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MYTHOLOGIE COMPARÉE

Pour beaucoup de Pères, comme saint Augustin, les dieux du paganisme sont des démons qui ont une existence réelle : cette opinion prévalut au moyen âge. La Renaissance vit refleurir le système allégorique, sous l’influence des néo-platoniciens; mais l’évhémérisme, protégé par les traditions de l’apologétique chrétienne, redevint bientôt dominant. On fit de mauvaise histoire avec de belles légendes. Un des premiers, Dupuis1 revint à l’allégorie et expliqua le polythéisme, ainsi que le christianisme lui-même, comme l’expression symbolique des forces naturelles. L’allégorie fut remise à la mode par cette renaissance poétique et mystique du dix-neuvième siècle, que l’on a nommée le Romantisme. Plus impartial et surtout plus savant que Dupuis, Creuzer considéra le polythéisme comme l’expression populaire, accommodée par les prêtres à l’intelligence du vulgaire, des plus hautes vérités morales et religieuses, qui formaient, avant Abraham, les croyances des patriarches2; ces vérités pures, selon Creuzer, étaient communiquées sous le sceau du secret aux initiés des mystères d’Éleusis. Le système de Creuzer, développé dans sa Symbolique , 1810-12, fut réfuté par Voss ( Antisymbolik ) et surtout par le sceptique Lobeck ( Aglaoplia mus) ; il ne s’est pas relevé depuis.

Otfried Millier, par ses Prolégomènes à une mythologie scientifique , 1825, jeta les fondements d’une méthode nouvelle : là où ses prédécesseurs n’avaient vu que les dogmes mystérieux d’une caste ou les inventions des poètes, il reconnut l’œuvre naïve de l’humanité dans son enfance. Le mythe lui apparut comme un acte inconscient par lequel l’esprit de l’homme, encore incapable d’abstraction, envisage les choses sous une forme concrète et vivante3 * 5. Comme

1. Origine de tous les cultes, 179o; un abrégé a paru en 1796. C’est un livre de sectaire, avec beaucoup de demi-science. Mais, en cherchant à établir l’identité primitive de l’Astronomie et de la Fable, la seconde n’étant qu’un commentaire, et, comme il dit, le luxe de la première, Dupuis a pressenti quelques idées de Max Müller.

2. Le système qui rattache la mythologie à la Bible, et fait du polythéisme une corruption

de la plus ancienne religion juive, a été exposé, avant Creuzer, par Gérard-Jean Vossius, Bochart et Huoljilest encore défendu par Gladstone. Welcker et Gerhard ont soutenu l’hypothèse d’un monothéisme primitif. — En France, le premier travail sur la mythologie

où l’esprit historique se laisse entrevoir est le livre de Benjamin Constant, de la Religion ,

5. Decharme, Mythol. des Grecs, p. XI. — Otfried Millier cite l’exemple suivant de la création d’un mythe historique : une colonie grecque de Minyens, originaires de Thessalie, part, sur l’avis d’Apollon Pythien, pour s’établir en Libye. Cet événement donnenaissance à un mythe où Cyrène est représentée comme une vierge thessalicnne, qu’ Apollon enlève pour la transporter sur la côte libyenne. — Forchhammer, dans son Daduchos (1877). où il réagit contre les excès de la mythologie comparée, a développé une méthode d’exégèse nouvelle. Comme 0. Müller, il cherche l’explication des mythes helléniques (qu’il ne eroit nullement aryens) dans l’observation des phénomènes généraux, mais locaux. Les mythes s’expliquent non par l’histoire, non par le langage, mais parla topographie. C’est à Delphes qu’il faut aller pour comprendre le combat d’Apollon contre le serpent Python. Au temps

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