LA MUSIQUE DANS LE DRAME
Restes de la musique grecque. — Nous avons conservé de l’antiquité grecque quatre morceaux de chant : 1° la mélodie de la première Pythique de Pindare; 2° celle de deux hymnes de Denys à Calliope et à Apollon ; 5° un hymne de Mesomède(?) à Némésis1. — Voici, d’après la convention indiquée page 1G9, note I, la notation de la première phrase de l’hymne à Calliope : la mesure est |, le ton fa majeur : la , | mi, mi, sol, sol , ] sol, la, la, la, J si, ré, ré, sol, ] do, do, mi, ] mi, mi, mi, | mi, ré, rc, do, j mi, ré, sol, la, si, j do, sol, la2. — Les essais faits de nos jours par Beethoven et d’autres, pour composer de la musique grecque, ont donné des résultats peu décisifs. Mais on sera bien forcé de revenir aux anciens modes quand notre tonalité, si bornée, aura donné tout ce qu’elle peut fournir : et ce jour-là ne semble pas être très loin.
La Musique dans le drame grecr>. — Les anciens poètestragiques étaient en même temps musiciens4 et maitres de ballet5. On reprochait à Euripide de faire composer la musique de ses drames par Iophon et Timocrate d’Argos. 11 n’y a pas, au sens moderne, de
mélodie grecque a été obligée de produire, de développer toutes les ressources expressives du chant. (Lévêquc, Journ. des Sav., 1879.) Bœckh dit que c’est dans son harmonie p o 1 y — phone que consiste surlout le caractère romantique de la musique moderne. Les Grecs distinguaient les quarts de ton pour dessiner purement une mélodie : nos musiciens combinent cinq ou six notes pour peindre une sensation complexe dans une ingénieuse dissonance. Cf. Weslphal, Métrique, préface.
1. Voyez ces moneaux dans Gevaërt, Rossbach et Westphal, ou Bellermann, Hymnes de Denys et de Mésomède, 1840. — Un prétendu hymne à Déméter, utilisé par B. Marcello de Venise pour son psaume 18, paraît apocryphe. Mais dans nos chants liturgiques il y a certainement des parties très anciennes. — La mélodie de la Pythique fut découverte par Atlianasius Kircher, en 1680, dans un ms. du couvent de S. Salvadore à Messine, et publiée par lui dans la Musurgia universalis. Bien qu’on n’ait jamais pu retrouver le ms. de Kircher et que Burette ait formellement émis des doutes, Bœckh pense que la mélodie en question, qui ne manque pas d’un certain charme austère, est non seulement grecque, mais pindarique : son argument principal est que, d’après l’usage archaïque, le soliste commence, et que le chœur avec accompagnement de cithare ne reprend que plus loin. Un faussaire aurait ignoré ce détail. — Les autres mélodies se trouvent dans plusieurs mss à la suite des écrits de Bacchius. Les notes sont écrites à l’encre rouge, au-dessus du texte des hymnes. Denys était, selon Suidas, un musicien du temps d’Hadrien ; Mésomède est un artiste crélois de la même époque, dont le nom, manquant sur les mss, a été restitué par une ingénieuse conjecture de Burette.
2. Paroles : S.f.8 s Montra <p (Xvj , p.o'Xitîjç S’ tjATjç xa-roLf^oy a’ûfYj ffwv àit' vXviu'j çoéva^
Æovertw. Les Grecs ne mettent point deux sons sur une note.
5. 0. Müller, Litt.grecq., ch. xxii; Christ, Métrique, p. 644. Compléter avec ce qui sera dit dans YOrchestique et la Métrique.
4. noGj7t; signifie à la fois composition musicale et poétique.
5. Dans la parodos (entrée en scène), le chœur chante en exécutant des danses le long des parodoi ou couloirs de l’orchestre : les stasima étaient exécutés par le chœur à un endroit fixe, autour de l’autel de Bacchus, et chantés à l’unisson ou à l’octave. Les chants étaient accompagnés par la flûte ou la cithare. Le commos, dont la forme première est la plainte funèbre, est un chant commun aux personnages de la scène et du chœur, dans les instants de grande émotion. (Esch., Perses, 907-1076. Tout Yexodos est un commos.) En se partageant par hémichories, le chœur se livre à une conversation lyrique avec lui-même. Les petits chants isolés exprimant des émotions violentes s’appellent liyporchèmes et sont accompagnés de danses animées. Les monodics ou soli se trouvent surtout dans Euripide.
L’ORCIIESTIQUE.
discours parlé dans le drame antique, mais partout soit des chants (du chœur), soit des récitatifs plus ou moins modulés1.
La Musique du théâtre à Rome 2. — Les comédies latines n’avaient pas de chœur, mais se composaient de deux parties, le cliverbium ou dialogue, et le canlicum accompagné de la flûte. Dans les anciens manuscrits de Plaute, les lettres C. ou DV. signifient la reprise du canticum ou du div erbium* . Selon Tite Live (7, 2), Livius Andronicus, qui représentait ses propres pièces, s’étant fatigué la voix, obtint la permission de placer auprès du joueur de flûte un jeune esclave qui chantait pour lui les cantica. Dès lors, l’usage s’introduisit, dans les cantica , de confier les gestes et les paroles à deux acteurs différents. C’est cette séparation, selon Boissier4 5, qui donna naissance à la pantomime.
§ II. — L’ORCHESTIQUE.
1. Les travaux publiés à ce sujet3 sont insuffisants. La connaissance de la danse chez les anciens est particulièrement difficile à cause du grand nombre de monuments figurés et de l’absence complète d’ouvrages théoriques. Le petit dialogue de Lucien sur la
1. Les paroles des acteurs étaient une mélopée lente et sonore. Les Grecs opposent les sir»), vers déclamés, aux )asXv), vers chantés : mais les sir») nous sembleraient chantés aujourd’hui. Outre la déclamation et le chant (xaxaMyetv et àsîSstv), les Grecs distinguaient la lîaoaxaxcào-'r;, ou mode de récitation intermédiaire, avec accompagnement instrumental du moins pour marquer les lins de période, mais non sur une mélodie lixe, comme les récitatifs ad libitum des opéras-comiques.
Depuis le dix-septième siècle, toutes les révolutions dans le drame musical ont consisté à se rapprocher de l’idéal de la tragédie antique. Gluck et Wagner sont, à ce titre, disciples des Anciens. Ce dernier ne prétend-il pas réunir en lui la double personnalité du poète et du musicien dramatique, comme Eschyle? ISTous retrouvons ici ce principe partout vérifié: l’art du passé éloigné est l’image de l'art de l'avenir.
2. La musique fut de très bonne heure connue à Rome : comme à Sparte, l’instrument favori était la flûte. Après l’art musical étrusque, ce fut celui des Grecs qui domina.
3. Cf. Ritschl, A/us. r/ién., XXVI ; Christ, Métrique , p. 652, 1” éd., et Boissier, art. Canticum dans Saglio. Le sigle M. M. G. que Donat lisait sur les mss et qu’il interprétait : mutantur modi cantici, doit probablement s’entendre : modi musici : canticum. Le mètre des diverbia est ordinairement l’iambique trimètre; les autres mètres, qui exigent un accompagnement musical, sont les plus fréquents. — Des hexamètres pouvaient être chantés : un biographe de Virgile dit que l’on chantait les Bucoliques sur la scène (in scena per cantores pronuntiabantur). Sur le chœur tragique à Rome (peu connu) voy. Teuffel, § 13, 6.
4. Boissier aurait pu rapprocher de Tite Live (loco cit.), Lucien (de Sait., 30). — Christ ( l ■ c.) pense que Tite Live a pris l’exception pour la règle et confondu le drame avec la pantomime. Voy. p. 175, en note, l’opinion de Boissier sur la pantomime.
5. Meursius, Orchestica; A. de Jorio, Mimique des Anciens, 1832. — Krause, Gymnastique et Agonistique des Hellènes, 1841 (ail.). Nous connaissons les noms de plus de deux cents danses antiques. — « L’orchestique, dit Bœckh, est une gymnastique raffinée, où la souplesse des mouvements est soumise aux lois du rhythme. »