LA CONQUÊTE ROMAINE
l’assentiment du plus grand nombre. Le code des XII Tables cl celui de Solon marquent ce progrès nouveau vers le régime démocratique1 2.
Règne de la richesse. — Entre le règne de l’aristocratie religieuse et celui de la démocratie, ce fut l’aristocratie de la fortune qui domina. Attaquée, comme l’ancienne, non plus par les plébéiens, mais par les pauvres, elle se défendit longtemps à Rome, très faiblement en Grèce, où les guerres la ruinèrent. Cette lutte entre les riches et les pauvres troubla sans cesse les sociétés antiques vieillies. Quand les hommes, devenus égaux, n’eurent plus à combattre peur des droits, ils combattirent pour des intérêts. L’esclavage, qui rendait la concurrence impossible aux hommes libres, les préjugés qui s’attachaient au travail manuel, avaient pour effet de retenir le pauvre dans la misère et de l’empêcher de vivre honnêtement. Or, dans les constitutions démocratiques, les pauvres avaient pour eux la force du nombre et en abusaient : de là, des troubles perpétuels. « Dans toute guerre civile, dit Polybe (15, 21), il s’agit de déplacer les fortunes. » Les pauvres se donnent volontiers pour chef un tyran, pourvu qu’il fasse des confiscations à leur profit; et il se trouve que les riches, en défendant leurs biens, sont les défenseurs de la liberté politique.
Nouvelles croyances. — Cependant, les croyances à leur tour se transformè-
perdent leur prestige. Les pratiques demeurent, mais la religion s’en va. Anaxagore proclame le dieu Intelligence qui règne sur tous les hommes; et comme il ne croyait pas aux dieux du Prytanée, il refuse de remplir ses devoirs de citoyen-. Les Athéniens virent que sa doctrine portait atteinte à la cité et le condamnèrent à mort. Rigueurs inutiles. Les Sophistes, Socrate, Aristote, s’accordèrent à rejeter la tradition comme règle de la morale et de la politique, et cherchèrent dans la raison libre le fondement de la loi. L’école cynique nia la patrie elle-même. Alors la religion municipale, fondement de la cité, s’éteignit, et le régime municipal dut tomber avec elle.
Quatrième révolution. La conquête romaine. — Tant que l’esprit municipal resta vivace, la conquête romaine fut lente et pénible : dès qu’il s’affaiblit, cette conquête devint facile. Dans toutes les villes italiennes et grecques, il n’y eut plus qu’un parti populaire, qui menaçait les propriétés et l’ordre public, et une aristocratie, qui appelait la domination de Rome3. L’aristocratie l’emporta. Rome maîtresse ne laissa subsister que l’ombre du régime municipal, et rendit la condition de sujet aussi dure que celle de citoyen était enviable. Tous les vaincus aspirèrent alors à devenir citoyens romains, seul moyen d’avoir des droits et de compter pour quelque chose. Quand huit ou dix générations eurent soupiré après le droit de cité romaine, parut un décret impérial qui l’accorda à tous les hommes libres sans distinction4. Cette lente introduction
1. Le principe régulateur de la législation devient l’intérêt de tous et non plus la vieille religion et le vieux droit. Cf. Sumner-Maine, oj>. cit,, p. 21 sqq.
2. Il ne voulut pas être magistrat ni paraître dans rassemblée.
3. Cette idée est le fond de la thèse française de Fustel, Polybe ou la conquête de la Grèce par les Romains, 1858. Sa thèse latine, sur le Culte de Vesta, n’est autre qu’une première esquisse de la Cité antique.
\. Décret de C.aracalla. Dans la pensée de ce prince, ce n’était qu'une mesure fiscale, pour généraliser l’impôt sur les affranchissements et les successions.