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LA RELIGION DE LA GITE

cérémonie religieuse que Tite Live décrit en racontant la fondation de Rome. Le fondateur de la ville, celui qui posait le foyer, devenait un dieu pour la cité, comme l’ancêtre pour la famille. Romulus était adoré, il avait un temple et ses prêtres. Énée, fondateur de Lavinium, d’où étaient issus les Albains et les Romains, était regardé comme le premier fondateur de Rome : l’Enée de Virgile est un héros religieux, qui transporte les dieux de Troie en Italie, un chef de culte et un prêtre, dont la qualité dominante est la piété, non un guerrier ou un héros de roman1.

Religion de la cité. — 1. La principale cérémonie du culte domestique était un repas commun nommé sacrifice. Cet usage se retrouve dans les anciennes cités, notamment à Sparte. À Rome, le sénat faisait des repas sacrés au Capitole ; aux fêtes solennelles, les tables étaient dressées dans les rues, et le peuple entier y prenait place.

2. La religion est partout dans la vie antique. L’assemblée du peuple, à Athènes, commence par un acte religieux : le sénat de Rome se réunit dans un temple, celui d’Athènes se rassemble autour d’un foyer dont chaque sénateur s’approche en entrant. L’armce en campagne est accompagnée d’augures ou de devins. Après chaque victoire, on offrait un sacrifice aux dieux de la cité : c’est là l’origine du triomphe2.

Autorité royale. — La religion prescrivait que le foyer eût toujours un prêtre suprême : le foyer de la cité eut le sien, qui s’appelait roi, prytane ou archonte. Les anciens rois de la Grèce et de lTlalie étaient des prêtres3 * 5. La tradition représente les rois de Rome comme des prêtres. Romulus fonde la science augurale, et Numa, prévoyant que les guerres empêcheraient ses successeurs de vaquer à tous les rites, institua les flammes pour remplacer les rois absents. Ainsi le sacerdoce romain n’est qu’une émanation de la royauté primitive. Les règles constitutives de la monarchie découlèrent des règles mêmes du culte. La royauté appartint, à l’origine, à l’homme qui avait posé le foyer de la cité : ce ne fut pas la force qui fit les chefs des anciennes cités, et il ne serait pas vrai de dire que le premier qui y fut roi fut un soldat heureux.

Les magistrats. — 1. Tout magistrat est revêtu d’un caractère religieux. Les Grecs appelaient les magistrats c l èv reXei, littéralement, ceux qui sont à accomplir le sacrifice. Quand les révolutions eurent supprimé la royauté, les hommes, en désignant leurs magistrats par le sort, ne firent encore que consulter la volonté des dieux. La pensée qui fit instituer le tirage au sort pour les archontes ou les prytanes fut une pensée religieuse et non une pensée égalitaire. C’est aux dieux que les anciens demandèrent leurs magistrats: c’est à eux qu’ils attribuèrent leurs lois. Les Crétois faisaient remonter les leurs à

1. « Sa vertu doit être une froide et haute impersonnalité, qui fasse de lui non un homme, mais un instrument des dieux. » — L ’Énéide n’est devenue vraiment intelligible que par les progrès de l’archéologie. Racine et Fénelon eux-mêmes ne comprenaient pas le caractère d’Énée. Cf. les beaux chapitres de Boissier, Relig. rom., t. I", p. 214 sqq.

2. Signer un traitée st une expression toute moderne. Les Latins disaient frapper un

chevreau, icere haedus ou foedus ; le nom de la victime la plus ordinaire est resté pour

désigner l’acte tout entier. Les Grecs s’exprimaient d’une manière analogue : ils disaient faire la libation, roivjtd )ai.

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