‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 247 sur 591 · CONSTRUCTIONS ASCENDANTE ET DESCENDANTE · texte numérisé non relu

CONSTRUCTIONS ASCENDANTE ET DESCENDANTE

rapport de la syntaxe à l’ordre des mots est autre que dans nos langues. Affirmer que c’est l’ordre des mots qui a changé, c’est se laisser abuser par une illusion d’optique1.

2. Dans les langues anciennes, le mouvement des idées est rendu par l’ordre des mots, le mouvement syntaxique par les terminaisons. On ne s’inquiète pas que ces deux ordres soient identiques. Dans les langues modernes, les terminaisons ayant disparu, l’ordre des mots doit servir en même temps à exprimer les rapports syntaxiques.

3. On a distingué les langues en analogues ou analytiques, transpositives ou inver sives. A la vérité, il n’y a d’inversion que dans nos langues, parce qu'elles sont analytiques ; dans les langues anciennes, il n’y a pas cl 'infraction, puisqu’il n’y a pas de loi. Weil distingue les langues à construction libre des langues a construction fixe. Ces dernières, où la construction est réglée par la syntaxe, peuvent se répartir entre quatre systèmes, celui du français, de l’allemand, du turc et du chinois. Le français, qui place le complément après le terme complété [donner un soufflet), est diamétralement opposé au turc, qui place le mot régi le premier2. L’allemand suit l’ordre français dans les propositions principales, l’ordre turc dans les subordonnées. Le chinois, presque identique sur ce point à l’anglais, se classe entre le français et l’allemand5. La construction qui fait précéder le complément est dite ascendante* (caeli filius). La construction descendante convient à l’analyse, et se trouve souvent dans Aristote. Le français est essentiellement descendant, l’allemand presque toujours ascendant : de là, la différence de clarté entre ces deux langues. Le turc est absolument asservi à la construction ascendante3 * : le latin et le grec tempèrent ces deux constructions l’une par l’autre, et en tirent les effets les plus heureux6.

1. La phrase : Humain condidit Romulus doit se traduire par : Rome fut fondée par Romulus, eu respectant Y ordre des mots, qui est celui de la pensée. L 'ordre syntaxique français demanderait : Romulus fonda Rome.

Page 1