LES REVOLUTIONS
Jupiter, les Lacédémoniens à Apollon, les Romains à la nymphe Egérie,les Etrusques au dieuTagès. — Il y a du vrai dans toutes ces traditions. Le véritable législateur chez les Anciens fut la croyance religieuse.
2. En principe, la loi était immuable, parce quelle était divine. Aussi ne l’abrogeait-on jamais1 2 *. Par la même raison, la loi antique n’a pas de considérants. Quand on a mis les lois par écrit, ç’a été dans des rituels et des livres sacrés : plus tard, la loi est sortie de ces rituels, mais on a conservé les textes de lois dans les temples.
Omnipotence de l’état. — La cite, fondée sur la religion, est toute-puissante, comme le père de famille dans sa famille. La liberté individuelle n’existe pas dans la cité antique : la vie privée même n’échappe pas au contrôle de l’État. La loi athénienne, au nom delà religion, défend le célibat. L’Etat pouvait prescrire à Athènes le travail-, à Sparte l’oisiveté. La liberté de penser à l’égard de la cité, la liberté d’éducation, sont également choses inconnues. C’est donc une erreur singulière que d’avoir cru que, dans les cités antiques, l’homme jouissait de la liberté5.
Les révolutions. — Les causes qui ont fait périr cette organisation sociale se réduisent à deux : l’affaiblissement graduel des anciennes croyances, et l’existence d’une classe d’hommes placée en dehors de la cité et ayant intérêt à la détruire.
La plèbe. — Au-dessous des clients, en dehors de la cité, mais pourtant dans la ville, s’agitait la plèbe. Son caractère essentiel est d'être étrangère à l’organisation religieuse de la cité et même à celle de la famille. Tous les hommes exclus des familles par leurs crimes ou par le vice de leur naissance tombaient dans la classe des hommes sans culte ni foyer, c’est-à-dire dans la plèbe. Pour les plébéiens, qui n’ont pas d’autel, le mariage sacré, la famille, l’autorité paternelle, le droit de propriété, la loi, la justice, n’existent point. Tous ces hommes avaient intérêt à détruire une organisation sociale qui n’avait pour eux aucun bienfait.
Première révolution. — 1 . La première révolution fit passer l’autorité politique des mains des rois à celles de l’aristocratie. Mais, à Rome comme ailleurs, la royauté politique fut seule supprimée : la royauté religieuse était sainte et devait durer. Aussi se hâta-t-on de nommer un roi, mais qui ne fut roi que pour les sacrifices4.
2. La domination de l’aristocratie, qui fut courte à Rome, mais dura longtemps en Grèce, est un retour au régime patriarcal. V Odyssée présente un tableau de cet état social dans la partie occidentale de la Grèce.
Deuxième révolution. — La deuxième révolution modifia la constitution de la famille : le droit d’ainesse est aboli, la yens perd son unité primitive. Le démembrement ne s’arrêta pas là : la clientèle disparut. Cultivant d’abord pour
1. Le code de Manou garde l’ancienne loi qui établit le droit d’ainesse, et en écrit une autre à côté qui prescrit le partage égal des biens entre les frères.