‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 262 sur 591 · ORIGINES DE LA MUSIQUE GRECQUE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE LA MUSIQUE GRECQUE

plus obscures de l’archéologie. Habitués, comme nous le sommes, à ne considérer que deux modes , le majeur et le mineur, nous concevons difficilement une musique qui en distinguait une vingtaine. Les deux modes que nous avons conservés ne répondent eux-mêmes qu’imparfailement aux modes de la musique ancienne. Il n’est pas, en effet, dans la nature de l’art moderne d’établir entre le mode et le style, l’exécution et la pensée, la forme et le fond, cette solidarité intime qui est le trait distinctif de l’art ancien. Bien que nous sachions, en général, que le mode mineur répond à un sentiment de tristesse, nous ne laissons pas d’écrire des marches funèbres en majeur et des contredanses en mineur ; chez les Anciens, le mode musical était rigoureusement déterminé par le genre de la composition. Ajoutons qu’il ne nous est parvenu de la musique ancienne que des fragments peu nombreux et insignifiants, qui ne peuvent guère servir à élucider les obscurités de la théorie.

Commencements de la musique 1 . — Jusqu’au milieu du sixième siècle avant J. -C, la musique n’est pas encore distincte de la poésie et de la danse 2. A l’époque homérique, les musiciens ( aèdes et rhapsodes) sont en même temps poètes3. La musique s’émancipa de la déclamation lorsqu’on établit des concours de flûte aux jeux pythiques. Sakadas d’Argos, l’aulète, joua des romances sans paroles4, et Aristonic de Chios, contemporain d’Àrchiloque, exécuta de même, sur la cithare, des mélodies sans accompagnement poétique. Mais l'iaton condamnait cette musique purement instrumentale, qui

vrage capital, Introd. à la musique , où il nous a fait connaître la notation musicale fies Grecs dans leurs 15 modes. — Gaudentius, auteur d'une Introd. harmonique , écrivait au n° siècle. — Bacchius l’ancien a laissé deux Introductions par demandes et réponses de la même époque (Bellermann, 1810). Il faut ajouter Théon de Smyrne, dans la 2e partie de son Arithmétique (1644); Aristote, Politique, 8, et Problèmes, 4; et de nombreux passages d’Athénée et des lexicographes. — Parmi les Romains, ceux qui ont parlé de la musique sont : Vitruve Pollion (50 av. J.-C.) qui s’excuse, à propos de l’acoustique théâtrale, de son peu de connaissances en musique (5, 4, 5) ; Macrobe, qui expose les doctrines pythagoriciennes au 2e livre de son Commentaire sur le Songe de Scipion; Martianus Capella, au 9° livre de son Encyclopédie, qui suit Aristide Quintilien sans le comprendre; Boèce (éd. Paul, 1872), dont les 5 livres sur la musique ont servi à tout le moyen âge, et sont une des sources les plus importantes; saint Augustin, dont le traité sur la musique montre le peu d’aptitude à ces études. — En somme, avec beaucoup de textes, la littérature musicale ancienne est très pauvre.

1. La musique, en tant qu'art, n'a pas été connue des Aryens, qui n’ont aucun terme musical commun : ils l’ont apprise des Sémites, qui en ont toujours gardé l’instinct.

2. Le mot musique avait, dans l’antiquité, un sens beaucoup plus étendu qu’aujourd’hui; le mot harmonique désignait la musique proprement dite. L’harmonique est la science de la succession des sons, comme la rhythmique celle de la succession des durées. Aristoxène la divise en six parties, dont voici les titres : itiçl 5f86yYwv,tt.&ta<rrrç[ji.âTtov, ix.<n><rt>)[j.àTwv, n.yzvüv, ic.t 6vwv,it.^.ETa6oXûy,w.|4iXoicodaî (sons, intervalles, systèmes, genres, tons, modulations, mélodie).

3. Les aèdes sont plus particulièrement musiciens. Les rhapsodes déclamaient les chants homériques en s’accompagnant de la cithare.

4. Il fut vainqueur au concours de la flûte dans les premiers jeux pythiques. Il est aussi l'inventeur d’un nome triple, où les strophes étaient successivement doriennes, phrygiennes et lydiennes, le chant et la musique changeant de caractère à chaque modulation.

Page 1