‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 269 sur 591 · GENRES, TONS · texte numérisé non relu

GENRES, TONS

grecque, désigne à la fois un ensemble de rapports harmoniques1, et une nuance de sentiment et de style.

Genres2. — La musique grecque distingue trois genres , c’est-à-dire qu’elle admet trois divisions du tétrachorde : le genre diatonique, le chromatique et l’ enharmonique. Le premier est le plus ancien et le plus usité : le troisième, inventé par Olympos, est plus rare. Comme la sensibilité musicale allait s’émoussant, les deux derniers genres disparurent de plus en plus : du temps d’Aristoxène, on disait que les quarts de ton ne tombent pas sous le sens de l’ouïe.

Tons. — Le ton indique le degré absolu d’acuité auquel se place la mélodie, tandis que le mode indique la disposition des intervalles qui la composent. En théorie, le nombre des tons doit être égal à celui des sons musicaux compris dans l’étendue d’une octave ; en pratique, il y a sept tons principaux qui portent les noms des sept modes3.

venir : 1° que nous faisons une distinction assez semblable entre la gaîté du mode majeur et la tristesse du mineur; 2° que, chez les anciens, le mode déterminait le caractère général de la mélodie et la nature des instruments qui l’exécutaient : si le phrygien est orgiaslique, tandis que le dorien est approuvé par Platon, qui interdit le lydien, c’est que les flûtes militaires doriennes diffèrent des flûtes sonores de Thrygie et de Lydie. Il faut admettre pourtant que notre sens musical a singulièrement perdu en délicatesse.

1. Tandis que la musique moderne n’a que deux modes, puisqu’elle n’opère le repos final que sur deux degrés de X échelle-type (sans accidents), ut et la, chez les anciens, la terminaison mélodique peut tomber sur chacun des sons de la série diatonique.

Par exemple, si nous appelions mode diminué celui qui pourrait se terminer sur si, la série de notes suivantes serait un air écrit dans ce troisième genre : si, ré, fa — sol, sol — fa, ré, ut — si. — Ce n’est autre que le mixolydien. — Les Grecs ont distingué sept modes : 1° mixolydien (si) ; 2° lydien (ut); 3° phrygien (ré); 4° dorien (mi); 3° hvpolydien (fa); 6° hypophrygien (sol); 7' hypodorien (la). — On voit que les modes principaux finissent sur la dominante des modes hypo. Nous sommes loin de la cadence parfaite nécessaire à l’oreille moderne, que la plagale même ne satisfait point. — Les sept modes grecs subsistent dans les chants liturgiques et dans les plus anciennes mélodies irlandaises, flamandes, wendes, etc. Voici un air xvende en hypophrygien (le mode de l’hymne à iNémésis). [Dans ce morceau et le suivant, les noires sont indiquées par des caractères ordinaires, les croches par des italiques, les noires pointées par des capitales, les blanches par des lettres grasses.] La mesure est 3/4 : Sol | Sol, ré, ré, | ré, mi, fa, | mi, mi, ré, mi, ré, | do, do , ré, | mi, mi, mi, | mi, fa, sol, | fa, mi, sol, mi, \ re, sol, | do, si, do, |RÉ, sol, I do, si, la, | sol. — Cet air est extrait de Gevaërt (op. cit.), dont le chap. sur les modes est particulièrement remarquable. — Lévêque raconte qu’étant sur une barque près d’Égine, il entendait chanter le mousse qui tenait le gouvernail. « Tu finis mal, » lui dit-il, et il reprit l’air en le terminant sur la tonique. Le mousse se récria et ne voulut jamais donner raison à Lévêque. C’est là presque toute la différence entre la musique ancienne et la moderne.

2. ai. Le genre est une manière à' accorder le tétrachorde. Les deux sons extrêmes sont fixes (-fOôYYot £<rcôm;), les degrés intermédiaires sont mobiles (xivovp.îvoi), et leur intonation varie selon le genre. Un même tétrachorde présente les successions d’intervalles suivantes, dans les différents genres (du grave à Y aigu) : Diatonique : -1, 1,1. — Chromatique :

1 .*• — Enharmonique 2. On voit que c’est le 2° intervalle qui caractérise le

genre. On appelle Xeïnga le ^ ton diatonique, àiwcoiAii le ton chromatique, $U<u; âç^ovixi) le 1 de ton. Gevaërt connaît un professeur de Vienne dont la voix peut parcourir un ton en quatre quarts de ton; mais c’est là une très rare exception, et le fait qu’on prenne la peine de la signaler démontre combien notre ouïe s'est émoussée depuis vingt siècles.

5. Voici la règle d’après laquelle a été appliquée cette nomenclature. Si l’on écrit les

Page 1