1879.)

1. Elles paraissent d’origine dravidienne; le prâcrit les substitue souvent aux dentales ordinaires. Les Hindous disent que le t final de l’anglais government est un t lingual.

2. Epsilon et upsilon ont été nommés ainsi par opposition aux diphthongues ai et oi, qui prenaient souvent les sons ê et ou. De même, en latin, on trouve ploirimi, archaïque pour plurimi, coiravit pour curavit, etc.

o. Le latin est le seul dialecte italique qui ait un signe pour o. Le nouvel ombrien l’emprunta, et le nouvel osque se servit, pour en tenir lieu, d’un v avec un point à l’intérieur. L’o manque en étrusque. — L’s et l’o manquent en sanscrit comme en gothique. L’a scr. avait un son vague qui pouvait ressembler à e et o.

4. Les voyelles longues sont souvent doublées en latin et en osque : l’ombrien emploie un h intercalaire, comme l’allemand : comohota = commota (cf. fehlen, Mahl.).

5. Au temps de Trajan, le latin n’avait plus de diphthongues. Dans les régions où le latin était en contact avec l’ombrien et le volsque, les diphthongues oi et ai paraissent avoir été a'tcrées dès 500. A Rome, ces diphthongues sontencore intactes dans le S.C. des Bacchanales, en 5GS. Le grammairien, sous Claude, qui composa l’inscr. de la colonne rostrale de Duillius, censée remonter à 494, aurait pu apprendre, dans quelque vieux ms. de Névius, que, pour l’an 494, son praeda et son Paenicas étaient encore plus mal choisis que son navebus, corrigé après coup en navebos. (Bücheler-Havet, p. 48.) Laedere donnant colliderc , comme sedeo donne assideo , prouve que ae se prononça de bonne heure comme e.Verrius Fiaccus, au temps d’Auguste, dit que les rustici prononçaient orum (pour aurum). Selon Suétone ( Vesp ., 22), Vespasien scandalisa un jour le consulaire Florus en prononçant plostra. Fiorus s’ctant récrié, l’empereur l’apostropha le lendemain: Flaourus. — Sur les diphthongues grecques , voy. p. 127.

LE DIGAMMA.

Scr. ai = a, yi, « ; = ae.

Scr. o= au, eu, ou ; = au, o, u ( cjolas , ^auXo';; 0</'as (pouvoir), augeo). Scr. au = <xM , viu ; =au (naus, vaü;, vytù;, nâvis, nauta).

Scr. kfkh, c, ç — x ; =c, qu ( ca , /.ai, que)1.

Scr. g, y~*i (P) ; =g (b) ( yugam , Çup'v, jugum; gaus , pou;, /;<w).

Scr. gi\—'/ \ — g (stighy <myo;, ve-stigium).

Scr. ch — ox\ = sc ( châyâ , a/.ta; chid , a/JÇto, scindo).

Scr. t (th) = t ; =t ( trayas , rpeïî, <m).

Scr. d—$\ =d (damas, 8ôu.o;, domus )2.

Scr. dli~ 0; = f initial, c/, & médial ( dadhâmi , -îôyi[j.i; dhûmas , ôuy.o'ç, fumus; andlias (nourriture), àvôoç, ador).

Scr. {ph) = n (<p); = p (f) (pitar, ira-nip, pater; phullam (fleur), cpûXXcv , folium).

Scr. & = p (u); = b (f) ( budhnas , Twôaviv, fundus; Xeîêeiv, libare ) s.

Scr. bh=(f; = f initial, b médial ( bharâmi , cpspw, fero; nabhas , vs«po;, nubes) 4.

Scr. u guttural devant des gutturales; = n (ankas, à-ptwv, uncus). Scr. n dental ; =n (navas, veoç, novus).

Scr. m=:u.‘, =m ( mâtar , p.ri~r,p, mater)6.

Scr. y = K‘, ~] (yugam, Çu-ycv, jugum)6.

Scr. r = p, X; — r, 1 (, crutas , x.Xu-o';, inclytus).

Scr. / = X; =1 (/iA, Xst'xw, lingo).

Scr. u — F7; =v (u) (navas, vsFoç, noms).

1. Le c latin sonne fc partout, sauf quand il est suivi d’un i suivi lui-même d’une autre

voyelle : nuncius, prononcez nuntius. Les Germains ont fait de Cæsar Kaiser, de Cerasus Kirsche, de Cellarium Relier. — Le qu latin n’existe pas dans les autres langues italiques, qui le remplacent par /îz; : quaistor, osque kvaistur. Dans les pronoms relatifs, les particules et le nom de nombre quatre, les dialectes remplacent leq« latin parq} : lat. q*m, osque pis; lat. neque, osque nep; lat. quatuor, osque et ombr. petur. Même phénomène en sanscrit : ap = aqua. — Le qu latin correspond souvent à un * grec : sequor, êuoj *at ; c/i4rt- /nor, col. rÉao-vçe;. L’attique remplace ce it par un x : On explique ainsi xs = que;

par suite, que, -/.ai, -u, seraient le même mot.

2. En latin et en grec, d et l permutent facilement : AaTo; = Aaïoç ; lingua, lacrima = dingua (cf. longue ), dacruma (cf. tear). Du, suivi d’une voyelle, devient b en latin: duellum = hélium, duonorum = bonorum (Liv. Andronicus).

5. Comme il n’y a pas d’exemple de concordance entre le sanscrit, le grec et le latin, on a pensé que le p n’existait pas pendant la période d’unité.

•i. L’osque et l’ombrien ont conservé Vf, devenu b en latin : osque alfo, lat. albo.

5. Verrius Flaccus avait proposé un signe spécial |\A pour Ym latin à la lin des mots : c’était un son très faible, et les inscriptions populaires omettent 1 ’m final.

6. Le son iod (i, j [*/]), pour lequel le grec avait de l’aversion, s’est vocalisé de plusieurs manières: l°eni: (a)syam = i(<r)G]v; 2° en e: çûnyas = *tvjoç = xmô; ; 5° en redoublant la lettre précédente : xéwoç, orippô;; 4* en Ç : Julia = Zov^ia (dans les inscr.; c’est le zézaiement particujierau grec);5°en esprit rude : jecur = ?,rap. L’allongement de consonnes finales devant u>î et l’hiatus devant ïexo dans Homère, font croire que ce son était encore perceptible au viii" siècle. — On explique généralement xxsivw par xxtvj u, avec métalhêse du j. Meunier

R. C., VI, 97) soutient que xxtv/w a donné xxéww, restée la forme éolienne, que l’altique a réduite à xxtlvw, comme xi9evî à xtôctç, par diphthongaison compensative. Il pense que les lettres ne peuvent pas « passer les unes sur le dos des autres », comme l’imagine souvent Bopp ; mais on peut lui objecter l'exemple de jxeiÇwv = jwv. — En latin, Pri-cien nous apprend que le son du j était celui de \'tj français : le son de notre j était inconnu.

7. Le digamma grec, qu’on prononçait comme le w anglais, est le vau phénicien, écrit

Page 1