‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 472 sur 591 · AFFAIBLISSEMENT DU SÉNAT · texte numérisé non relu

AFFAIBLISSEMENT DU SÉNAT

hautes magistratures *, comme les affranchis les emplois domestiques à la cour2.

Les chevaliers3 sont une sorte de noblesse provinciale qu’Hadrien favorise au détriment du Sénat, représentant des privilèges de l’Italie et de Rome4.

1. « La grande innovation de l’administration impériale fut la création des deux hiérarchies parallèles, les carrières sénatoriale et équestre, la première comprenant toutes les magistratures et charges depuis la préfecture de Rome jusqu’au vigintivirat; la seconde comprenant tous les emplois des finances, et les charges depuis celles de préfet du prétoire jusqu’à celle de procurateur du domaine privé de l’Empereur, toutes dans un ordre immuablement fixé. » (Desjardins.) Auguste donna des curatelles à ses affranchis -.ainsi Licinius (Suét., Aug., 67) fut procurateur en Gaule. Sous Tibère (Dion, 58, 9) un affranchi fut préfet d’Egypte ; mais ces faits étaient rares. L’administration ne pouvait appartenir qu’aux chevaliers, qui, depuis un siècle, en connaissaient tous les rouages. Il ne faut pas oublier que, dans tous les emplois, le titulaire n’est qu’un directeur général : la partie technique de sa tâche est laissée à ses affranchis, secrétaires, etc. Pline le Jeune, qui n’est qu’un littérateur aimable, devient curateur du Tibre, augure, commandant militaire. Lés jeunes nobles Romains ne se spécialisaient point; il leur suffisait de savoir commander.

2. « Quand la gloire des princes se mesurera au bonheur qu’ils ont donné à leurs peuples, Hadrien sera le premier des Empereurs romains. » (Duruy.) Hirschfeld appelle Hadrien « le plus extraordinaire des Empereurs romains.» (p. 291.)

5. L’histoire des chevaliers romains a été écrite par Belot, 1873. — Les chevaliers ne constituent pas un ordre, mais simplement les dix-huit centuries de Servius (comprenant les six centuries datant de Romulus), jusqu’à la loi Sempronia de C. Gracchus, qui leur accorde le droit exclusif de former les questions perpétuelles , et donne ainsi naissance à un ordo c quester , aristocratie financière opposée à l’aristocratie patricienne. Outre les chevalicTS des dix-huit centuries qui reçoivent leur cheval de l’État ( equo ptiblico), on trouve, depuis 403 (T. Live, 5, 7), des chevaliers volontaires, ayant le cens équestre, qui servaient au même titre avec un cheval qu’ils achetaient. Dans les dix-huit centuries, la qualité à'eques se transmettait héréditairement, pourvu que le cens de l’héritier restât assez élevé. C’est pour donner une place aux fortunes nouvelles que la deuxième classe de chevaliers fut admise. Après 123 av. J. C., le chevalier est celui auquel sa fortune permet d'être juge ; comme on ne pouvait admettre à titre de publicains des citoyens n’offrant pas de garanties matérielles, on voit souvent confondus les publicains et les chevaliers. (Cic., ad Att., 2, 1, 8.) En 63, la loi Roscia Othonis réserva aux chevaliers les quatorze premiers sièges au théâtre derrière l'orchestre; l’ angusticlave et l’ anneau d’ or achevèrent de les distinguer de la plèbe comme un ordre à part. Puisqu’il suffisait de 400000 sesterces pour être chevalier (la distinction entre les deux classes equo publico et privato fut bientôt oubliée), un très grand nombre de Romains, sans naissance et sans mérite, entrèrent dans l’ordre équestre. Auguste forma un corps spécial et d’élite, les insignes ou illustres, de ceux qui possédaient un million de sesterces (cens sénatorial depuis Auguste) et dont les pères et grand-pères avaient été des hommes libres ; il leur permit de porter le laticlave, comme les sénateurs, et d’entrer au Sénat. De cette élite naquit 1 ’equestris nobilitas. Mais, sous l’Empire, tous les citoyens riches de l’Italie et des provinces portèrent l’anneau et s’appelèrent chevaliers. En droit, un revers de fortune faisait perdre ce titre; la ruine était aussi déshonorante à Rome que la faillite chez nous. Ceux qui n’avaient que 200 000 sesterces (les ducénaires ) pouvaient siéger dans les décuries de juges.

Les écrivains (Pline, Martial) traitent durement les chevaliers : mais il faut tenir compte des rancunes des patriciens, qui se voyaient supplantés par eux, et des préjugés nobiliaires, toujours très vivaces à Rome. Les vers de Juvénal contre les stemmata (8, 1-20) prouvent précisément qu’un sentiment tout contraire dominait la société. Pline (Panég., 69) fait un mérite à Trajau d’avoir favorisé les descendants des grandes familles. L’inlluence des familles sénatoriales était encore due à leurs immenses richesses. Le cens sénatorial d’un million de sesterces n’est, bien entendu, qu’un minimum.

4. Les chevaliers remplissent son conseil d’État; il étend les attributions de la préfecture du prétoire , qui devient la plus haute institution civile. — Toutefois, si le Sénat est tenu en suspicion, tant à cause de l’incapacité qu’on lui prête que des restes d’opposition qui s’y sont réfugiés (voy. Boissier, Opposition sous les Césars), les sénateurs ne laissent

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