‹ Manuel de philosophieChapitre 11 sur 129 · APPÉTITS RELATIFS AU CORPS · texte numérisé non relu

APPÉTITS RELATIFS AU CORPS

même qu'il l'ignore, la nature a voulu qu'il le sentit. Tout désordre un peu grave de l'organisme nous est annoncé par une peine spéciale, ou tout au moins par une langueur qui nous invite à Tabstinence et au repos ; toute atteinte violente portée à notre corps est aussitôt suivie d'une douleur aiguë, qui fixe notre attention et attire nos soins sur la partie blessée. Un homme est attaqué subitement; avant qu*il sache d'où vient l'attaque, si elle est sérieuse ou feinte, et ce qu'il faut faire pour l'écarter, tout son corps, sous l'influence d'une soudaine impression de terreur, s'est disposé pour la défense : < A l'apparence du danger, dit encore Reid, le corps se met, sans que nous ayons besoin d'y penser ni de le vouloir, dans la position la plus propre à prévenir le mal ou à le diminuer. Ainsi, nous fermons les yeux quand quelque chose les menace ; nous plions le corps pour éviter un coup ; nous faisons un soudain effort pour recouvrer notre équilibre quand nous sommes en danger de tomber. Ces mouvements nous préservent de beaucoup de périls que ne préviendrait pas notre tardive raison. » II faut rapporter au même principe toutes nos appréhensions instinctives ; l'homme a peur de la solitude et des ténèbres, il s'y sent mal à l'aise, il y est attentif au moindre bruit, ou craintivement éveillé sur les plus légers indices, parce qu'en effet, dans l'obscurité de la nuit, un plus grand nombre de dangers le menacent, et que, dans l'isolement, il n'a pas de secours à attendre contre ses ennemis. Mais, de toutes ces appréhensions en nombre infini, la plus vive est celle de la mort. Nous aimons la vie, et, à quelque prix que ce soit, nous la voulons conserver. A une mort prompte et douce, le malade préfère la continuation indéfinie de ses incurables souffrances; le prisonnier, la prolongation de la plus dure captivité ; le malheureux, celle de ses misères et de ses vains labeurs sans cesse renouvelés.

.... Qu'on me rende impotent, Cul-de-jatte, goutteux, manchot; pourvu qu'en somme Je vive, c'est assez *.

C'est qu'en effet les peines et les ennuis de la vie présente en auraient trop souvent dégoûté les hommes. C'est un devoir de

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