‹ Manuel de philologie classiqueChapitre 529 sur 591 · CAMPS, MACHINES · texte numérisé non relu

CAMPS, MACHINES

sorte de garde nationale sédentaire, commandée par les tribuni militum a populo, officiers dont le nom, conservé par l’épigraphie, a été récemment expliqué par Victor Duruy1.

Camps, machines. — Je ne peux entrer ici dans les détails de la stratégie romaine2, assez bien connue d’ailleurs par Polybe, Hygin, Végèce3, etc. Polybe (6,51,10) décrit avec précision le camp, tel que les légions l’établissaient tous les soirs, vaste rectangle entouré d’un vallum , dont le point dominant est occupé par la tente du général, placée elle-même au milieu d’un carré intérieur dit prétoire; à droite et à gauche du prétoire sont le forum ou marché, et le quaestorium, trésor et arsenal. Les deux entrées s’appellent porte prétorienne (le plus proche du prétoire) et porte dêcumane , sur la même médiane, à l’autre bout4 5. — Les Romains ont construit avec beaucoup d’art des machines de guerre ( tormenta ) 5 : la baliste, servant à lancer des traits, des javelots, des pierres; la catapulte, machine de campagne ou de siège, inventée à Syracuse du temps de Denys l’Ancien, et dont le plus fort modèle, installé à terre, pouvait lancer à la distance de 1550 mètres des pierres pesant 81 kilogrammes. — En campagne et surtout dans les assauts, une des manœuvres les plus usitées était la tortue : la grosse infanterie, armée du scutum, se plaçait au premier rang un genou en terre, chaque soldat tenant le scutum devant soi : les autres rangs portaient le scutum au-dessus de leur tête. Ainsi protégée, comme par une carapace, l’infanterie marchait à l’ennemi pour forcer le passage d’un fleuve, s’approcher des portes d’une ville, etc. — On appelait aussi tortue une galerie mobile en charpente servant à abriter les mineurs, ou le bélier, immense poutre armée de fer qui battait les mu-

1. Suivant Duruy, à l’avis duquel s’est rangé Léon Renier [Acad, inscr., 1875), ce sont les commandants, nommés par les habitants, des milices municipales. Cette opinion, contredite par Giraud, semble néanmoins devoir être acceptée. (Voy. Duruy, Appendice au tome V de YHist. des Romains.)

2. Voy. en général Napoléon Ier, Correspondance , t. XXXII, p. 35;Thiers, Consulat et Empire, t. XX, p. 732, et YHistoire de César par Napoléon III, t. II.

3. Polybe est l’autorité capitale en ces matières. Elien, dans son uept crTjaxviYixwv tcCUi ov 'EM^vtxüv, donne un aperçu inexact de l’armée romaine à son époque (Nerva). La xé^vv) tkxtixïi d’Arrien, gouverneur de Cappadoce sous Hadrien, décrit avec précision les manœuvres de la phalange et de la cavalerie; Hygin, gromaiicus du temps d’Hadrien, a laissé un mémoire technique sur la castramétation. Les scriptores Latini de re militari sont Frontin, Modeste et Yégèce: le premier, contemporain de Vespasien, a laissé, sous le titre de Stratagèmes, un recueil d’anecdotes militaires ; le deuxième est l’auteur d’un Libellus de vocabulis rei rnilitaris, sorte de lexique adressé à l’empereur Tacite, défiguré par des interpolations ; enfin Végèce, dont les Rei rnilitaris instituta sont dédiés à Valentinien le Jeune, doit être consulté avec, la plus grande réserve, parce qu’il a mêlé à la description des institutions militaires de son temps des renseignements copiés sans critique dans Caton l’Ancien ou Cornélius Celsus, et par suite tout à fait inexacts pour l’époque où il écrit. (Cf. Ramsay, art. Exercitus, dans Smith, üict. des Ant.)

4. Le camp décrit par Hygin diffère beaucoup de celui de Polybe. C’est un rectangle allongé, divisé en 3 segments par la via Principales et la via Quintana, et défendu par plusieurs ouvrages, fossa , vallum, cervoli (chevaux de frise); quand le terrain ne permettait d’établir ni vallum, ni cervoli, on entourait le camp de quatre rangées de soldats (arma), protégés par des détachements de cavalerie faisant des patrouilles.

5. Des modèles de ces machines, exécutées pour Napoléon III, existent au musée galloromain de Saint-Germain.

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