LE CHRISTIANISME
des peuples dans l’État romain est le dernier acte de l’histoire de la transformation sociale des Anciens. La patrie, d’abord resserrée autour du foyer, n’a plus d'autres limites que le monde barbare. Cette limite même, le christianisme va l’effacer, en mettant fin aux sociétés antiques dont il brisera le moule.
Le christianisme. — Le christianisme n’était la religion domestique d’aucune famille, la religion nationale d’aucune race. Dès son début, il appelait à lui T humanité tout entière. Jésus disait à ses disciples : « Allez et instruisez tous les peuples. » Pour son Dieu, il n’y a plus d’étrangers. Le christianisme renverse les cultes locaux, éteint les prytanées, brise les divinités poliades. En même temps qu’il change la nature et la forme de l’adoration, qu’il ravive et épure le sentiment religieux, le christianisme transforme les mœurs. L’idée des devoirs du citoyen s’affaiblit : Dieu, la famille, la personne humaine, sont placés au-dessus de la patrie. Le droit aussi change de nature : il devient indépendant de la religion et se fonde sur la conscience. Le christianisme s’occupe des devoirs des hommes ; à la différence des religions antiques, il ne s’occupe plus de leurs relations d’intérêts. Un nouvel âge commence, où le spirituel et le temporel sont distincts, et leur rivalité engendrera des luttes qui rempliront le moyen âge.
Conclusion. — Le tableau qu’on vient de lire est l’histoire d’une croyance. Elle s’établit : la société humaine se constitue. Elle se modifie : la société traverse une série de révolutions. Elle disparaît : la société change de face. Telle a été la loi des temps antiques1.