AVÈNEMENT DE LA PLÈBE
son maître, le client finit par cultiver pour lui-même, sous la condition d’une redevance; enfin, il s’émancipa de la dépendance religieuse de son patron et devint propriétaire. Cette révolution, à Athènes, est l’œuvre de Solon, qui affranchit à jamais les familles de la classe inférieure de l’autorité des Eupatrides. Aristote a dit de lui qu’il « fit cesser l’esclavage du peuple. » A Rome1, les clients sortirent peu à peu des gentes pour entrer dans la plèbe, et se retournèrent ensuite contre l’aristocratie pour réclamer une part à ses droits. Ces tentatives ne restèrent pas vaines, et une troisième révolution fit entrer la plèbe dans la cité.
Troisième révolution. — 1. Vers le sixième siècle, le développement du commerce fit paraître une puissance nouvelle, I’argent. La religion, qui avait marqué le sol de son empreinte, ne pouvait rien sur la fortune mobilière. On vit des plébéiens devenir plus riches que leurs anciens patrons, et il se forma dans la plèbe une sorte d’aristocratie d’argent, par laquelle elle se laissa guider. A la même époque, les cultes orientaux arrivèrent; la plèbe les accueillit avec empressement, et elle eut aussi sa religion. Elle avait déjà la richesse pour elle; elle eut la force, lorsque la marine et I’infanterie devinrent les principaux soutiens des Etats.
2. Clisthène accomplit à Athènes la révolution plébéienne en supprimant les quatre anciennes tribus religieuses, et en les remplaçant par dix tribus où entraient tous les hommes libres sans exception, répartis en dèmes non plus d’après leur naissance, mais d’après leur domicile2. A Rome, les grands progrès de la plèbe datent de Servius Tullius, qui l’organisa et lui donna des lois. Lorsque, après la sécession du mont Sacré, le tribunat populaire fut fondé, la plèbe n’entra pas encore dans la cité religieuse et politique, mais se plaça en face de la société patricienne, constituée à part avec des chefs tirés de son sein3.
3. Ayant ses chefs, la plèbe ne tarda pas à avoir ses assemblées : il y eut deux peuples à Rome, réunis seulement par la guerre. Le rapprochement des deux ordres fut l’œuvre de la classe riche, issue de la plèbe, mais tenant au patricial par ses tendances ; elle savait que la séparation des deux ordres bornait son influence en l’enchaînant à la classe inférieure, tandis que leur union lui ouvrait un champ illimité. Elle demanda qu’il y eût des lois communes aux patriciens et à la plèbe : ce fut le Code des décemvirs.
4. Dès que l’égalité fut conquise dans la vie privée, il suffit de quelques luttes pour qu’elle s’établit même en politique. Le consulat, le pontificat, l’augurat, devinrent accessibles à la plèbe : le patriciat perdit jusqu’à sa supériorité religieuse. Il ne fut plus dès lors qu’un nom et un souvenir.
5. En même temps, le droit privé se transforma. La loi n’est plus un arrêt de la religion, elle a pour principe l’intérêt des hommes, pour fondement
1. La clientèle à l’époque classique n’a plus que le nom de commun avec l’ancienne: celle-ci a disparu, avec la dépendance religieuse qu’elle entraîne, pour faire place à une servitude volontaire, née de l’inégalité des fortunes et aussi de l’énervement des caractères.
2. Les anciennes phratries et les yvrt\ subsistèrent, mais ce ne furent plus que des cadres religieux sans valeur en politique.
3. Le tribun est une sorte d’autel vivant auquel s’attache un droit d’asile.