‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 246 sur 591 · XII. — ORDRE DES MOTS · texte numérisé non relu

XII. — ORDRE DES MOTS

Un point capital de la syntaxe comparée, V ordre des mots , a été supérieurement traité par Weil4. Je vais en donner une idée d’après lui.

1. L’ordre des mots, différent de l’ordre syntaxique, est identique à la marche delà pensée. On dit que les langues anciennes suivent un autre ordre que les modernes : il faudrait dire seulement que, dans les langues anciennes, le

1. Delbrück et Windisch, Subjonctif et optatif en sanscrit et en grec, 1871 (ail.) ; le même sujet étendu au zend et au vieux perse, par Jolly; du même auteur, l’ Histoire de l'infinitif indo-germanique, 1873. — La méthode de comparaison, qui convient pour l’étude des vocabulaires ne convient nullement à la syntaxe. « En syntaxe, les ressemblances et les différences entre les langues sont tout à fait indépendantes de leur degré d’affinité. Le participe allemand a avec le parlicipe français une prodigieuse ressemblance qui n’est explicable ni par la parenté des deux langues ni par leur influence l’une sur l’autre. » (Thurot.) Les langues modernes ont fait sortir l’article du pronom démonstratif absolument comme le grec, et indépendamment de lui. Ce ne sont plus les traits grammaticaux d’une langue primitive, mais les procédés généraux de l’esprit humain, que la syntaxe comparée peut nous faire connaître; elle n’en est que plus digne d’étude.

2. « La transformation du sens des mots s’opère suivant des figures dites catachrèses, synecdoques, métaphores, etc., qui consistent toutes dans la mise en relief d’une qualité spéciale d’un objet aux dépens des autres, c’est-à-dii'c au mépris de la logique. La transformation des idiomes repose donc pour la plus grande partie sur le raisonnement oblique, et le langage, ce grand fait humain, a pour principe premier un paralogisme. » (Darmesteter. Cf. du même philologue, un art. dans la Revue philosophique, nov. 1876.)

5. W. Freund, en 1841, a étudié les changements de sens du mot langue dans 25 idiomes différents. Cf. llaase, Leç. sur la langue latine, 1874 (ail.); lleerdegen, Sémasiol. latine, 1878, ail. ( Centralbl ., 15 mars 1879) ; Westphal, Sémasiol. de la langue grecque, 1875 (ail.). — Exemples : schlecht signifiait en anc. allemand bon, simple : de là, niais, inutile, et auj. mauvais. — Ingenium a donné d’une part ingénieux et de l'autre ingannare = tromper, en italien. — Ekelliaft, qui signifie délicat dans Leihnitz, signifie auj. dégoûtant, etc. Max Millier a essayé d’expliquer, par l’hypothèse d’un changement dans la végétation du globe, pourquoi le même mot (®ifto,*, fa(Jus)t signifie chêne en grec et hêtre en latin et en gothique (Nouv. leçons, I, 299).

4. V* éd. 1844; 5* éd. 1879. Cf. Bergaigne, Soc. de Linguist., t. 111, qui a beaucoup élargi

le champ des recherches de Weil, sans le contredire.

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