Pline, Panégyr
3. Du vivant d’Auguste, le culte divin qu’on lui rendit en Italie n’eut peut-être pas de caractère officiel; cependant les poètes chantèrent son apothéose anticipée (Bucol., 1, 7; Géorg., 1, 42; comparez l’apothéose de Daphnis-César, Bucol., 5), et le culte de César fut officiellement constitué en 712. Mais Auguste ne souffrit pas qu’on lui élevât des temples à Rome. Toutefois, dans les chapelles des carrefours, on rendait hommage au Génie d'Auguste à côté des dieux lares ( compitales ). De là, le culte des Lares Augusti, que les inscr. nous montrent dans toutes les provinces. Ainsi l’apothéose de l’Empereur vivant était mise sous la protection de la religion du foyer. — Dans les provinces, le culte de Rome et d’Auguste n’était en réalité que l’adoration de la puissance romaine, qu’un acte de soumission et de reconnaissance envers le régime tutélaire de l’Empire. Desjardins (Rev. de Philol., 1879) paraît avoir démontré, contre Mommsen, que le culte des Empereurs Divi diffèrede celui des Lares (l'Auguste et de celui de Rome et Auguste. En Afrique et en Espagne, le culte des Dm se trouve cumulé, mais non confondu avec celui de Rome. Par une politique habile, le Sénat et les Empereurs appelaient au sacerdoce du culte essentiellement romain de Rome et Auguste’ des provinciaux non-citoyens et des indigènes. Pendant les trois premiers siècles de l’Empire, on trouve, dans les provinces, un Concilium des légats des cités élisant un flamen Romae et Augusti provinciae, et, dans chaque munieipe, un flamen Augusti dit perpétuas , élu annuellement par les décurions. Au iv‘ siècle, ces flamines perpetui représentent l’aristocratie des cités. [A cette catégorie appartiennent les 56 flamities perpetui nommés dans l 'album de Yordo decurionum de Thamugas(iv' siècle) publié par L. Renier, Acad, inscr., 24 déc. 1875.] — Les sodales des collèges des Empereurs divinisés étaient de grands personnages, et ces collèges se recrutaient par cooptation.
4. L’apothéose ( caelum decretum) n’est pas une invention de la servilité. 11 s’est trouvé même qu’elle a servi, dans les provinces, la cause de la liberté, en ranimant la vie municipale. L’idée de l’apothéose repose sur les plus anciennes croyances de la race italique. Romulus l’avait déjà reçue avant César. — C’est en vue de célébrer le culte de l’Empereur que se réunissaient les députés des provinces ; telle est l’origine des assemblées provinciales comme le Conseil des Gaules, où l’on ne traita pas seulement des honneurs à rendre au prince, mais des intérêts des villes représentées. Avec les progrès du christianisme le caractère civil l’emporta, dans ces réunions, sur le caractère religieux; cependant Gratien fut le premier Empereur qui ne reçut pas l’apothéose.