ETUDE DES ERREURS
lée1 2, est une science psychologique-. Elle étudie, par exemple, les erreurs d'influence, consistant à répéter deux fois un mot, ou à omettre un mot après un autre qui lui ressemble, ou à altérer la forme d’un mot sous l 'influence d’un mot précédent3. Il y a aussi les erreurs qui consistent à sauter des lignes, à cause de l’identité des syllabes qui commencent ces lignes et d’autres voisines ; à changer l’ordre des mots, à lire de travers les abréviations du modèle 4 5, à prendre des signes numéraux pour des lettres 8, enfin à introduire dans le texte des gloses interlinéaires. On a d’ailleurs fort abusé de celte hypothèse des gloses, hypothèse commode qui permet d’expulser d’un texte tout ce qu’on n’y entend ou tout ce qu’on n’y aime point6. Il est incontestable que des confusions de ce genre se sont produites ; mais, en thèse générale, il ne faut pas rejeter d’un texte ce qui n’a qu’un rapport éloigné avec le contexte 7 ; autrement dit, avant d’expulser une glose, il faut expliquer comment elle a pu s’introduire à la place quelle occupe dans le manuscrit8.
Outre les erreurs involontaires, appelées mécaniques par Schleiermacher, il y a les changements volontaires, plus ou moins adroits, introduits dans les manuscrits par des copistes demi-savants. Un scribe, cité pnrCobet, avoue, sur la marge d’un manuscrit de Plutarque, que, désespérant de lire son modèle, il a remplacé le texte illisible par du grec de sa façon. Madvig, d’autre part, a raillé avec son esprit habituel ( Aclvers ., I, 10) les critiques qui se figurent les copistes comme des hommes pleins d’astuce et de malice, plutôt trompeurs que trompés. Admirons, au contraire, sinon leur pénétration, du moins leur patience à copier des textes dont l’intérêt devait être pour eux des plus médiocres 9.
Dans l’étude des confusions qui peuvent se produire entre les lettres, il
1. Mabillon admettait que l’on dictait les manuscrits; mais Madvig ( Advers ., I, p. 10) dit que rien ne peut autoriser celte hypothèse.
2. « A vrai dire, la science des lapsus est encore à faire. » (Tournier.) Mais scra-t-cllc jamais faite? La science des erreurs humaines serait la science de l’infini.
5. Ainsi, toutes les éditions du Traité de la Concupiscence portent : «On en voit qui passent leur vie... à rendre agréables des choses non seulement inutiles, mais encore dangereuses, comme à chanter un amour feint ou agréable. » (Éd. Vives, VII, 449.) Il faut lire véritable au lieu d’ agréable (répétition du même mot un peu plus haut), comme on l’a signalé (Rev. instr. publ., 15 juillet 1878). Le texte de Bossuet est un champ ouvert à la critique verbale. (Voy. Vaillant, Gandar, etc.)
4. Ainsi PR (primus ) a souvent été transcrit Populus Romanus.
5. Ou des noms propres pour des noms communs. Dans Plutarque (An Sen. sit ger
resp., 27), au lieu de e plv, èxp«-tei Sï xat Siaçoq É'xerco, Madvig corrige admira¬
blement : àvtjfit) çvjde Mevexportet. . ..
6. Les critiques signalent dans les tragédies des tirades entières qui seraient l’œuvre de quelque vir otiosus d’Alexandrie ou du Bas-Empire; par ex. Antig. 905 sqq. On voudrait que cela fût prouvé.