LES DIEUX DE L’OLYMPE
La gens. — 1 . La gens est une unité, un corps formé, que l’on retrouve à Rome et à Athènes, et dont le caractère essentiel est qu’elle a en elle-même un culte et un droit. La gens est la famille ayant encore son organisation primitive, son unité fondée sur la religion : c’est la forme la plus ancienne de la société. Mais la famille ancienne est plus vaste que la famille moderne : elle comprend en outre les serviteurs, nés du besoin que le pauvre et le riche ont l’un de l’autre , qui entrent dans la gens par une cérémonie analogue à celles du mariage et de l’adoption. Le serviteur acquérait ainsi le culte et le droit de prier, en s’attachant irrévocablement à la famille.
2. Même si son maître le faisait sortir de la servitude, il ne pouvait pas quitter la gens : il devenait affranchi ou client, lié à son patron par la réciprocité de devoirs inviolables 1 . La clientèle est une institution de droit domestique, et elle a existé dans les familles avant qu’il y eût des cités.
Phratrie, curie, tribu, cité. — 1. Plusieurs familles pouvaient, sans sacrifier leur religion particulière, s’unir pour la célébration d’un autre culte commun. Ainsi se formèrent des unités religieuses plus compréhensives, la phratrie ou curie, la tribu, enfin la cité. Chacune de ces associations avait son autel, scs rites, son dieu2, ses lois, son prêtre et son chef5.
2. Famille, tribu, cité, sont des sociétés exactement semblables entre elles, et qui sont nées l’une de l’autre par une série de fédérations4. A Rome et à Athènes, comme dans de grandes familles, les Vestales entretiennent le foyer public, l’archonte fait le sacrifice au nom de la cité entière.
Les dieux de l’olympe. — A côté de cette religion de la famille, l’impression des forces de la nature fit naître dans l’homme l'idée et le culte des dieux de l’Olympe. Ces deux religions, absolument différentes par leur origine et leurs pratiques, ne se confondirent jamais ; elles coexistèrent, l’une s’affaiblissant, l’autre progressive, pendant toute la durée des sociétés antiques.
La ville. — La cité est l’association religieuse des tribus, la ville en est le sanctuaire. Aussi, la fondation d’une ville est-elle un acte religieux. C’est une
thète de Jupiter, pater hominumque deorumque : or Jupiter n’est pas le père des dieux — Cette manière de voir dans le père le principe de la famille primitive semble en contradiction avec une théorie célèbre développée par Bacbofen (le Droit de la mère, 1861. Cf. Giraud-Tenlon, la Mère), qui pense qu’avant la paternité, fait idéal, on a dû tenir compte de la maternité, fait d’une constatation facile ; par suite, que la base de la famille était la femme, comme cela paraît avoir eu lieu chez les Lyciens (Hérod., i, 175), qui portaient le nom de leur mère, chez les Ibères (il en subsiste des traces chez les Basques), chez les Lélèges ou habitants primitifs de la Grèce. (Voy. Benloew, Grèce av. les Grecs, p. 186 sqq., et sa Langue albanaise, à la fin.) On pourrait ajouter les Étrusques, puisque Mécène, descendant des Cilnii, porte le nom des Mecnés, ses aïeux maternels. En somme, il est très probable que la gynécocratie, ou supériorité sociale de la femme dans la tribu, a régné dans les populations primitives (anaryennes) que les Aryens ont refoulées, et dont les Ibères, les Étrusques, les Lyciens, les Lélèges, sont peut-être les débris: mais le père seul est la base de la famille chez les Aryens. On peut mettre d’accord, par cette distinction, Bacbofen et Fustel.
1. C’est la religion qui rend ces devoirs sacrés, et les anciens donnent aux vertus domestiques le nom d e piété.
2. Le dieu de la tribu, qui lui donnait son nom, s’appelait le héros éponyme.